Front commun CSN-FTQ - Jérôme-Forget est intraitable

Monique Jérôme-Forget n’a pas tardé à réagir à la proposition syndicale qui se voulait un compromis: «Ils nous avaient demandé la Lune et la planète Mars. Maintenant, ils demandent uniquement la Lune».
Photo: Clément Allard Monique Jérôme-Forget n’a pas tardé à réagir à la proposition syndicale qui se voulait un compromis: «Ils nous avaient demandé la Lune et la planète Mars. Maintenant, ils demandent uniquement la Lune».

Que le front commun CSN-FTQ «revienne sur Terre!», a demandé hier la présidente du Conseil du trésor, balayant du revers de la main la contre-proposition dévoilée plus tôt en journée par les syndicats, qui avaient abaissé leur demande initiale.

«Ils nous avaient demandé la Lune et la planète Mars», a réagi Monique Jérôme-Forget en début d'après-midi hier. «Maintenant, ils demandent uniquement la Lune. Je leur demande de revenir sur Terre!»

En matinée, les dirigeants de la CSN et de la FTQ avaient convoqué la presse pour dévoiler une contre-proposition, moins gourmande que leur demande initiale d'augmentation salariale de 12,5 % sur trois ans, excluant l'équité. Ils revendiquent désormais des hausses salariales de 13,5 % sur cinq ans et demi, hormis le dossier de l'équité. La proposition syndicale, rejetée d'emblée par la présidente du Conseil du trésor, se divise ainsi: 3 % les deux premières années, et 2,5 % les trois suivantes.

Le cadre financier du gouvernement, quant à lui, demeure le même, a répété Mme Jérôme-Forget, qui estime avoir «fait le pari de la franchise au départ» en décidant «franchement et candidement de mettre sur la table [le cadre avec lequel] nous allions terminer».

Le Conseil du trésor évalue qu'il y a toujours un gouffre entre la demande syndicale — qu'il place à sept milliards de dollars — et son offre, qui représente 3,2 milliards. «Nous sommes à des lieues de nous entendre», a d'ailleurs clairement indiqué la ministre Jérôme-Forget.

La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, et son vis-à-vis de la FTQ, Henri Massé, estiment plutôt que la facture globale de leurs demandes est désormais de 3,1 milliards en cinq ans et demi plutôt que 2,7 milliards en trois ans, des demandes qui ne sont pas «un chef-d'oeuvre de gourmandise», croit Mme Carbonneau.

«Qu'on révise nos demandes, c'est un peu inédit» dans un contexte où le gouvernement, lui, n'a pas déplacé son offre d'un pouce depuis le début, a affirmé le responsable de la négociation pour la FTQ, Raymond Forget. «Cela démontre notre bonne foi» de même que la volonté syndicale de débloquer une négociation enlisée depuis le début.

Le front commun a par ailleurs l'intention de solliciter ses membres dans le but d'obtenir un mandat de quatre journées de grève à utiliser entre le 10 novembre et le 16 décembre. Ces mandats, s'ils sont obtenus, seraient utilisés à la chaîne à travers le Québec, de manière à ce qu'il y ait partout en tout temps des syndicats en grève.

Pour le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, la contre-proposition du front commun est une «bonne nouvelle», car «nos amis de la CSN et de la FTQ se mettent à table et sont en train de faire le bout de chemin que nous avons fait» en juin, alors que la CSQ avait tenté un règlement salarial avec Québec, toutefois sans succès. «J'ose croire que les astres vont s'aligner sur le même axe, pour reprendre l'allégorie de la présidente du Conseil du trésor.»

Mme Jérôme-Forget reste maintenant campée sur ses positions, et maintient le pari de l'attitude «responsable et raisonnable» commandée par la situation financière du Québec; mais au printemps, elle avait dérogé à son cadre initial avec la CSQ, tendant une offre de 8 %, puis une autre «informelle» de 10 % (salarial uniquement, sur six ans). «On n'était pas très loin de notre demande», raconte M. Parent, dont la demande est de 12,5 % sur six ans, équité salariale exclue.

Le «bout de chemin» effectué hier par le front commun CSN-FTQ pourrait-il donner vie à un front élargi, incluant fonctionnaires et CSQ? «Si la tendance se maintient, on pourrait peut-être voir ça un jour; en tout cas pour l'instant, on se fait des beaux bye-bye», ajoute-t-il, rieur.

Le député péquiste de Richelieu, Sylvain Simard, dénonce la manière de faire du gouvernement Charest «qui a tout du décret sans en être véritablement un», a-t-il réagi hier, pointant ce choix de faire d'une offre initiale une offre finale. «On est presque en décret formel! Il reste maintenant à avoir le courage de le dire», dénonce M. Simard, qui croit que le Conseil du trésor «prétend négocier alors qu'il ne le fait pas».

Tant les syndicats que l'opposition voient dans ce rejet rapide de Mme Forget une stratégie pour «exciter l'opinion publique», comme l'affirme Sylvain Simard, qui ne voit que «l'impasse politique» au bout de ce qui est entamé.

Quant à la négociation suspendue avec les enseignants, dont on devrait savoir plus demain, Mme Jérôme-Forget a expliqué qu'elle se réjouissait qu'ils «fassent le point», mais a demandé un arrêt des moyens de pression qui «n'enrichiront pas le gouvernement», ne permettront pas «d'imprimer de l'argent et d'augmenter les offres qui sont sur la table», a-t-elle expliqué, réitérant que son gouvernement ne pourrait se soustraire ni à augmenter les impôts ni à «aller en déficit».

La ministre a invité les enseignants à «mettre fin à ces moyens de pression qui pénalisent une communauté vitale de la société québécoise», celle de la culture. Comme l'avait fait sa collègue de la Culture Line Beauchamp, elle a de nouveau promis une compensation pour les organismes les plus pénalisés par le boycottage des activités culturelles, qui est toujours maintenu.

Au cabinet de Mme Beauchamp, la porte-parole Véronik Aubry a affirmé hier que «les analyses se poursuivent» et que «tout le monde» recevra des compensations sitôt ce moyen de pression levé.

Avec la Presse canadienne