La remise en cause de la réforme du scrutin fait fulminer l'UFP

La remise en question par cinq intellectuels de la nécessité de réformer le mode de scrutin majoritaire a fait bondir l'Union des forces progressistes (UFP), qui y voit de la «malhonnêteté intellectuelle».

«Ils utilisent un procédé douteux. Ils se servent de l'opposition à l'avant-projet de loi pour faire le procès de la représentation proportionnelle. À prôner un gouvernement fort, on oublie la domination du régime Duplessis de 1944 à 1960. C'est du très concret, ça. Si on a eu la Grande Noirceur, c'est à cause du mode de scrutin», fait valoir Paul Cliche, porte-parole de l'UFP dans ce dossier.

M. Cliche réagissait ainsi à un texte publié samedi dernier dans Le Devoir. L'ancien ministre péquiste Joseph Facal, qui enseigne aux HEC, le politicologue de l'ENAP Christian Dufour, le sénateur Jean-Claude Rivest, le professeur et ancien recteur de l'UQAM Claude Corbo, ainsi que le constitutionnaliste Henri Brun y signent une charge contre l'intention du gouvernement libéral de remplacer le mode de scrutin majoritaire en vigueur par un système proportionnel mixte. Alors que l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement de Jean Charest atteint des sommets, la réforme du mode de scrutin envisagée pourrait mettre un terme à l'alternance politique et faire du Parti libéral du Québec le parti permanent au pouvoir, disent-ils.

«En revalorisant une clientèle anglophone historiquement acquise au PLQ mais concentrée dans un petit nombre de comtés, elle [la réforme] risque de faire du PLQ le parti permanent de gouvernement du Québec, comme le sont les libéraux fédéraux depuis la fragmentation de l'opposition à Ottawa, de façon malsaine pour les valeurs démocratiques», écrivent-ils.

Sanctionner les élus

En entrevue au Devoir, le porte-parole pour le groupe, Christian Dufour, insiste sur l'importance pour l'électorat de conserver le pouvoir de sanctionner les élus. «La démocratie, ce n'est pas un concept, c'est une pratique ancrée dans l'histoire d'une société. Et notre pratique démocratique au Québec est basée sur le fait qu'à un moment donné, on change de gouvernement. Notre système permet d'avoir des gouvernements forts mais congédiables parce qu'il permet de savoir qui est responsable des politiques», souligne M. Dufour. À l'inverse, «le scrutin proportionnel favoriserait plutôt l'émergence de gouvernements minoritaires ou de coalition».

«En théorie, cette propension semble servir les fins de la démocratie, mais en pratique elle conduirait à une "partitocratie" avec deux catégories de députés, dans laquelle les politiques ne se décident pas lors des élections mais se négocient après celles-ci — en secret — entre des appareils de partis», fait valoir le groupe d'intellectuels.

À l'Union des forces progressistes (UFP), on fait la même analyse sur l'avant-projet de loi, mais là s'arrête le partage des idées. «C'est vrai que le PLQ serait favorisé. C'est pour ça qu'on veut une vraie proportionnelle. On veut que le pluralisme politique soit reconnu», explique Paul Cliche, qui rappelle qu'un changement du mode de scrutin fait consensus au Québec.

Deux classes de députés

C'est en décembre dernier que le gouvernement libéral a déposé un avant-projet de loi modifiant le mode de scrutin uninominal à un tour en vigueur au Québec depuis deux siècles. Plutôt que d'avoir 125 députés élus à la majorité comme présentement, la réforme propose que le territoire n'en compte plus que 77. Toutefois, il y aurait un deuxième groupe de députés choisis par les partis politiques selon un mode proportionnel compensatoire appliqué régionalement.

