Chronologie d'un départ-surprise - Une onde de choc immédiate

Chantal Renaud, l’épouse de Bernard Landry, et debout à sa droite Marie Malavoy ainsi que Sylvain Simard. Les proches de l’ex-chef du PQ sont d’abord prévenus. Abasourdis, ils n’essayent pas de le retenir, conscients que la décision est irré
Photo: Jacques Nadeau Chantal Renaud, l’épouse de Bernard Landry, et debout à sa droite Marie Malavoy ainsi que Sylvain Simard. Les proches de l’ex-chef du PQ sont d’abord prévenus. Abasourdis, ils n’essayent pas de le retenir, conscients que la décision est irré

Lorsque Bernard Landry a fait son entrée dans la salle du congrès à 19h30 samedi soir entouré de sa garde rapprochée, il n'affichait pas son sourire habituel. Il est arrivé au pas militaire par une porte tout près de l'estrade ce qui ne l'obligeait pas à traverser la salle remplie de militants.

Une heure plus tôt, il avait pris connaissance des résultats du vote de confiance: 1113 militants l'ont appuyé contre 348. Avec un score de 76,2 % alors qu'il visait au moins 80 %, Bernard Landry a décidé de tirer sa révérence. Ses proches sont d'abord prévenus. Abasourdis, ils n'essayent pas de le retenir, conscients que la décision est irrévocable. Puis, le personnel de son cabinet est convoqué et apprend la démission de son chef. L'équipe pleure, et c'est le chef qui les encourage à continuer.

Aux délégués réunis pour ce XVe congrès du Parti québécois, M. Landry a souligné qu'ils avaient en commun le plus beau des titres, celui de militant. «À partir de maintenant, c'est le seul que j'aurai», a-t-il laissé tombé la voix étranglée par l'émotion.

L'onde de choc a été immédiate. La consternation se lisait alors sur le visage des militants. Certains ne retenaient pas leurs larmes. Bernard Landry a malgré tout poursuivi sa courte allocution. «Je suis désolé de vous faire ça. Ça me brise le coeur de vous dire cela, mais je le fais au nom de l'intérêt national. Je le fais par respect de la démocratie. Il aurait fallu que j'aie un niveau d'appui beaucoup plus élevé pour être en mesure d'accomplir parfaitement mes fonctions. N'oubliez pas que personne n'est irremplaçable», a-t-il dit.

Bernard Landry a souligné que le résultat laissait «une incertitude trop grande» et «des possibilités de spéculations qui nuiraient à l'action du parti». L'annonce qu'il quittait également son siège de député de Verchères a provoqué une forte réaction dans la salle. Puis, M. Landry a salué les militants en leur disant espérer être avec eux «le soir de l'indépendance nationale».

Aussitôt après, le chef démissionnaire a rencontré la presse. Il s'est borné à une courte déclaration avant de tourner les talons avec sa conjointe Chantal Renaud.

Pendant ce temps, les militants tentaient de comprendre ce qui venait de se produire sous leurs yeux. Et malgré le fait que la présidente d'assemblée les avait invités à faire preuve de retenue, les commentaires fusaient de toutes parts. Les éloges mais aussi les critiques étaient nombreux. Et déjà les perspectives d'une course à la direction étaient discutées.

Hommages

Chez les députés, l'heure était surtout aux hommages. Tous étaient surpris. «C'est une décision très courageuse. C'est un homme d'État; il l'a prouvé ce soir. Il a fait les choses de façon élégante», a affirmé le député de Mercier, Daniel Turp. Son collègue de Richelieu, Sylvain Simard, abondait dans ce sens. M. Simard était auprès de M. Landry lorsqu'il a pris connaissance du fait qu'un délégué sur quatre ne lui avait pas renouvelé sa confiance. «Il n'y a eu aucune colère. Tout de suite, il a fait un choix rationnel», a expliqué M. Simard.

La nouvelle présidente du Parti québécois, la syndicaliste Monique Richard, s'est désolée du départ de M. Landry au moment même où la formation vient de procéder à un grand dépoussiérage. Son arrivée en fonction est ainsi grandement complexifiée. «Il va falloir retrousser nos manches, mais disons qu'on n'avait pas besoin de ça. On était sur un élan, alors qu'on se retrouve encore avec une situation à corriger», a-t-elle fait valoir.

Dans les minutes qui ont suivi, une réunion éclair des députés s'est déroulée dans une salle à l'écart. Puis vers 20h15, ils se sont dirigés silencieux, dans ce qui avait toutes les allures d'une marche funèbre, vers une autre salle pour rencontrer M. Landry. Dix minutes plus tard, ce dernier quittait la rencontre. Dans le couloir, il a croisé Pauline Marois. Ils ont eu un échange de moins d'une minute. Puis le chef démissionnaire a quitté discrètement le Centre des congrès.

Rien ne laissait présager un électrochoc d'une telle amplitude depuis le début du congrès. Dans les semaines précédentes, les deux aspirants dans la course larvée à la succession de M. Landry, Pauline Marois et François Legault, s'étaient ralliés. M. Landry semblait voguer vers un appui massif de ses troupes. Son équipe se montrait confiante. Dans cet esprit, Mme Marois avait convoqué les journalistes à un rapide point de presse immédiatement après le dévoilement des résultats du vote. Mais avec l'annonce-surprise du chef, elle n'a émis aucun commentaire. François Legault s'est rapidement éclipsé de la salle du congrès après la démission de son chef. Le visage fermé, il a refusé de dire quoi que ce soit.

Le premier ministre Jean Charest a téléphoné à Bernard Landry. Depuis Haïti où il est en visite, le premier ministre a salué son adversaire, un excellent «débatteur».

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