Secteur public: les négociations reprendront dès demain

L'automne politique tant attendu — et annoncé comme «chaud» par les centrales syndicales du Québec — commencera finalement demain. Les négociations entre les syndicats du secteur public et le gouvernement du Québec, suspendues durant la période estivale, reprendront en effet à ce moment, ont confirmé hier la présidente du Conseil du trésor (CT) et les différents responsables syndicaux.

Ces derniers se sont d'ailleurs dits surpris d'entendre la présidente du CT, Monique Jérôme-Forget, leur lancer un «appel à la négociation» lors d'une conférence de presse, hier matin. «Les négociations n'ont jamais été rompues, a expliqué Raymond Forget, coordonnateur des négociations du secteur public pour la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), qui fait front avec la Centrale des syndicats nationaux (CSN) dans ce dossier. C'est une opération de relations publiques où le gouvernement donne l'impression de nous tendre une perche en disant: "revenez à la table", alors que nous n'avons jamais été absents. De plus, cette nouvelle rencontre était prévue depuis déjà une semaine.»

En présence du négociateur en chef du gouvernement, Jean-François Munn, Mme Jérôme-Forget a néanmoins cru bon de réaffirmer hier la volonté du gouvernement d'en arriver à une entente selon le cadre financier discuté aux tables de négociations avant l'été. La semaine dernière, le premier ministre Jean Charest avait déjà dit que le gouvernement n'entendait pas ouvrir davantage ses coffres pour satisfaire les quelque 500 000 employés de l'État qui sont sans contrat de travail depuis juin 2003.

Selon Monique Jérôme-Forget, qui a exhorté les syndicats à mettre de côté leurs moyens de pression (ce qui a été exclu), «il n'y a pas plus d'argent dans les coffres qu'il n'y en avait au printemps, et l'été n'a rien changé à la précarité des finances publiques». Les deux parties reviennent donc à la table devant le même document de travail: Québec propose des hausses salariales de 12,6 % en six ans, mesures d'équité salariale incluses. Cela représente environ 3,2 milliards de dollars. L'offre est jugée «raisonnable et responsable» par Mme Jérôme-Forget.

La CSN et la FTQ réclament plutôt des hausses de 12,5 % en trois ans, en plus de l'équité salariale. La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) ont réduit leurs demandes salariales à 12,5 % sur six ans. L'offre officielle du gouvernement pour les salaires est de 8 % sur six ans.

Selon Carole Roberge, présidente du SPGQ, il est paradoxal de voir le gouvernement lancer des appels à la négociation alors «que lui reste sur ses positions. Il refuse de négocier et ne donne aucun nouveau mandat à ses négociateurs. Une vraie négociation, dit-elle, c'est une négociation où chacun fait des compromis».

Chaque camp se dit prêt à débattre de la question: dès demain, leurs négociateurs établiront un calendrier de travail pour les prochaines semaines. Les négociations entamées avaient achoppé le 20 juin, les deux parties restant campées sur leurs positions respectives. Une pause estivale avait alors été décrétée. Constatant la faible probabilité d'une reprise des négociations avant l'automne, le SFPQ avait ainsi décidé début juillet de mettre fin à son mouvement de grève ciblée (notamment à la Société de l'assurance automobile du Québec), en attendant de retrouver un interlocuteur à la table.