Le ralliement à Landry

Tous ne se sont pas ralliés à lui de gaieté de coeur, mais le chef péquiste se prépare à savourer la confirmation de son leadership.
Photo: Pascal Ratthé Tous ne se sont pas ralliés à lui de gaieté de coeur, mais le chef péquiste se prépare à savourer la confirmation de son leadership.

Québec — Le congrès national du Parti québécois, où Bernard Landry joue son avenir politique lors d'un vote de confiance, s'est ouvert hier, alors que le sentiment majoritaire au parti, parmi ses alliés tout comme chez ses adversaires (repentis?), c'est que le chef péquiste gagnera son pari.

Le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, qui a contesté ouvertement son chef au cours de la dernière année, est un de ceux qui viennent de se rallier. «Bernard Landry va gagner haut la main», a-t-il dit hier au cours d'un entretien.

«Je lui ai dit, il y a deux semaines, que je n'ai pas l'intention de jouer au trouble-fête ou à la mouche du coche», a déclaré le député. «Le ralliement va dans les deux sens», a-t-il dit au chef, chez qui il perçoit «une attitude qui vise à pacifier les relations avec ceux qui sont entrés en conflit avec lui ou qui ont exprimé des divergences de vue».

François Rebello, le stratège avoué de la campagne larvée, aujourd'hui abandonnée, qu'a menée François Legault, se rallie à Bernard Landry, a-t-il confirmé hier au Devoir. M. Rebello se présente à la vice-présidence, Commission politique, du PQ et croit qu'il y sera élu. Ce sera pour travailler avec loyauté aux côtés de M. Landry.

Pourtant, il y a moins de quatre mois, M. Rebello confiait à quelques journalistes que M. Landry se dirigeait vers l'humiliation et mordrait la poussière lors du congrès national. Mais aujourd'hui, M. Rebello estime que M. Landry est l'homme de la situation et qu'il mérite un vote de confiance de 80 % et plus. Tant qu'à garder leur chef, les péquistes ont intérêt à lui accorder l'appui le plus solide possible, a avancé le jeune militant.

La semaine dernière, François Legault confiait au Devoir qu'il se ralliait inconditionnellement, convaincu qu'il est que M. Landry axera la prochaine plateforme électorale du PQ sur le projet de pays plutôt que sur un programme de gouvernement provincial.

L'autre aspirante à la direction du parti, Pauline Marois, a adopté une position beaucoup plus nuancée. Sans lui accorder publiquement sa confiance — son vote est secret, a-t-elle dit —, Mme Marois travaillera aux côtés de Bernard Landry par loyauté à la cause. Elle n'abandonne pas pour autant ses ambitions de devenir chef du parti, attendant que l'occasion se présente.

Dans son discours d'ouverture devant les quelque 1600 délégués au congrès, Bernard Landry reviendra sur l'idée de «l'ordre de marche» vers les prochaines élections générales, puis vers la souveraineté. Il n'est pas sans savoir que les délégués s'attendent à ce que le prochain rendez-vous électoral ressemble à celui de 1994, pour l'engagement à tenir un référendum, plutôt qu'aux élections de 2003, alors que le chef péquiste proposait un bon gouvernement avant tout, même aux fédéralistes qu'il a tenté de rallier.

Le chef du PQ reviendra sur son plan de mobilisation en vue du référendum et les dix gestes qu'un gouvernement péquiste fera une fois au pouvoir. La création, avec des fonds publics, d'un Secrétariat à la souveraineté figure dans ce plan, tout comme l'adoption d'une Constitution initiale du Québec et d'un hymne national, et la transformation du Conseil de la souveraineté en une grande coalition citoyenne arc-en-ciel. Enfin, tout un pan de son discours portera sur l'éducation, la nouvelle marotte du PQ.

Par ailleurs, le congrès national ne fera pas l'économie d'un bon débat sur la langue. On discutera d'une proposition sur l'abolition du libre-choix pour la langue d'enseignement au cégep. Déjà, la députation péquiste a tenté de trouver un compromis acceptable aux militants: des tests de français pour tous les étudiants de cégep quelle que soit leur langue maternelle. Certains ont fait de l'abolition de ce libre-choix une proposition provincialiste qui nuira à l'image du PQ, donc à l'avènement du pays. Une autre proposition suggère de réduire le financement des universités anglophones.

Une série de propositions portent sur les moyens à prendre pour réaliser la souveraineté. Sous cette rubrique, cinq grandes questions seront débattues. Les délégués devront choisir, pour l'accession à la souveraineté, entre l'élection référendaire et le référendum.

Une autre de ces questions est de savoir quand se tiendra le référendum. S'agira-t-il d'un référendum enclenché à l'initiative populaire — avec un million de signatures, par exemple. Devra-t-il se tenir dans la première moitié du mandat. Un consensus semble émerger sur la formule adoptée par M. Landry du «plus rapidement possible dans le mandat». Même Jacques Parizeau est d'accord.

Sur quoi portera le prochain référendum? se demandera-t-on. Sur la constitution d'un nouveau pays ou sur la souveraineté. Le PQ biffera-t-il dans la question référendaire toute allusion à un partenariat ou à une association avec le Canada? Déjà, Bernard Landry s'est prononcé en faveur d'une question «courte, simple et claire».

Parrainée par le directeur de la revue L'Action nationale, Robert Laplante, une proposition demande à un prochain gouvernement péquiste de faire des gestes de rupture qui pourraient contrevenir à l'ordre constitutionnel canadien. Un seul député, Jean-Claude St-André, défend cette position au sein du caucus, mais l'appui parmi les délégués pourrait être plus nourri.