Élections municipales à Québec - Madame Boucher ou la maîtresse d'école

Québec — On lui aurait dit, il y a cinq ans, qu'elle se présenterait un jour à la mairie de Québec, qu'elle aurait éclaté de rire. La pasionaria de Sainte-Foy vient pourtant de se lancer dans la course pour diriger la nouvelle ville contre laquelle elle s'était tant battue. D'où cette question: à quoi carbure Andrée Boucher?

«Moi, ce qui m'intéresse, c'est le côté intellectuel de la politique. Je reviens toujours à ma vocation première d'enseignante» signale cette ancienne maîtresse d'école âgée de 68 ans. «Je suis studieuse, je pense que ça paraît.» Plus tôt dans la journée, elle avait convié les journalistes à un petit cours sur les finances municipales avec force tableaux. Ne manquaient plus que la craie et la brosse à effacer.

Malgré tous ses efforts, celle que tous appellent «Mme Boucher» s'est souvent vue comme une grande incomprise. «Les gens nous perçoivent d'une certaine façon, et personne ne peut leur arracher.» Elle est par ailleurs convaincue que le fait d'être une femme n'a pas aidé: «Un homme qui se fâche, c'est un homme qui a du caractère. Une femme qui se fâche, c'est une hystérique. C'est toujours pareil et ça n'a pas évolué. [...] Par exemple, à l'heure actuelle, je trouve qu'on fait la vie bien plus dure à Pauline Marois qu'aux autres. Elle est obligée de tout prouver comme si elle était une néophyte.»

Les moyens du bord

Ce n'est pas pour rien qu'Andrée Boucher a décidé de se lancer dans la course à titre d'indépendante, sans parti. Elle ne s'appuie sur aucune machine et n'a pas d'attaché de presse. Ce jour-là, elle avait quand même demandé à l'un de ses fils de lui donner un coup de main. La candidate fonctionne avec les moyens du bord et elle en est fière. «Mon message de frugalité commence là. Je veux montrer que ce que je fais avec des petits moyens sera possible dans une ville.»

Pour amasser le nombre de signatures exigé pour son inscription, elle a invité la population à se rendre chez elle, un dimanche. Pas moins de 1500 personnes sont venues. «Moi je sers le peuple. Ma base a toujours été là. L'establishment ne m'accepte pas et ne m'acceptera jamais. [...] Je ne corresponds pas à son modèle.»

Et le discours de l'intégrité fonctionne. Moins d'une semaine après son entrée dans la course, elle rejoignait le favori Marc Bellemare dans les sondages avec 33 % des voix. Alors que ce dernier promet le retour du hockey à Québec, Mme Boucher dénonce les grandes promesses et se fait l'apôtre de la rigueur budgétaire. Elle s'inquiète de ce que le budget de la capitale ait augmenté de 100 millions de dollars, en trois ans, pour atteindre 896 millions. «Le temps est venu de remplacer les cigales par les fourmis à la tête de la municipalité», disait-elle dans une allocution récente. Et de reprocher à l'administration L'Allier de ne pas s'être attaquée à la réduction de la dette. «La Ville de Québec ne s'étant pas servie de cette période faste pour engranger, le moment est maintenant venu de crier haro sur le baudet et de siffler la fin de la récréation.»

La «méthode» Boucher

À Québec, Andrée Boucher entend donc appliquer la méthode qui a fait son succès à Sainte-Foy, cette banlieue riche et prospère qu'elle a dirigée pendant près de 20 ans. S'il existe un équivalent municipal du patriotisme, elle en est le fier exemple. Andrée Boucher est née à Sainte-Foy, a étudié à Sainte-Foy. C'est là qu'elle s'est mariée et a élevé ses trois enfants avant de se lancer en politique. «J'ai commencé à m'intéresser à la chose municipale en 1968. Je m'y intéressais comme citoyenne ordinaire qui voit des problèmes dans son quartier. [...] Mes voisins me faisaient confiance.» Élue à la mairie en 1984, elle a dirigé la municipalité pendant vingt ans d'une main de fer. Et à propos de l'hôtel de ville qu'on l'a souvent accusée d'avoir imposé aux citoyens, elle clame haut et fort qu'il s'agit «du projet public le plus réussi du Québec».

Si on ne met plus en doute la rentabilité de ce pompeux édifice, il est loin de faire l'unanimité de la population pour son allure. Dans ses goûts et ses préoccupations, Andrée Boucher n'est pas en phase avec tous. En particulier avec les jeunes et les résidants de la ville-centre. Et, quand on le lui fait remarquer, elle rétorque sans gêne que ceux-là ne le sont pas davantage des banlieues. «Soixante-six pour cent des gens vivent dans les douze villes de banlieue et 60 % de la richesse est là.»

Après des années passées à livrer bataille à Jean-Paul L'Allier, elle s'impose plus que jamais comme son antithèse. Méfiante à l'endroit de tout ce qui ressemble à de grands projets, peu préoccupée par le vieillissement de la population et les ratés dans le dossier de l'immigration, elle n'est pas non plus très proche des milieux culturels.

D'ailleurs, quand on lui demande à quels événements ou spectacles elle a assisté cette année, Mme Boucher nous parle de son goût pour la lecture et de ses obligations de grand-mère. «J'ai une famille vous savez, trois enfants et trois petits-enfants. J'ai très peu de disponibilités [...] Dans la dernière année, j'ai gardé les petits trois semaines complètes.»

À l'image de la fourmi de la fable, Mme Boucher est casanière et semble moins se préoccuper de stimuler la jeunesse que de lui léguer un bon héritage au sens strict. Reste à voir si c'est le genre de programme scolaire dont les gens de Québec ont envie.

Collaboratrice du Devoir