Course à la direction - Boisclair veut rajeunir le Parti québécois

André Boisclair est allé rencontrer des étudiants à l’Université de Montréal hier.
Photo: Jacques Nadeau André Boisclair est allé rencontrer des étudiants à l’Université de Montréal hier.

Soucieux du vieillissement du membership au sein du Parti québécois, André Boisclair a lancé hier un appel à la jeunesse afin qu'elle se lève et marche à ses côtés dans la course à la chefferie péquiste.

Bien qu'ils ne représentent que 15 % des membres du PQ, comme Le Devoir le révélait hier, les jeunes ont massivement montré leur intérêt pour ce parti en général et pour un des aspirants à sa direction en particulier. Quelque 1400 étudiants de l'Université de Montréal se sont pressés pour entendre la conférence d'André Boisclair. Un auditorium de 1000 places n'a pas suffi. La longue file d'attente a été détournée vers une autre salle où les jeunes ont pu entendre le discours du favori dans cette course, que d'aucuns associent à la génération montante compte tenu de ses 39 ans.

Cette présence a semblé ragaillardir M. Boisclair, dont les aspirations ont été secouées depuis une semaine par sa confession forcée au sujet de sa consommation passée de cocaïne. «Je veux faire appel à votre énergie. Je fais un gros saut en me lançant dans cette campagne. Je vous invite à en faire un avec moi. [...] Est-ce trop vous demander, dans la prochaine année, de consacrer l'équivalent d'une journée ou deux pour réfléchir au Québec, pour vous faire votre propre idée du genre de société dans laquelle vous voulez vivre?», a-t-il demandé à la foule.

André Boisclair a même émaillé son discours de quelques phrases au ton modeste alors qu'il est souvent critiqué pour son arrogance. «[J'exercerai] un leadership où je ne jouerai pas le curé en chaire qui vient annoncer la bonne nouvelle chaque semaine. [Je serai] un gars qui va se tromper, un gars qui n'aura pas toutes les réponses aux questions, un gars qui n'est pas celui qui va marcher en avant pour porter la croix», a-t-il expliqué.

Mais le naturel est vite revenu. Emporté par l'enthousiasme que lui communiquaient les gens dans la salle, André Boisclair a parlé de lui à la troisième personne, soulignant même qu'il était en «campagne électorale». Mais ce petit lapsus a surtout fait sourire le principal intéressé et suscité les rires d'une salle visiblement prête à tout lui pardonner.

Aux journalistes qui l'attendaient à la sortie, M. Boisclair s'est dit ému par l'accueil reçu. «Au-delà de ma personne, je vois des jeunes qui sont prêts à se mobiliser pour la souveraineté du Québec», a-t-il commenté.

Le candidat à la direction du PQ se montre confiant de conquérir les jeunes afin qu'ils deviennent membres du Parti québécois. Selon son entourage, environ 300 cartes de membre ont été vendues après le discours de M. Boisclair.

Selon les données obtenues par Le Devoir et confirmées par M. Boisclair, l'âge moyen des péquistes à l'heure actuelle est de 54 ans. En fait, ce sont les gens âgés de plus de 50 ans qui représentent la large majorité (59 %) du membership péquiste.

«J'ai confiance qu'on est capables de faire un bond considérable dans le membership du Parti québécois. Je suis déjà allé chercher plus 10 000 nouveaux membres. [...] La campagne que je fais sur le terrain, avec un appui fantastique de jeunes de partout dans les régions du Québec, porte fruits et va se traduire de façon concrète sur le membership du parti, qui doit être redressé», a-t-il affirmé.

M. Boisclair a toutefois reconnu que remplir une salle (voire deux) et faire le plein de membres sont deux choses fort différentes. «C'est pourquoi je veux passer du temps auprès des jeunes pour essayer de les convaincre de faire le pas. Les chiffres sont justes, et c'est pour cette raison que je veux agir», a expliqué M. Boisclair, qui bénéficie de l'appui de 13 leaders, anciens et actuels, du mouvement étudiant.

Parmi les parti politiques du Québec, c'est l'Union des forces progressistes (UFP) qui a la plus importante proportion de jeunes dans ses rangs: en effet, 56 % des quelque 2900 membres ont moins de 35 ans alors que seulement

18 % d'entre eux ont 55 ans et plus. «Une courbe inversée à celle du PQ», fait remarquer le porte-parole de l'UFP, le médecin Amir Khadir. Le profil de l'UFP, «en rupture avec un certain modèle économique, un modèle de croissance, très soucieux de l'environnement, qui rompt avec la vieille façon de faire de la politique», convient à plusieurs jeunes, dit M. Khadir. Autre avantage, poursuit-il: beaucoup d'artistes très engagés et très en vue chez les jeunes, comme Les Cowboys Fringants et Loco Locass (qui parlent même de M. Khadir dans une de leurs chansons), logent à la même enseigne idéologique que l'UFP. Par ailleurs, l'UFP est «un parti de la rue autant que des urnes», actif là où beaucoup de jeunes se trouvent: le mouvement antiguerre, la défense des sans-papiers, etc.

À l'Action démocratique du Québec, «le tiers» des membres auraient moins de 30 ans. Au Parti libéral du Québec, on évalue la proportion des «moins de 26 ans» à 8,5 % des membres. Mais on fait remarquer que la Commission jeunesse y est la plus puissante de ce type au sein des formations politiques au Canada puisqu'elle possède 33 % des voix lors des congrès du parti. Quant au Bloc québécois, il ne compilerait pas de données sur l'âge de ses membres.

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille