Choc au PQ - Le test générationnel du PQ

À l’annonce du départ de Bernard Landry, vendredi soir, la consternation se lisait sur les visages de plusieurs jeunes délégués présents au XVe congrès du Parti québécois.
Photo: Jacques Nadeau À l’annonce du départ de Bernard Landry, vendredi soir, la consternation se lisait sur les visages de plusieurs jeunes délégués présents au XVe congrès du Parti québécois.

Avec le départ de Bernard Landry, le Parti québécois (PQ) a à faire face à un test primordial: le test générationnel. C'est ce que font remarquer certains observateurs de la scène politique québécoise. Parmi eux, l'historien Éric Bédard, qui enseigne à la Télé-Université, (laquelle est maintenant rattachée à l'Université du Québec à Montréal). Selon M. Bédard, qui a milité au PQ dans les années 90 et a même été président des jeunes péquistes, Bernard Landry était le «dernier chef du Parti québécois à appartenir à la génération des fondateurs, à participer à cette mystique»; le dernier à avoir travaillé directement pour et avec Lévesque.

Bédard souligne aussi que Bernard Landry a été très fidèle au programme de sa génération: «Alors qu'il était président de l'AGEUM [Association générale des étudiants de l'Université de Montréal] au tout début des années 1960, il avait déclaré, dans un discours fracassant repris par les médias de l'époque, que les jeunes du Québec étaient désormais majoritairement "INDÉPENDANTISTES, EN FAVEUR DE LA LAÏCITÉ, SOCIALISTES"».

L'historien souligne que, forcément, «son successeur ne sera pas de cette génération-là. C'est là qu'on va voir si le PQ est le parti d'une seule génération ou non», fait-il remarquer. Car, selon l'historien, le parti que le PQ s'est trouvé à éjecter de l'arène politique québécoise, l'Union nationale (UN), avait justement été cela, «un parti d'une seule génération». L'UN n'avait pas vraiment su «prendre la mesure des changements qui s'opéraient», malgré les efforts de Daniel Johnson. Bédard soutient que par le choix du prochain chef et sa «performance», on saura si le PQ pourra réussir à «déborder» sur une autre génération. «Il risque d'y avoir un Jean-Jacques Bertrand péquiste», dit-il.

Génération et ADQ

Celui qui a le plus souvent décrit le PQ comme un «parti générationnel», le politologue Vincent Lemieux, de l'université Laval, estime qu'il est légitime de s'interroge en ce sens aujourd'hui. Selon ce professeur émérite, les partis générationnels, ce sont ceux qui ont fait basculer l'histoire politique du Québec: les libéraux de Laurier, l'Union nationale de Duplessis, le Parti québécois de Lévesque. Le Parti libéral, lui, demeure dans le paysage. Les partis générationnels sont d'ailleurs souvent créés par des personnalités qui le quitte (comme René Lévesque), des transfuges.

À l'automne 2002, lorsque l'Action démocratique du Québec (ADQ) — fondée et guidée par un transfuge libéral — était à son apogée dans les sondages, Lemieux avait dit qu'il s'agissait peut-être du parti générationnel qui, comme dans les autres périodes, allait chasser le précédent. Un de ses pronostics datant de 1986, semblait se réaliser: «Selon l'approche générationnelle, le parti de la génération future se définirait [...] contre la formule de gouverne de la génération précédente. Il serait donc non nationaliste et non interventionniste. À moins que, comme dans les années 1960, un des deux éléments de la formule soit récupéré, en l'occurrence le nationalisme, et que se forme une espèce de nouvelle Union nationale, combinant la foi nationaliste avec le parti pris pour le secteur privé.»

Le PQ remplacera-t-il le PQ?

Aujourd'hui, au lendemain du départ de Bernard Landry, le politologue précise: c'est moins lors des changements de chef qu'au moment des élections que l'on perçoit vraiment si l'on est en période de «réalignement», laquelle consacre le changement de génération: «Certes, le décès de Duplessis a précipité le déclin de l'UN, mais ce sont les élections du tournant des années 70 qui ont consacré le réalignement.»

Aussi, Vincent Lemieux souligne-t-il que le Parti québécois pourrait bien se succéder à lui-même comme parti générationnel. Comment? En réinventant une des composantes mentionnées plus haut, soit le nationalisme.

«Le parti générationnel a toujours réussi à mobiliser les électeurs en donnant une nouvelle définition au nationalisme: est-ce que ce sera l'autonomisme de l'ADQ, qui semble être un retour en arrière vers un élément duplessiste, ou alors un nouveau nationalisme péquiste, se donnant une forte dimension internationale?» Ce que Lemieux évoque ici, c'est «cette idée qui anime plusieurs jeunes selon laquelle c'est en étant souverain que le Québec pourrait faire face à la mondialisation». Un discours teinté «d'altermondialisation» qu'un Jacques Parizeau présente avec succès de cégep en cégep. Poursuivant dans une veine connexe, Éric Bédard souligne que «Mario Dumont a beau répéter que les idées de l'ADQ sur le "moins d'État" sont très populaires chez les jeunes, ce n'est souvent pas le cas».

Cours classique

Le philosophe Jacques Dufresne, directeur de la revue L'Agora, souligne quant à lui que Bernard Landry était le dernier des chefs politiques québécois à avoir eu une formation classique. «Je crois qu'il y a autant sinon plus de culture dans les générations qui s'apprêtent à succéder à celle de Landry, mais ceux qui la portent vraiment se retrouvent rarement en politique. Ce n'est en tout cas pas le modèle des deux prétendants François Legault et Pauline Marois», fait-il remarquer.

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