Et maintenant les idées

La course à la chefferie du Parti québécois est entrée dans sa deuxième phase hier avec le premier débat des candidats, qui s'est tenu à Sherbrooke. Après l'égrenage des appuis publics, la course aux signatures et les lancements de campagne, après l'épisode sur la consommation de cocaïne d'André Boisclair, les candidats sont enfin passés au contenu.

Sur le thème des finances publiques et de la solidarité, les candidats ont eu l'occasion d'annoncer leurs couleurs au sujet de l'équilibre des finances publiques, des priorités budgétaires et du filet de protection sociale.

André Boisclair, qui se présente comme le représentant de la génération montante, s'est engagé à relever «l'incontournable» défi de la réduction de la dette. Dans un Québec souverain, il a promis que, lorsque la croissance économique excédera 2,5 %, l'État investira dans un «fonds de remboursement de la dette et de protection des programmes sociaux. On ne peut continuer de transférer le paiement de la dette d'une génération à une autre», a lancé celui qui reste meneur dans cette course, malgré les révélations-chocs sur sa consommation de drogue. Il s'est également engagé à consacrer le tiers du budget de l'État à l'éducation.

Deuxième dans les sondages, Pauline Marois a quant à elle misé sur sa longue expérience de ministre, soulignant les choix difficiles auxquels sont confrontés les gens de pouvoir. «C'est facile de parler de solidarité, mais c'est plus difficile de la vivre lorsqu'on exerce le pouvoir», a-t-elle déclaré d'entrée de jeu, notant qu'elle avait elle-même été prise avec des dilemmes cornéliens lorsqu'on se demande s'il faut investir pour aider les enfants autistes ou assurer des bains hebdomadaires aux personnes âgées.

Rappelant ses faits d'arme, notamment lorsqu'elle a créé le programme des garderies à 5 $, l'ancienne ministre a promis que, en tant que première ministre, elle consulterait la population et penserait aux générations futures. «Pour moi, il n'y a pas de distinction entre la question sociale et la question nationale», a fait valoir Mme Marois.

Richard Legendre s'est quant à lui raccroché à l'exercice de François Legault sur les finances d'un Québec souverain, rappelant que le pays du Québec dégagerait une marge de manoeuvre de cinq milliards par année. Il s'est entre autres engagé à consacrer un milliard à la santé et un autre à l'éducation, notamment pour le sport et la culture à l'école.

L'ex-mandarin Louis Bernard y est, de son côté, allé d'une promesse rapide aux étudiants: il maintiendrait le gel des droits de scolarité «jusqu'à ce que nous ayons les moyens de les abolir». De façon plus générale, il s'est prononcé en faveur d'une réduction de la dette, du maintien du caractère progressif de l'impôt et contre une médecine à deux vitesses. Il a aussi plaidé en faveur d'un revenu de citoyenneté, à l'instar de Gilbert Paquette, ancien ministre des Sciences et de la Technologie sous le gouvernement Lévesque.

Tranchant avec le ton plutôt social-démocrate des autres candidats, Ghislain Lebel a quant à lui invité les péquistes à courtiser un électorat qui «est allé dans un parti plus à droite».

Son discours contrastait évidemment avec celui du candidat de Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre, Pierre Dubuc, qui suggérait d'aller puiser davantage d'argent dans les poches des entreprises.

Le pur et dur Jean-Claude Saint-André a quant à lui ridiculisé le mantra péquiste sur le déséquilibre fiscal, qui n'est selon lui qu'une autre façon de parler des «conditions gagnantes», promettant de gouverner «sans demander la permission d'Ottawa».

La soirée a débuté par une présentation de chacun des candidats d'une durée de quatre minutes. Trois courts débats mettant chacun en scène trois candidats ont ensuite suivi. Richard Legendre, Gilbert Paquette et Ghislain Lebel ont brisé la glace des débats. C'était ensuite au tour du trio formé d'André Boisclair, de Louis Bernard et de Jean-Claude Saint-André de croiser le fer. Deuxième en lice, Pauline Marois est entrée en scène dans la troisième partie du débat, où elle faisait face à l'écologiste Jean Ouimet et au candidat de gauche Pierre Dubuc, rédacteur en chef de l'aut'journal.

Les aspirants à la chefferie ont également répondu à des questions du public, présélectionnées par un groupe de cinq personnes afin d'éviter toute question délicate, notamment en ce qui a trait à la vie privée des candidats.

Les membres du PQ sont maintenant conviés à un rendez-vous hebdomadaire pour les six prochaines semaines. Le prochain débat aura lieu mercredi à Montréal et portera sur le développement durable et l'économie. Les candidats débattront aussi, au cours des semaines suivantes, de culture, de souveraineté, du territoire et d'éducation. La série se conclura par un dernier débat le 9 novembre à Gatineau, dont le thème sera la santé.