Le gouvernement Charest promet un budget surprenant

Québec — Le prochain budget du Québec fera une large place aux mesures économiques et contiendra, contrairement à l'an passé, une provision pour tenir compte des hausses de salaire consenties aux employés du secteur public.

Quant à la date de présentation du budget, aucune décision n'était encore prise hier, a indiqué le cabinet du ministre des Finances, Michel Audet. La journée de jeudi de la semaine prochaine demeure une possibilité, mais le budget pourrait être déposé la semaine suivante ou dans trois semaines, a-t-on par ailleurs indiqué.

Le dépôt de budget sera suivi, quelques semaines plus tard, par le dévoilement d'une nouvelle politique économique pour le Québec. M. Audet entend donner une nouvelle vie au Régime d'épargne-actions (REA), mais il s'agit d'une mesure mineure par rapport au programme économique qu'alimentera le prochain budget. Au gouvernement, on compte beaucoup sur ces mesures économiques «qui vont surprendre».

Le budget ne contiendra aucune baisse d'impôt d'envergure, comme l'a laissé entendre le premier ministre Jean Charest dans les entrevues qu'il a accordées cette semaine aux médias écrits.

En ce qui a trait à la ronde appréhendée de compressions, il n'a jamais été question de sabrer l'aide sociale, a-t-on assuré hier. Le gouvernement Charest table sur un budget «rigoureux» axé sur le contrôle des dépenses à l'instar, d'ailleurs, du budget précédent. On se félicite d'avoir limité les dépenses à 2,9 % en 2004-05, la cible qui avait été fixée. Au gouvernement, on ne veut pas parler de «compressions» mais plutôt d'une «gestion rigoureuse» des dépenses.

Pour son premier budget, M. Audet utilisera un modèle semblable à celui de l'an passé, c'est-à-dire des augmentations de dépenses en santé et en éducation et une gestion rigoureuse pour les autres ministères. On assure qu'on ne touchera pas aux services directs à la population et que les économies viendront de l'appareil administratif et du non-remplacement de seulement un fonctionnaire sur deux qui prennent leur retraite.

Il faut souligner que les dépenses de l'an dernier ne comprenaient aucune provision pour les augmentations de salaire des employés de l'État. Le gel des dépenses de l'an passé, qui s'est traduit, selon les cas, par des compressions ou parfois par des modestes augmentations d'enveloppe budgétaire, a causé des maux de tête dans maints ministères.

Dans le prochain budget, les dépenses de programmes devraient augmenter de près de 3 %, comme en 2003-04, ou environ 1,5 milliard, soit un peu plus que la cible pour 2005-06 contenue dans le dernier budget Séguin. Mais à cela on doit ajouter la provision pour les hausses de salaire des employés de l'État que le gouvernement devra verser à l'issue des négociations qui ont cours.

Les conventions collectives sont échues depuis juin 2003. La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a offert jusqu'ici une enveloppe qu'elle dit fermée de 12,6 % pour six ans, comprenant le règlement de l'équité salariale, ce qui représente une augmentation moyenne de 2 % par année. Une augmentation de 2 % pour l'année échue représente un débours d'environ 500 millions pour l'État. Si le gouvernement veut inclure dans le prochain budget un règlement salarial pour les deux années 2003-04 et 2004-05, la note s'élèvera à un milliard, avait confirmé au Devoir une source bien informée. Mais la provision sera beaucoup moindre que cela, selon nos informations: le gouvernement cherchera à diluer l'impact des hausses consenties à ses employés cette année.