Les écologistes jugent sévèrement l'ancien ministre de l'Environnement

Québec — Quand il était ministre de l'Environnement, André Boisclair s'était montré ouvert au projet de centrale thermique du Suroît, une des raisons pour lesquelles certains écologistes n'hésitent pas à le considérer comme un des pires ministres de l'Environnement de l'histoire du Québec.

«C'était un ministre habile dans les communications et dans le discours. Mais si on juge l'arbre à ses fruits: stérile», tranche le porte-parole de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), André Bélisle. «Il fait partie de ceux [parmi tous les ministres de l'Environnement] qui auront eu les résultats les plus minces», a-t-il ajouté, hier, lors d'un entretien téléphonique.

À la veille du deuxième débat des candidats au poste de chef du Parti québécois, qui portera sur le développement durable, la Presse Canadienne a examiné les déclarations passées de M. Boisclair — le seul des candidats à avoir dirigé le ministère de l'Environnement — et demandé à des écologistes d'évaluer son règne d'un an et demi, entre 2001 et 2003.

Sur son site Internet, M. Boisclair se présente sous un jour flatteur à ce chapitre, assurant avoir assumé «un leadership déterminant dans la promotion du Protocole de Kyoto», sur la réduction des gaz à effet de serre.

Or, un examen des déclarations de l'ex-ministre, en commission parlementaire, révèle qu'il semblait à tout le moins très ouvert à l'idée de donner le feu vert au projet controversé et polluant du Suroît, que le gouvernement libéral a dû par la suite tuer dans l'oeuf, tellement la grogne populaire avait pris de l'ampleur.

En février 2003, il déclarait que «si on peut faire la démonstration que l'énergie produite par Suroît se substitue à de l'énergie produite avec d'autres formes plus polluantes d'énergie, ce projet pourrait devenir plus acceptable». À ses yeux, une centrale thermique pouvait être considérée comme un moindre mal, d'un point de vue «stratégique».

Il voulait donc que les profits générés par la vente d'électricité produite grâce au Suroît soient pris en compte au moment de prendre une décision. «De la difficulté qui se pose à nous qui est le Suroît, sur le plan environnemental, pourrait naître des opportunités. C'est dans ce contexte que je travaille», disait-il.

Le ministre avait donc demandé à ses fonctionnaires de considérer «de façon plus large quels sont les gains ou les pertes associés à Suroît».

Pourtant, dans un rapport encore tout chaud, le BAPE venait conclure que «le projet augmenterait de façon substantielle les émissions de gaz à effet de serre au Québec et que ces émissions pourraient compromettre la démarche du Québec et réduire sa marge de manoeuvre face au protocole de Kyoto».

Politique de l'eau

Une des réalisations majeures de M. Boisclair à l'Environnement a été l'adoption de la politique nationale de l'eau, à l'automne 2002.

Mais après l'élection d'avril 2003, son successeur, Thomas Mulcair, a eu quelques surprises. Durant l'étude des crédits de son ministère, cet été-là, il s'étonnait de voir que son prédécesseur n'avait prévu aucune réglementation, ni aucun financement adéquat pour les organismes de bassins versants, pourtant au coeur de la politique.

«Une politique n'a aucune assise, c'est des intentions», renchérit de son côté le président de la Coalition Eau-Secours, André Bouthillier, en reprochant à M. Boisclair de ne pas avoir joint à sa politique une loi-cadre pour lui donner des dents.

Selon lui, au lieu de donner une véritable suite à sa politique, il s'était contenté d'orchestrer une vaste campagne publicitaire au coût de 2 millions $.

«Au-delà du discours, il n'y avait pas d'action pour supporter ce que M. Boisclair prétendait», estime M. Bélisle.

Selon André Bouthillier, les qualités d'orateur de M. Boisclair sont à la fois sa plus grande force et sa plus grande faiblesse.

«Contrairement à d'autres, qui ont une langue de bois, M. Boisclair a une langue de coton: il nous enveloppe», dit-il en entrevue, en lui reconnaissant tout de même le mérite d'avoir accédé au comité des priorités.