Léger Marketing défend la rigueur de son sondage

La firme de sondages Léger Marketing a défendu hier la crédibilité et la rigueur méthodologique de l'enquête d'opinion publiée mercredi par Le Devoir et The Globe and Mail.

Dans une lettre envoyée à la direction de La Presse, le sondeur Jean-Marc Léger dénonce l'«article insidieux» publié hier par La Presse à propos de l'appui à la souveraineté. «C'est une véritable atteinte à la réputation», a lancé Jean-Marc Léger lors d'un entretien téléphonique avec Le Devoir. Le sondeur remet en question la démarche journalistique du reporter de La Presse.

Dans cet article, on conteste la validité des résultats obtenus par Léger Marketing en ce qui concerne la souveraineté, soit 54 % pour le OUI. Par comparaison, La Presse présentait, 24 heures plus tard, un score de 47 % en faveur de la souveraineté, selon un sondage CROP.

CROP et La Presse prétendent que l'ordonnancement des questions du sondage de Léger Marketing était biaisé. La firme de sondages et le quotidien affirment que la question sur les intentions de vote référendaire aurait été posée à la suite d'une autre question où Léger Marketing demandait aux répondants s'ils avaient l'impression, avec les révélations émanant de la commission Gomery, d'avoir été trahis par Jean Chrétien et le Parti libéral du Canada après le référendum de 1995.

Le journaliste de La Presse affirme que le sondeur Jean-Marc Léger lui a assuré que l'ordre des questions était bien celui-là. Par la suite, M. Léger aurait refusé de lui transmettre le questionnaire original mais lui aurait toutefois indiqué que la question sur la souveraineté avait été posée en premier. Le journaliste relate ces échanges mais n'en tient pas compte. Du coup, CROP et La Presse décrètent que la question sur la trahison a influencé celle portant sur la souveraineté.

Or Le Devoir et The Globe and Mail ont élaboré le questionnaire de l'enquête avec Léger Marketing. Les trois partenaires l'avaient en main au moment de la publication des résultats, contrairement à ce qu'affirme le journaliste de La Presse. La question portant sur la trahison est en neuvième place alors que celle sur la souveraineté ouvre l'enquête d'opinion. «On veut que la question soit la plus pure possible, qu'aucune autre ne la contamine», a expliqué Jean-Marc Léger au Devoir.

Ironiquement, ce que La Presse reprochait hier à Léger Marketing, CROP le fait systématiquement. Claude Gauthier, de CROP, a confirmé au Devoir que sa propre question sur la souveraineté n'a été posée qu'après les questions sur les intentions de vote au fédéral et au provincial ainsi que sur la satisfaction à l'endroit du gouvernement de Jean Charest. «Je ne commence jamais un sondage avec une question aussi forte que ça. On a posé plein de questions avant sur le climat politique, la satisfaction face au gouvernement. Rien n'empêche de poser des questions sur la commission Gomery sans que cela ait un impact sur d'autres réponses. [...] La question sur la souveraineté est venue après celle sur les intentions de vote», a affirmé M. Gauthier.

Celui-ci a par ailleurs souligné que le titre qui coiffait l'article («CROP corrige les résultats de Léger Marketing sur la souveraineté») est de la seule responsabilité de La Presse. De même, M. Gauthier a reconnu que le quotidien avait présenté en page frontispice ses résultats de façon erronée. «Comme sondeur, j'ai été le premier à sursauter. [...] C'est une erreur. La direction de l'information de La Presse a été informée», a précisé Claude Gauthier.

De fait, le tableau présentait côte à côte les résultats des intentions de vote générales et celles des francophones, tant au fédéral qu'au provincial. Or la première colonne faisait état des intentions de vote après répartition des indécis alors que l'autre présentait des résultats avant répartition des indécis. Par exemple, on pouvait y lire que le Bloc québécois récolte 49 % des appuis dans la population en général mais seulement 47 % chez les francophones.

Par ailleurs, Jean-Marc Léger a souligné à la direction de La Presse que le sondage CROP comportait des incongruités, comme c'est «monnaie courante», a-t-il affirmé. Ainsi, M. Léger a soulevé le fait que les résultats de CROP tendent à démontrer que le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement Charest est en hausse de quatre points alors que l'appui au Parti québécois augmente. «C'est contradictoire!», a tranché Jean-Marc Léger.

Le sondeur a rappelé que son entreprise a «obtenu les résultats les plus précis, en moyenne, au cours des dix dernières élections et référendum», obtenant même un score parfait lors du référendum de 1995, contrairement à CROP, qui avait surévalué le OUI.
 
1 commentaire
  • Gaston Pion - Inscrit 29 avril 2005 09 h 23

    La Presse et le fédéralisme

    Cet incident reflète bien la tendance, je dirais même le parti-pris de "La Presse" en faveur du fédéralisme tel que pratiqué au Canada,