Jérôme-Forget dépose 358 millions dans les goussets d'Audet

Québec — Le ministre des Finances, Michel Audet, a pu compter sur 358 millions de plus, gracieuseté de la présidente du Conseil du trésor, pour boucler son premier budget.

Sans doute lasse d'entendre de la part de l'opposition que sa réingénierie n'a rien donné, Monique Jérôme-Forget a tenu un point de presse pour signaler que sa décision de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux parmi ceux qui prennent leur retraite avait produit une économie annuelle de 358 millions.

La fonction publique, qui emploie maintenant 74 400 personnes, s'est passée de 1400 employés qui ne furent pas remplacés en 2004-05, alors que 2800 d'entre eux ont pris leur retraite. Cette baisse de l'effectif n'a eu aucun impact sur les services, a soutenu Mme Jérôme-Forget, en raison notamment de l'informatisation plus poussée du gouvernement. L'économie réalisée se compose de 117 millions au chapitre des salaires, de 142 millions pour les dépenses de fonctionnement et de 98 millions pour les reports d'embauche.

D'ici dix ans, 40 % des fonctionnaires prendront leur retraite. La réingénierie libérale prévoit n'en remplacer qu'un sur deux, réduisant donc de 20 % les effectifs de la fonction publique. L'objectif est d'éliminer environ 1000 postes par année, a mentionné la présidente du Conseil du trésor.

Hier, le premier ministre Jean Charest a promis «un budget qui va parler vrai [sic]», qui «va rester en droite ligne avec ce qu'on avait comme programme électoral».

La baisse d'impôt de un milliard, promise par les libéraux en campagne électorale, ne sera pas au rendez-vous. Le budget «devra tenir compte de la situation financière du Québec». Le député de Hull, Roch Cholette, avait même oublié cette promesse ferme de réduire de un milliard par année pendant cinq ans les impôts des Québécois. Les libéraux avaient promis de réduire le fardeau fiscal des contribuables québécois pour que celui-ci se situe dans «la moyenne canadienne», a soutenu le député.

À son bureau du ministère des Finances hier matin, Michel Audet promettait un budget «responsable et rigoureux». Étrennés pour la circonstance, ses souliers neufs démontrent «que les finances du Québec sont en bon état», a-t-il dit.

Le ministre n'a pas voulu commenter les propos de son prédécesseur, Yves Séguin, qui confiait à La Presse que le budget présenté par lui aurait contenu une déduction pour tout contribuable qui occupe un emploi, une mesure de quelques centaines de millions. «C'est mon budget et le budget du gouvernement libéral du Québec», a lancé M. Audet sèchement.

Comme le révélait Le Devoir la semaine dernière, le premier budget Audet fera une part aux mesures destinées aux entreprises. Le ministre pourrait réduire davantage la taxe sur le capital, qui rapporte environ 1,6 milliard au trésor québécois. C'était d'ailleurs une demande qu'il a maintes fois répétée quand il était président de la Chambre de commerce du Québec.

On sait maintenant que M. Audet fera revivre le Régime d'épargne-actions (REA). Le gouvernement entend aller beaucoup plus loin et jeter les bases dans ce budget d'une nouvelle politique économique qui sera dévoilée ce printemps, a appris Le Devoir.

Enfin, il faudra voir ce que M. Audet réserve à la santé et à l'éducation. La présidente du Conseil du trésor a déjà affirmé que le gouvernement voulait s'en tenir à une hausse de ses dépenses de programme de 2,6 %, ou 1,25 milliard. Or le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a déjà déclaré au Devoir qu'il avait besoin de 1,3 milliard de plus par année pour le réseau de la santé, soit un milliard pour la croissance normale des coûts et 300 millions pour le développement.

En outre, contrairement aux deux années précédentes, le gouvernement doit faire une provision pour tenir compte des hausses salariales consenties aux employés de l'État, dont les conventions collectives sont échues depuis juin 2003. Une augmentation de 2 % par année représente pour les deux années visées un débours de un milliard.

Avec la Presse canadienne