Choc au PQ - Pas de radicalisation linguistique

Déjà ébranlées par le départ impromptu de leur chef, les troupes péquistes ont refusé hier de s'engager dans la radicalisation du discours linguistique. La proposition d'imposer aux allophones l'enseignement en français au niveau collégial a été rejetée.

En moins d'une quinzaine de minutes, les congressistes ont liquidé un débat qui s'annonçait pourtant houleux. Mais ça, c'était avant la démission-surprise de Bernard Landry. «Il y a tout un contexte qui a nui à la proposition. Les gens sont bouleversés et les propositions les plus avant-gardistes ont été touchées», a analysé Mario Beaulieu du club politique SPQ-Libre dont était issue la proposition.

Beau joueur, M. Beaulieu a vu, dans cette décision de ses collègues péquistes, l'occasion de redoubler d'ardeur pour renforcer le français.

«Il faut réexpliquer le dossier parce que les gens voient ça comme une question de libre choix. Ce n'est pas le cas. On est tenus d'offrir des services en anglais à la communauté anglophone, mais on n'est pas tenus de financer des cégeps publics pour angliciser les nouveaux arrivants. Les gens ne comprennent pas ça. On a le droit collectivement de décider quelles institutions publiques on veut financer. [...] Il va falloir réactiver le débat linguistique, repartir un mouvement dans la société civile comme le mouvement Québec français», a-t-il commenté.

Ce dernier jouit d'appuis non négligeables pour mener ce dossier. La nouvelle présidente du PQ, Monique Richard, a appuyé la démarche alors qu'elle siégeait au SPQ-Libre.

Corriger le tir

Lors de la plénière, Mario Beaulieu a rappelé que le français connaissait un recul important et que des règles claires permettraient de corriger le tir. A contrario, la députée de Laurier-Dorion, Elsie Lefebvre, en a appelé à la sagesse des délégués. «Le combat de la langue est important, mais il risque de contribuer à la division. Soyons stratégiques: la souveraineté est à portée de main», a-t-elle clamé avant d'être ovationnée.

Un autre militant, Sébastien Cloutier, a renchéri: «Au lendemain d'une élection, qu'est-ce qu'on veut? Travailler pour la souveraineté ou imposer le français au cégep?»

Étonnamment, Yves Michaud, qui avait fait de cette question un véritable combat personnel, était absent pour l'ultime débat. La veille, il occupait pourtant l'avant-scène, foudroyant quiconque osait poser un regard critique sur ce dossier, l'accusant de prôner l'anglicisation des nouveaux arrivants. «On ne peut tolérer que 8 % d'une minorité assimile 55 % des immigrants. Si nous ne mettons pas un terme à ça, cette situation qui croupit, jamais nous ne gagnerons de référendum. Il faut commencer par là. Au Québec, on vote avec sa langue», avait souligné M. Michaud.

Lors de l'atelier de discussions samedi matin, la proposition de l'enseignement obligatoire en français au cégep a été adoptée sans problème. Les détracteurs de MM. Beaulieu et Michaud craignaient un ressac auprès de la clientèle immigrante que tente de convaincre le PQ.

En lieu et place de cette résolution, le congrès a donné son aval à l'importance de ce montrer vigilants «compte tenu du recul de l'apprentissage du français dans certaines communautés».