Carole Théberge veut revoir de fond en comble la gestion des services de garde

La ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Carole Théberge, n'écarte pas l'idée de retirer aux centres de la petite enfance (CPE) la responsabilité de la gestion des 85 000 places en milieu familial pour la confier à une agence privée.

«Tout est sur la table», a répété hier Carole Théberge en réponse au porte-parole de l'opposition officielle pour la famille, Camil Bouchard, qui lui demandait, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, d'infirmer cette hypothèse révélée par Le Devoir dans son édition d'hier.

À l'heure actuelle, les 85 000 places de service de garde en milieu familial sont intégrées au réseau des CPE, qui assurent leur gestion et le respect des normes. À ces places s'ajoutent les installations des CPE, qui comptent 70 000 places, tandis que les garderies privées offrent 31 000 places, pour un total de 186 000 places. «Pourquoi la ministre ne profite-t-elle pas de l'occasion pour nier purement et simplement qu'elle s'en va vers un démantèlement du réseau?» a demandé M. Bouchard.

«Tout est sur la table de travail», a martelé Mme Théberge, ajoutant qu'elle déposera à l'automne un projet de loi qui concrétisera la modernisation des services de garde. «Il y a des éléments à mettre à jour parce que ça fait sept ans que les services de garde existent [le réseau dans sa forme actuelle]. Il y a des éléments qu'on peut corriger, améliorer, bonifier, conserver», a-t-elle souligné.

Jointe en Alberta hier, où elle participe au congrès pancanadien sur les services à la petite enfance, Nathalie D'Amours, directrice de l'Association des éducatrices en milieu familial du Québec (AEMFQ), s'est dite surprise que le gouvernement puisse aujourd'hui envisager ce changement de cap. Cette association représente le quart des éducatrices en milieu familial. «On est loin de militer pour ça. Lors des consultations, on a proposé de changer le mandat des CPE à l'égard des éducatrices en milieu familial, soit de leur enlever le contrôle réglementaire mais de leur laisser le soutien pédagogique, qui est leur véritable expertise. Les CPE seraient mieux placés pour jouer leur rôle-conseil puisqu'ils n'auraient plus à faire la police. Il faut dissocier les deux rôles», a expliqué Mme D'Amours.

Dans un communiqué, l'AEMFQ a salué le courage de la ministre Théberge, qui veut redresser la gestion des CPE et revoir leurs règles de gestion. Le moindre détournement de subventions attribuées au milieu familial est de trop, a affirmé la directrice.

En 2003, l'association avait proposé de confier la gestion des services de garde en milieu familial à une agence indépendante plutôt qu'aux CPE afin de clarifier le statut des éducatrices. L'AEMFQ a abandonné l'idée après que le gouvernement eut refusé d'emprunter cette avenue.

Si le gouvernement devait choisir cette voie, ce serait afin de contourner la décision du tribunal qui a déterminé que les éducatrices en milieu familial sont des salariées, estime Mme D'Amours. Le gouvernement, qui en appelle de ce jugement, pourrait ainsi assurer le statut de travailleuses autonomes aux éducatrices et contrer leur syndicalisation.

Mme D'Amours croit que les fuites récentes de renseignements confidentiels sur les salaires de certaines gestionnaires de garderie sont orchestrées puisque le ministère connaît depuis longtemps les problèmes de gestion qu'éprouvent certains CPE. Selon elle, ce sont ces CPE en difficulté qui entretiennent des relations tendues avec les services de garde en milieu familial. «Parmi nos membres, nous avons des cas de harcèlement de certains CPE à l'endroit d'éducatrices du milieu familial. Or ce sont ces mêmes CPE qui connaissent des problèmes de gestion», a-t-elle dit.