Si la formule peut corriger certaines distorsions du système actuel, elle ne permettrait toutefois pas aux petits partis comme l'UFP d'accéder à l'Assemblée nationale, croient M. Dufour et ses collègues. De plus, le nouveau mode de scrutin risque de mettre l'opposition devant un inévitable éclatement idéologique. «Nous en appelons à la lucidité de la gauche, qui a provoqué le débat mais qui est en train de se faire avoir», affirme M. Dufour.

Les signataires de la lettre, qui se portent à la défense des institutions de tradition britannique, lancent également un appel aux faiseurs d'opinion pour ne pas se limiter à exprimer leur foi dans la réforme. «La façon dont a été mené le débat jusqu'à maintenant est très superficielle. On doit expliquer les enjeux et les conséquences», croit Christian Dufour.

Ce dernier souligne par ailleurs que le processus de consultation est défaillant dans ce dossier. Le gouvernement a promis la mise sur pied d'une commission parlementaire, sans plus. «Il est troublant, enfin, que la démarche gouvernementale ne semble pas, sur un tel sujet, envisager la possibilité de consulter la population par référendum», souligne le groupe.

L'idée d'une réforme du mode de scrutin pour introduire une formule proportionnelle a été relancée en juin 2001 avec la naissance du Mouvement pour une démocratie nouvelle. Depuis, les gouvernements péquiste et libéral y ont accordé une certaine attention. Même si le projet devait être adopté au cours des prochains mois, il est hors de question que des modifications puissent être mises en place pour les prochaines élections générales.
1 commentaire
  • Benoît Bélanger - Inscrit 21 avril 2005 13 h 48

    Haro sur le beaudet: haro sur notre système politique

    La malhonnëteté intellectuelle dont on accuse le groupe Facal est peut-être un effet de miroir de l'accusateur ! Faire porter le poids de la longueur du régime duplessiste sur notre systèeme politique au Québec est à tout le moins une aberration mentale de premier ordre !

    M. Cliche aurait intérêt à refaire ses classes et à considérer au premier chef les circonstances socio-économiques et politiques de l'époque pour se lancer dans pareille diatribe.

    Cet "excité du bocage" oublie que le système avait fonctionné avant la venue de M.Duplessis et qu'il a fonctionné depuis son départ.

    Il me semble toujours étrange que nos historiens et politicologues d'aujourd'hui soient tellement acharnés à condamner ce régime sans jamais référer au régime Taschereau qui l'avait précédé et surtout en maintenant la sourdine sur le régime Trudeau qui a prévalu à Ottawa et dont les "magouilles" ont été autrement plus amples et surtout plus dévastatrices pour le Québec que celles qu'on peut reprocher au régime Duplessiste... Pour référence, je ne citerai que celles entourant l'aéroport de Mirabel qui a été réalisé non seulement au grand dam des résidents de cette localité mais aux objections des autorités québécoises et montréalaises de l'époque. Un éléphant blanc qui a qui a eu un impact dévastateur sur la planification économique,touristique,agricole, routière de près de 50% du territoire québécois ainsi que sur la planification du transport ferroviaire entre le Québec et nos voisins du Sud.

    Pour une fois, monsieur Cliche, le groupe Facal rend un fier service aux politicologues de tout acabit qui voient en la proportionnelle le système idéal pour l'expression de la démocratie dans quelque communauté que ce soit. Non seulement cette foi en la proportionnelle est davantage une vue de l'esprit qu'une théorie réellement fondée dans les faits, mais encore la proportionnelle favorise-t-elle une prise de pouvoir encore plus grande par les mandarins de la fonction publique qui en mènent déjà trop large chez nous n'étant jamais redevables devant l'électorat.

    La France constitue un bel exemple de ce à quoi peut conduire pareil régime qui illustre bien la vieille maxime de " diviser pour régner" .

    Non M. Cliche, le système de représentation qui est le nôtre au Québec a fait ses preuves, non seulement pour les raisons invoquées par le groupe Facal mais également pour assurer un meilleur équilibre entre les régions moins peuplées, les régions agricoles et les concentrations démographiques urbaines.
    bb