Charest en mission économique en Chine - Le Québec et la Chine ont un passé commun riche mais méconnu

Les relations Québec-Chine ne datent pas d'hier, rappelle l'historien Serge Granger, au moment où le premier ministre Jean Charest arrive à Pékin pour une mission d'une semaine, avec une délégation de 155 Québécois issus des milieux des affaires, de l'éducation, du tourisme et de la culture.

«Nous avons une relation historique très riche avec la Chine, le problème est que les historiens québécois ont oublié de l'étudier», affirme M. Granger, qui a publié il y a quelques mois Le Lys et le lotus — le Québec et la Chine de 1650 à 1950 (VLB éditeur). Le Devoir l'a joint à New Delhi, en Inde, où il effectue des recherches au Centre d'études françaises et francophones de l'université Jawaharlal Nehru.

Il fait remarquer que l'intérêt du Québec pour la Chine remonte au début de la colonie. L'explorateur Cavelier de La Salle croyait fermement que la Chine se trouvait en amont des rapides jouxtant Montréal, d'où la dénomination de rapides de Lachine! Plus sérieusement, Serge Granger rappelle que «le Chinatown de Montréal [et celui de la ville de Québec] ont plus d'un siècle» et que «la communauté chinoise est le premier groupe non judéo-chrétien à venir s'installer au Québec».

Petits Chinois

Aussi, «quel Québécois d'avant les années soixante n'avait pas acheté un petit Chinois?», lance M. Granger. Longtemps, le Québec a surtout exporté des missionnaires vers l'empire du Milieu. En 1941, les Québécois deviendront même les premiers contributeurs per capita à la Sainte-Enfance, dépassant les Italiens et les Français. Pratiquement toutes les écoles catholiques du Québec furent enrôlées dans ce type de campagne.

Au fond, c'est la Révolution tranquille, en laïcisant la société québécoise, qui a «coupé le cordon missionnaire avec la Chine, détruisant au passage cet acquis», semble déplorer M. Granger. «Ce n'est qu'en 1975 que la sinophilie revient réellement au Québec, avec la création du Centre d'études de l'Asie de l'Est (CETASE) à l'UdeM, sans oublier les efforts continus de McGill et Concordia.» Cela renouait avec l'intérêt séculaire que plusieurs personnages de l'histoire du Québec ont montré pour la Chine, tels Honoré Beaugrand, ancien maire de Montréal, l'écrivain Alain Grandbois et le politicien Wilfrid Laurier, sans compter Norman Bethune, Pierre Elliott Trudeau et René Lévesque. Il note que «tous les réformistes chinois du XXe siècle, notamment Sun Yat-sen, Chiang Kai-shek et Mao Zedong, se sont sentis concernés par des institutions ou des individus liés au Québec».

Se faire connaître

Malgré tout, M. Granger estime que le Québec doit se faire connaître davantage en Chine. «Peu de Chinois savent que la langue du Québec est le français, et, lorsque vient le temps de recruter les immigrants, le gouvernement du Québec a la fâcheuse habitude de le faire par le biais des Alliances françaises, qui n'enseignent aucunement le Québec à leurs étudiants.» Il voit d'un bon oeil le fait que des délégations d'établissements d'enseignement fassent partie de la présente mission du gouvernement du Québec, car elles favoriseront le recrutement d'étudiants chinois, qui serviront à terme de pont entre le Québec et la Chine et qui assureront ainsi une meilleure compréhension entre les deux mondes et, potentiellement, des relations plus intimes.

«Si le Québec échoue à se tailler une place en Chine, le Québec aura de la difficulté à faire sa place au soleil dans l'économie mondiale», note M. Granger. Dès son arrivée en sol chinois aujourd'hui, le premier ministre Charest aura un entretien avec le vice-premier ministre Zeng Peiyan. Demain, M. Charest rencontrera deux autres ministres, soit Zhou Ji (Éducation) et Xu Guonhua (Science et Technologie), pendant que se déroulera un séminaire sur le multimédia. La ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, et le ministre du Développement économique, Claude Béchard, sont aussi du voyage.

Et l'Inde?

Par ailleurs, M. Granger se demande pourquoi le Québec est toujours absent dans le géant voisin de la Chine, l'Inde. Elle aussi, après tout, est en voie de devenir un autre géant économique. «Si j'enseigne l'histoire québécoise à l'université Nehru, c'est pour démontrer que la francophonie indienne s'intéresse à nous. Malheureusement, l'indifférence du Québec au progrès indien m'inquiète.»

Avec PC