Choc au PQ - L'homme d'une cause

Bernard Landry et son épouse Chantal Renaud, peu après avoir annoncé sa démission, samedi.
Photo: Jacques Nadeau Bernard Landry et son épouse Chantal Renaud, peu après avoir annoncé sa démission, samedi.

Politicien au style bouillant et au verbe éloquent, orateur et débatteur de grand talent, homme de conviction à la foi souverainiste inébranlable au fil des années, collectionneur de portefeuilles ministériels, Bernard Landry aura consacré toute sa carrière publique au service d'une cause qu'il n'a cessé de défendre depuis 40 ans, et pour le bien-être de laquelle il a choisi samedi de s'éclipser de l'arène politique.

Les divers commentaires émis hier et l'onde de choc provoquée par sa démission l'indiquent bien: Bernard Landry laisse une empreinte profonde dans le paysage politique québécois. À la fois impulsif et pragmatique, sensible et autoritaire, colérique (comme on l'aura vu dans le documentaire de Jean-Claude Labrecque, À hauteur d'homme) mais aussi rationnel, Landry avait de la stature, reconnaît-on à gauche comme à droite. Un homme d'État, qui plaçait «la cause avant le parti et le parti avant l'homme».

Les qualités naturelles de leader démontrées par Bernard Landry l'ont très vite fait remarquer par la classe politique québécoise. Né le 9 mars 1937 (il a aujourd'hui 68 ans) à Saint-Jacques-de-Montcalm, dans la région de Joliette, le jeune Landry choisit d'étudier le droit et est admis au Barreau du Québec en 1965. Il s'illustre alors en occupant les fonctions de président de l'Association générale des étudiants de l'Université de Montréal.

René Lévesque, à l'époque ministre des Ressources naturelles dans le gouvernement libéral de Jean Lesage, le recrute immédiatement comme conseiller technique dans son ministère: c'est le début d'un long engagement envers la chose publique pour Bernard Landry. C'est M. Lévesque qui lui suggère à ce moment d'approfondir ses connaissances en économie: le jeune avocat suit le conseil et obtient un diplôme en économie et finance à l'Université de Montréal, formation qu'il enrichira à Paris, à l'Institut d'études politiques et au ministère des Finances et des Affaires économiques français.

À son retour, Bernard Landry pratique un peu le droit avant d'adhérer au Parti québécois (PQ) nouvellement fondé par René Lévesque, pour lequel il se présente aux élections de 1970 dans la circonscription de Joliette, où il est battu. Même scénario avorté en 1973, cette fois dans Joliette-Montcalm. On dit alors que son vocabulaire savant et ses constantes références latines ou historiques passent mal. Mais l'année suivante, il fait son entrée au sein du bureau national du PQ. Puis, en novembre 1976, lors de la victoire-surprise du PQ aux élections générales, Landry est finalement élu dans Fabre. René Lévesque le nomme ministre d'État au Développement économique, poste qu'il occupera durant tout ce premier mandat.

Réélu en 1981 (dans Laval-des-Rapides), Bernard Landry monte en grade: il garde un temps son ministère, puis est ensuite nommé au Commerce extérieur et aux Relations internationales. Lévesque parti, son successeur Pierre-Marc Johnson le place aux commandes des Finances pour un séjour éphémère de deux mois.

Mais c'était là une mince consolation pour l'ambitieux avocat et économiste. Bernard Landry venait en effet d'essuyer un revers cinglant lors de la course à la direction du PQ, qu'il avait dû abandonner avant la fin, faute d'appuis. Une défaite dure pour l'orgueil.

La victoire des libéraux aux élections qui suivent renvoient Bernard Landry à autre chose. Battu dans sa propre circonscription, il se tourne vers l'enseignement et occupera pendant huit ans un poste de professeur en sciences administratives à l'Université du Québec à Montréal — un séjour qu'il évoquera souvent par la suite. Durant la même période, le futur premier ministre coanime l'émission d'affaires publiques Le Monde magazine (1986-1987), et écrit un ouvrage remarqué, Commerce sans frontières. Farouche partisan du libre-échange, Landry sera d'ailleurs consulté par le Parti conservateur de Brian Mulroney pour trouver le moyen de vendre cette idée à la population, dans le cadre des élections fédérales de 1988.

