Le premier ministre en visite à Washington - Trop de contrôles à la frontière nuirait au Québec, craint Charest

Washington — Le premier ministre Jean Charest craint qu'un accroissement des contrôles d'identité aux frontières, tel qu'il est planifié par les Américains, nuise à l'économie du Québec.

«Je crains qu'on soit en compétition [avec les Américains] pour attirer des congrès à Montréal et que ceux qui ont à décider entre un site américain et un site canadien en viennent à la conclusion que c'est trop compliqué d'aller à Montréal», a fait valoir M. Charest, hier, lors d'un point de presse.

Il souhaite donc que le gouvernement de George W. Bush renonce officiellement à exiger le passeport ou toute autre forme de contrôle d'identité contraignante aux personnes qui franchissent la frontière entre le Canada et les États-Unis.

Lors d'un entretien, hier, dans la capitale américaine, avec le secrétaire à la sécurité intérieure, Michael Chertoff, M. Charest a eu la confirmation que les États-Unis projettent d'imposer la présentation d'une carte d'identité uniforme pour passer la frontière, qu'on soit de nationalité canadienne ou américaine.

Il semble que l'idée, lancée récemment par la Secrétaire d'État, Condoleeza Rice, d'imposer le passeport comme preuve d'identité sera mise de côté, mais celle d'une carte d'identité commune aux deux pays fait son chemin.

«La formule n'est pas arrêtée, et il y aura une mise en vigueur progressive. Ça peut être une carte commune, ça peut aller jusque-là», a expliqué M. Charest.

Ce dernier rejette l'idée de forcer tous les Québécois qui souhaitent aller aux États-Unis à se doter d'un passeport, une mesure jugée «trop exigeante».

«Le moins de restrictions est ce qui est le mieux»: tel est le principe que privilégie le premier ministre, qui rappelle que des millions de personnes — et quantité de marchandises — passent tous les jours d'un côté à l'autre de la frontière.

«Ce ne serait pas logique de demander une carte à chaque fois. Il faut laisser la place au gros bon sens», a-t-il plaidé.

Pour illustrer son propos, M. Charest, mi-sérieux, mi-blagueur, a donné l'exemple de son père, âgé de 82 ans, qui aime bien chaque semaine quitter sa maison en Estrie pour aller souper au restaurant de l'autre côté de la frontière avec sa compagne.

«Il m'a dit que son passeport est échu et qu'il n'allait pas le renouveler. Je ne sais pas s'il aura besoin d'une carte d'identité, mais cela pourrait bien arriver», a-t-il ajouté.

M. Charest a dit ne pas craindre que cette question devienne une nouvelle pomme de discorde entre les deux gouvernements.

Il estime que les Américains veulent négocier de bonne foi. «Ils sont au début d'une démarche et on sent qu'ils sont très attentifs à ces questions-là», selon lui.

L'idée de réclamer le passeport à tout visiteur canadien qui se présente aux douanes a été lancée il y a deux semaines par la Secrétaire d'État, Condoleezza Rice, soucieuse d'accroître les mesures de sécurité.

À la suite du tollé soulevé par sa proposition, notamment de l'industrie touristique, le président Bush a cependant semblé battre en retraite, en disant souhaiter que les Canadiens continuent d'être exemptés d'exhiber leur passeport.

Mais il se montrait du même coup favorable à des mesures de contrôle biométrique, comme la prise d'empreintes digitales.

Ottawa prévoit entreprendre des négociations sur toute cette question avec Washington.

Le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, était aussi présent à l'entretien avec M. Chertoff. M. Charest a indiqué que son homologue et lui-même étaient sur la même longueur d'onde.