PQ: un programme introuvable

Le programme du Parti québécois, auquel les candidats à la direction du parti se réfèrent sans cesse dans l'actuelle course, notamment André Boisclair, demeure introuvable, plus de trois mois après la fin du congrès. Les seuls exemplaires disponibles sont des versions préliminaires ou incomplètes.

«Il est actuellement en révision linguistique», nous a informé hier Joël Simard-Ménard, directeur des communications du PQ. La course à la direction du parti, a-t-il expliqué, a ralenti le processus. Sauf que le document devra franchir plusieurs étapes de validation qui pourraient retarder encore son adoption définitive et sa diffusion. Après avoir été «refondu» pour s'assurer «qu'il contient bel et bien ce qui a été adopté au congrès», une version en sera rendue publique. Les membres auront alors une courte période de temps pour faire des commentaires. Par la suite, il devra être officialisé par le Conseil des présidents de circonscription, une nouvelle structure du parti qui regroupe notamment des présidents des associations de circonscription. La date de la réunion de ce conseil pourrait être connue cette semaine.

«Médias souverainistes»?

Une partie du programme au moins fait pratiquement l'unanimité contre elle chez les candidats. Dans les versions préliminaires, on y dit que le gouvernement du Parti québécois «créera des médias souverainistes».

Selon le candidat Jean-Claude Saint-André, il s'agit «d'une formulation très malhabile». Il indique que «quand l'État investit dans les médias, il doit mettre en place des mécanismes pour s'assurer que l'information soit impartiale, neutre et objective». Même son de cloche du côté d'André Boisclair, joint la semaine dernière et qui rappelle qu'au congrès de juin il s'était opposé à ce que cette phrase figure dans le programme du parti. Quant à Pauline Marois, elle soutient qu'après une élection du PQ avec elle à sa tête, elle dresserait une liste de priorités et que la création de «médias souverainistes», une «formulation malheureuse» qui fait un peu Pravda, n'en ferait pas partie.

Comme M. Saint-André, Pierre Dubuc estime quant à lui qu'un gouvernement ferait mieux de réinvestir massivement dans Télé-Québec en plus de créer une radio nationale. Mais l'information devra selon eux y être objective et non orientée par l'État.

Polémiques

D'autres parties du programme créent des tensions parmi les neuf candidats. Entre autres, cette phrase (dont le libellé nous a été confirmé par la permanence du PQ): «Au lendemain de son élection, le gouvernement du Parti québécois se limitera à poser uniquement les gestes absolument indispensables pour donner suite à son engagement de réaliser la souveraineté.»

Pour le candidat Jean-Claude Saint-André, tout cela est «insignifiant et ridicule». «Je ne comprends pas qu'un parti politique qui va solliciter un mandat des électeurs et des électrices, leur dise d'avance qu'il va se restreindre dans les gestes qu'il va poser. Pour moi, c'est un non-sens.» M. Saint-André a déclaré ceci: «Si je suis élu, je demande à l'exécutif du parti de convoquer un congrès spécial pour corriger tout cela.»

Selon nos informations, l'ancien chef Jacques Parizeau est du même avis que M. Saint-André. Ce dernier a d'ailleurs travaillé plusieurs années pour M. Parizeau dans la circonscription de L'Assomption avant d'y être élu à son tour. M. Parizeau déteste cette partie du programme qui promet d'amener les Québécois vers les lendemains qui chantent «le pied sur le frein». M. Saint-André rappelle d'ailleurs que, bien avant le congrès, l'ancien chef s'était exprimé sur cette question, notamment dans une tribune où il appuyait l'approche des «gestes de rupture» préalables à tout référendum, préconisée par le directeur de la revue L'Action nationale, Robert Laplante.

M. Saint-André souhaite-t-il que M. Parizeau fasse une déclaration publique critiquant le programme et incitant les candidats à se prononcer sur cette question? «Je n'ai pas à me prononcer là-dessus. M. Parizeau est un homme averti, et il lui appartient de décider de s'exprimer ou pas. J'ai assez de gouverner ma propre personne, je ne gouvernerai pas les autres», a répondu M. Saint-André, toujours impétueux.

Pour le candidat André Boisclair, joint récemment, «le combat que mène M. Saint-André est légitime», mais va à l'encontre du consensus qui s'est dégagé au congrès de juin et qui a rejeté l'approche des «gestes de rupture». M. Boisclair soutient que «le vote qui s'est tenu au congrès a été, sur ces questions, le plus clair de l'histoire du parti». Et il refuse d'envisager l'hypothèse d'un congrès spécial s'il est élu, comme M. Parizeau l'avant fait en 1989 pour dépouiller le programme de la thèse de «l'affirmation nationale» de son prédécesseur Pierre Marc Johnson.

Quant à l'actuel programme du PQ, M. Boisclair le juge «bien fait et intelligent» et il dit avoir «hâte de le prendre et de le porter dans l'opinion publique».