Le temps du «grand vizir»

Le retour en politique de Jacques Parizeau marque également celui de Bernard Landry au sein du PQ. En 1989, il est nommé vice-président du parti, mais ne se présente pas aux élections de cette même année, préférant consacrer du temps à sa famille. Marié à l'avocate Lorraine Laporte en 1962 (qui fut juge à la Cour du Québec de 1994 jusqu'à son décès, d'un cancer, en 1999), Bernard Landry a trois enfants. Il s'est remarié avec Chantal Renaud en 2001.

C'est donc l'élection du PQ en 1994 qui marque l'entrée en scène de celui qu'on appellera plus tard le «grand vizir» du gouvernement, un «super-ministre» combinant toutes les tâches. Élu dans Verchères, où il demeure toujours, Bernard Landry devient l'homme fort du gouvernement. Jacques Parizeau le nomme vice-premier ministre et lui confie les Affaires internationales, de l'Immigration et des Communautés culturelles, ministre de la Francophonie, ministre responsable du Secrétariat à la jeunesse et responsable du Secrétariat à l'action humanitaire internationale.

Lucien Bouchard réitère cette confiance en lui confiant les importants ministères de l'Économie, des Finances et du Revenu à partir de 1996. M. Landry a alors la délicate mission de remettre l'économie québécoise sur les rails et d'éliminer l'important déficit qui s'est creusé depuis quelques années, défi qu'il relève.

Durant le deuxième mandat péquiste, Bernard Landry est confirmé dans ses multiples fonctions. Arrive la démission-surprise de Lucien Bouchard en 2001: cette fois, Bernard Landry fonce et fait le plein d'appuis.

Dans ce qu'on appellera la «guerre des Six jours», Landry réussit à mettre K.O. tous ses rivaux potentiels et est élu par acclamation chef du PQ, et premier ministre de facto. À ce poste auquel il restera deux ans, Landry parachèvera notamment la mise en oeuvre de sa vision économique en favorisant beaucoup l'interventionnisme étatique.

Les élections de 2003 constitueront un autre échec important pour Bernard Landry, qui décide de rester en poste malgré la défaite et de lancer un processus de refonte du programme du parti, la «saison des idées». Mais comme chef de l'opposition officielle, Landry doit aussi faire face à une opposition croissante au sein de son propre parti, plusieurs réclamant plus ou moins secrètement une course à la direction depuis quelques mois, notamment François Legault et Pauline Marois.

Le chef démissionnaire avait — croyait-on — réussi à calmer les ardeurs des prétendants jusqu'au vote de confiance de samedi: on connaît la suite, qui aura constitué la sortie de scène d'un personnage omniprésent dans la vie politique et médiatique québécoise depuis plus de 30 ans.

Avec la Presse canadienne

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1 commentaire
  • Aurel Godmaire - Inscrit 11 juin 2005 17 h 09

    Démission de M. Landry

    Je crois sincèrement que sa démission était à prévoir. Il n'a pas eu le support qu'il recherchait, d'avoir 85 à 90% des votes.

    La vie politique est cruelle envers les premiers ministes, on a qu'à regardé ceux qui l'on précédés, M.Bouchard,René Levesque et pourquoi??? eh bien ils ne pouvaient pas avoir le support des militants car le but premier du parti Québécois est la souveraineté et ses anciens premiers ministres ne voulaient pas faire un autre référendum si les enjeux n'étaient pas favorables.

    Il faut regarder du côté des problèmes qui c'est passé, telque la Gaspéria, la caisse de dépot, le métro de Laval, la SAQ. et autres. Je crois que les membres du parti Québécois ne veulent pas se séparer à n'importe quel prix, car personnes n'a été capable de dire et de confirmer combien cela vat nous coûté si on se sépare.