Indépendants, mais amis

Québec — L'indépendance du Québec devra se faire correctement, dans l'ordre et sans précipitation, en maintenant l'amitié avec le Canada, a averti hier Louis Bernard, candidat à la direction du Parti québécois.

À la suite d'un référendum victorieux, «on ne fera pas de gestes qui supposent qu'on est un pays indépendant quand on ne l'est pas», a déclaré M. Bernard lors d'une conférence de presse, où il a dévoilé sa stratégie d'accession à la souveraineté advenant qu'il mène le Parti québécois à la victoire lors du prochain scrutin et lors d'un éventuel référendum sur l'avenir du Québec.

À la suite d'une victoire référendaire du OUI, M. Bernard conçoit une période d'environ un an pour permettre le déroulement de négociations devant mener le Québec à la souveraineté.

Le Canada n'aurait d'autre choix que de s'asseoir à la table pour négocier avec les représentants du Québec pour deux raisons, croit M. Bernard:

- d'abord parce qu'il a l'obligation constitutionnelle de négocier, en vertu d'une décision rendue par la Cour suprême du Canada;

- ensuite parce qu'il sera important pour le Canada de préserver sa stabilité économique et la valeur du dollar canadien, qui fera l'objet de multiples «pressions».

«Mais c'est dans l'intérêt du Québec et du Canada de négocier, afin de conserver la même monnaie, la liberté des échanges, et de déterminer quelle partie de la dette et des actifs reviendront au Québec, a expliqué M. Bernard. On va planifier et organiser la transition. Ce ne sera pas une aventure, mais une affaire bien planifiée.»

M. Bernard a insisté sur l'amitié que le Québec devra conserver avec le Canada. Il a déclaré «aimer le Canada» puisque ce pays demeurera un voisin et un partenaire du nouvel État québécois indépendant.

Seule solution

M. Bernard a d'autre part rappelé la nécessité de l'indépendance pour le Québec, seule solution de remplacement au fédéralisme actuel qui fait du Québec «une province comme les autres».

Dès que le PQ sera au pouvoir, M. Bernard travaillera à préparer le référendum qui se tiendra dans les mois suivants.

«Je ne veux pas gouverner la province de Québec, mais gouverner un Québec indépendant», a-t-il maintes fois répété.

Lors de ce référendum, il suffira qu'une majorité de Québécois se prononcent en faveur de la souveraineté du Québec. M. Bernard espère toutefois que cette majorité sera la plus forte possible, justement dans le but que la victoire des souverainistes ne soit pas seulement une victoire juridique, mais politique.

Entre-temps, M. Bernard a vanté l'accueil chaleureux qu'il reçoit auprès des militants du Parti québécois dans le cadre de la course au leadership.

S'il est élu chef, M. Bernard compte mobiliser le parti pour un retour à l'action politique auprès des citoyens, notamment par une alliance plus serrée avec le Bloc québécois.

Au cours des prochaines élections, le Parti québécois devra mettre en avant la question nationale et éviter la stratégie des années 1970 où on incitait les gens à voter pour un bon gouvernement, tout en remettant à plus tard la tenue d'un référendum sur la souveraineté. Cette fois, les deux questions «ne sauront être dissociées», a conclu Louis Bernard.