Au tour de Pauline Marois

Pauline Marois a recueilli 1600 signatures de membres du PQ qui l’appuient à travers une centaine de circonscriptions.
Photo: Jacques Grenier Pauline Marois a recueilli 1600 signatures de membres du PQ qui l’appuient à travers une centaine de circonscriptions.

Après avoir été la toute première à se lancer dans la course à la succession de Bernard Landry, quelques heures à peine après la démission de ce dernier, Pauline Marois est devenue hier le cinquième aspirant-chef à déposer officiellement sa candidature à la direction du Parti québécois (PQ) en présentant à la présidente d'élection quelque 1600 signatures de membres du PQ qui l'appuient à travers une centaine de circonscriptions. Il y a deux semaines, André Boisclair en avait présenté plus de 3700.

Plutôt discrète dans les médias depuis le lancement de la course — elle sillonne le Québec depuis quelques semaines —, donnée perdante face à André Boisclair selon les premiers sondages, Pauline Marois ne croit pas avoir de retard à combler. «La véritable course commence maintenant, et elle se consolidera réellement à partir du 15 septembre [date de la fin du dépôt des mises en candidature]. Le travail de préparation et d'organisation pour aller chercher de nouveaux membres est en cours. J'y ai mis beaucoup d'efforts et nous constaterons le résultat le 15 novembre. Je suis très confiante», a déclaré Mme Marois, lors d'une conférence de presse organisée au siège social du PQ. «J'ai un plan de match et je le respecte. C'est une longue course», a-t-elle rappelé.

Seule femme actuellement dans la course, celle qui a occupé tous les ministères névralgiques au cours de sa longue carrière estime qu'elle peut incarner le changement souhaité pour le PQ. «Le renouveau, à mon point de vue, cela se trouve dans les idées et dans l'audace. Et jusqu'à maintenant, dans les dossiers qu'on m'a confiés, j'ai plutôt fait preuve d'audace. Je pense au dossier des commissions scolaires linguistiques, à celui des centres de la petite enfance, ça prenait de l'audace et un certain courage [pour les défendre].»

Pauline Marois a reconnu hier que la valse-hésitation de Bernard Landry avait «créé une forme d'insécurité, d'inquiétude, une hésitation pour certaines personnes. Mais je n'irais pas jusqu'à parler d'une ombre [sur la campagne]. Je ne suis pas soulagée [de son retrait], j'ai toujours dit que c'était sa décision et que je serais candidate peu importe. [...] Mais je pense que c'est une sage décision qu'il a prise.»

Celle qui a souvent contesté le leadership de M. Landry dans les derniers mois affirme aujourd'hui qu'il doit continuer d'occuper une «très grande place» dans le mouvement souverainiste. Elle le voit ainsi faire la promotion du pays québécois... ailleurs qu'au Québec, en parcourant le monde. «Je le vois assumer une part de cette responsabilité [de la promotion] pour aller rencontrer d'autres formations politiques représentant des États qui, éventuellement, nous reconnaîtront», a-t-elle dit en mentionnant qu'elle allait lui parler sous peu.

L'État au service de l'idée

En soirée, Mme Marois a tenu un premier grand rassemblement de campagne à Montréal, où quelques centaines de partisans étaient attendus. Dans le discours préparé pour l'occasion, Pauline Marois a essentiellement rappelé les grandes lignes de la stratégie de préparation et d'accession à la souveraineté qu'elle avait énoncées au printemps 2004 dans son Plan de match pour le Québec.

Selon la députée de Taillon, les souverainistes doivent d'abord contribuer à la réélection d'un grand nombre de députés du Bloc québécois aux prochaines élections fédérales. Ensuite, l'objectif sera de battre les libéraux de Jean Charest en plaçant «l'indépendance au coeur de la prochaine campagne [...], pour qu'une fois élus, nous puissions, en toute transparence et en toute légitimité, engager les démarches devant nous y conduire».

Plusieurs gestes majeurs devront ainsi être faits sitôt la prise de pouvoir, estime Pauline Marois. Elle évoque l'adoption d'une constitution provisoire, le déclenchement d'une offensive diplomatique pour sensibiliser la communauté internationale à la cause québécoise, la désignation d'un ministre responsable de l'accession à la souveraineté et l'utilisation des «ressources de l'État de manière responsable et transparente afin de préparer» le passage à la souveraineté.

Pour Pauline Marois, il s'agit d'un troisième essai en 20 ans pour tenter de devenir chef du PQ. En 1985, elle avait terminé deuxième de la course à la succession de René Lévesque, derrière Pierre Marc Johnson, en obtenant près de 20 % d'appuis. Puis, en 2001, Mme Marois avait jonglé avec l'idée de se présenter contre Bernard Landry. Mais le manque d'appuis à sa candidature — illustré notamment par la volte-face de François Legault — et la forte avance de M. Landry l'avait convaincue de retirer ses billes et de laisser passer. Le nouveau chef avait alors été élu par acclamation.

André Boisclair, Louis Bernard, Richard Legendre et Ghislain Lebel ont déjà déposé officiellement leur candidature à la course actuelle.