La «gentillesse» de Courchesne n'émeut guère les assistés-sociaux

Québec — Malgré les amendements déposés par la nouvelle ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Michelle Courchesne, les représentants des assistés sociaux réclament toujours le retrait pur et simple du projet de loi 57. L'opposition officielle, de son côté, qui demandait un tel retrait en décembre, a assoupli sa position.

Le porte-parole de l'opposition officielle pour l'emploi, la solidarité sociale et la famille, Camille Bouchard, estime que Mme Courchesne vient d'introduire un élément crucial: une référence à la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion, avec les engagements qu'elle suppose.

Mais pour le Collectif pour un Québec sans pauvreté, le Front commun des personnes assistées sociales et le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), les améliorations apportées par Mme Courchesne au projet de loi 57 qu'ils avaient décrié sont cosmétiques. Surtout, la ministre a fait fi d'une de leurs principales demandes: la reconnaissance dans la loi de la couverture des besoins essentiels des prestataires. Ils estiment qu'une prestation mensuelle de 790 $ correspond au minimum vital alors que la prestation de base au Québec s'élève à 560 $.

Camille Bouchard déplore aussi l'absence dans la loi du principe de la couverture des besoins essentiels ainsi que l'indexation partielle des prestations pour les assistés sociaux aptes à l'emploi.

Mardi soir, en commission parlementaire, Mme Courchesne a déposé ses amendements pour corriger le tir du projet de loi 57, mal lancé par son prédécesseur Claude Béchard. La ministre parle maintenant d'une nouvelle philosophie basée sur l'accompagnement personnalisé, par les groupes communautaires, des prestataires dits éloignés du marché du travail. Le prestataire recevra 130 $ par mois de plus pour participer à des activités pendant 15 à 20 heures par semaine tandis que le groupe communautaire touchera 100 $ par mois. La ministre promet d'aider de 7000 à 8000 personnes par année avec un budget de 12 millions l'an prochain. Cette année, 3000 personnes seront visées pour un débours de deux millions, a-t-elle précisé.

Pour le député de Vachon, cette aide est nettement insuffisante pour répondre aux besoins. Environ 120 000 assistés sociaux pourraient y avoir recours, selon son évaluation.

Le discours de la ministre, qui se voulait une main tendue, a été accueilli froidement et qualifié de condescendant.

Aux yeux d'Éric Bondo, porte-parole du Front commun des personnes assistées sociales du Québec, on est passé d'un ministre «très, très méprisant à l'égard des personnes assistées sociales» — Claude Béchard — à une ministre «remplie de compassion, mais qui les voit pratiquement comme des enfants ou des sous-doués».

«On ne parle pas d'enfants de deux ans. On parle de gens qui ont travaillé 20, 25 ans, sans le sou et sans ressources. Le ton a changé, il y a beaucoup plus de gentillesse, mais le fond reste le même», a-t-il jugé hier, lors d'un point de presse commun des trois organismes.

«La ministre va avoir financé cette allocation-là [pour l'accompagnement] par une indexation partielle des prestations», a déploré de son côté Vivian Labrie, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté. «On va prendre une carotte dans le frigo des gens pour la mettre au bout d'un bâton. Cela a quelque chose d'absolument inacceptable comme façon de fonctionner. C'est de l'argent pris dans la Sécurité du revenu qui devient du financement pour les groupes.»

Au total, Québec calcule qu'un millier d'organismes communautaires dédiés à la réinsertion sociale pourraient mieux soutenir les démarches des personnes dans le besoin.

La ministre a tenu à enlever toute idée de coercition de son projet de loi. Ainsi, tous les programmes destinés aux différentes clientèles seront facultatifs.

D'autres organismes ont uni leurs voix pour réclamer le retrait du projet de loi: la Fédération des femmes du Québec, L'R des centres de femmes du Québec, le Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail ainsi que la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec.

Avec la Presse canadienne

LE COURRIER DE LA COLLINE

Nouvelle infolettre

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.