Le statut particulier d'un ancien d'Everest devenu conseiller de Charest

Québec — Le premier ministre Jean Charest a précisé hier que son directeur des communications, Michel Guitard, un ancien employé de Groupe Everest, n'avait pas été rémunéré ni par cette firme impliquée dans le scandale des commandites ni par le Parti libéral du Québec quand le conseiller lui a prêté main-forte lors de la campagne électorale de 1998.

M. Charest a apporté cette précision lors de la période des questions à l'Assemblée nationale. Il semble que le bénévolat de M. Guitard a eu des conséquences fort heureuses pour lui par la suite puisque le Conseil exécutif lui a octroyé de lucratifs contrats pour conseiller Jean Charest. Au cabinet du premier ministre, on a indiqué que M. Guitard avait travaillé pendant une semaine lors de la campagne de 1998.

Comme le révélait le quotidien Le Soleil dans son édition d'hier, Michel Guitard est un directeur des communications qui ne fait pas partie du personnel politique du premier ministre. Son statut est donc des plus singuliers. Pour 2004-05, le Conseil exécutif a accordé un contrat de

162 500 $ à MGTD-Communications et stratégies, une entreprise dont le seul actionnaire est Michel Guitard. L'entreprise avait obtenu un premier contrat du Conseil du trésor d'une valeur de 23 000 $ en 2003-04 pour formuler le concept de réingénierie. Puis le Conseil exécutif lui avait accordé un autre contrat de 32 500 $ dans la même année. MGTD a donc reçu un total de 218 000 $ depuis que M. Charest a fait appel à ses services.

Ironiquement, cette façon de remplacer un salarié à l'emploi d'un cabinet par une entreprise privée pourrait être considérée comme une forme de partenariat public-privé (PPP), une recette préconisée par le gouvernement Charest. Il apparaît toutefois que ce PPP coûte plus cher au gouvernement: la personne que remplace M. Guitard, Christian Lessard, gagnait environ 100 000 $.

Fait à noter, la rétribution de 162 500 $ versée à l'entreprise de M. Guitard pour l'année en cours dépasse la rémunération annuelle de 161 716 $ que touche le premier ministre. Le cabinet de M. Charest a confirmé qu'à ce prix, M. Guitard travaillait à temps plein pour le premier ministre et ne remplissait pas d'autre contrat du gouvernement ou du secteur privé.

Sur le plan fiscal, Michel Guitard, en utilisant le paravent d'une entreprise, est gagnant: il a ainsi droit à certaines déductions auxquelles il n'aurait pas droit comme simple salarié. L'entreprise de M. Guitard n'est pas non plus soumise à la directive du premier ministre visant l'éthique et les conflits d'intérêts, une directive que doit respecter l'ensemble du personnel politique des cabinets. Les membres du personnel politique qui quittent leur emploi doivent attendre un an avant d'obtenir un poste au sein d'une entreprise qui a eu des liens avec leur fonction au sein des cabinets. Toutefois, M. Guitard a personnellement signé la directive du premier ministre, a-t-on signalé à son cabinet hier.

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