Les immigrants temporaires ne feront pas partie des discussions de Québec

La ministre Christine Fréchette estime que l'immigration temporaire reflète le besoin ponctuel des entreprises québécoises.
Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre Christine Fréchette estime que l'immigration temporaire reflète le besoin ponctuel des entreprises québécoises.

Reconnaissant que près de 300 000 immigrants non permanents se trouvaient en sol québécois à la fin de 2022, la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, refuse toutefois d’inclure la question des immigrants temporaires dans sa consultation sur les cibles cet automne.

Talonnant Mme Fréchette sur le sujet lors de l’étude des crédits de son ministère, le député solidaire de Saint-Henri–Saint-Anne, Guillaume Cliche-Rivard, a sommé le gouvernement d’aborder le sujet lors de ses consultations sur les cibles d’immigration 2024-2027. « On a aucune consultation sur les temporaires, je vous demande un engagement pour qu’on puisse faire une planification ordonnée réglée ensemble et qu’on sache où on s’en va. De faire uniquement l’exercice sur les permanents, c’est de passer à côté du débat », a-t-il souligné.

Le député libéral de Nelligan, Monsef Derraji, a renchéri en faisant valoir que la majorité des travailleurs temporaires s’installaient dans la région de Montréal. « On ne peut pas dire qu’on peut juste tenir compte des permanents dans la planification pluriannuelle », a-t-il lancé.

Selon des documents rendus publics dans le cadre de l’étude des crédits, il y avait environ 290 000 immigrants temporaires en territoire québécois au 31 décembre 2022, surtout des étudiants étrangers et des travailleurs temporaires.

La ministre Fréchette a pour sa part rétorqué que ce type d’immigration reflète le besoin ponctuel des entreprises et estime important que ces dernières gardent cette « agilité » pour aller « chercher les talents dont elles ont besoin ». « L’immigration temporaire, c’est [aussi] l’effet du succès de nos établissements d’enseignement », a-t-elle ajouté. « Pour nous, d’office, ça fait partie des éléments, car on y fait référence, mais pour ce qui est des orientations comme telles, la planification pluriannuelle porte sur l’immigration permanente. »

Déplorant que des travailleurs étrangers temporaires soient pris en otage en raison de permis « fermés » qui les lient à un donneur d’emploi en particulier, le député Monsef Derraji a tenté d’obtenir de la ministre qu’elle s’engage à éliminer ces documents qui conduisent parfois à des abus de la part des employeurs. Christine Fréchette a répondu qu’il s’agissait d’une question dont elle discute déjà avec son homologue fédéral, Sean Fraser. Elle a par ailleurs rappelé que son gouvernement souhaite rapatrier les pouvoirs des programmes concernant les travailleurs temporaires gérés par Ottawa.

Davantage d’immigrants francisés

Malgré des taux de décrochage parfois élevés dans certaines régions, la ministre de l’Immigration s’est également félicitée du progrès de la persévérance des immigrants en francisation dans l’ensemble du Québec.

Préférant voir les choses du côté positif, Christine Fréchette dit observer des taux de persévérance de 78,8 % pour les étudiants à temps complet et 84,6 % pour les étudiants à temps partiel. « C’est franchement un beau succès. […] On a augmenté considérablement le nombre de personnes qui prennent des cours de francisation ».

Lors de l’étude des crédits, le député Derraji lui a fait valoir que près de la moitié des immigrants en francisation décrochent dans certaines régions administratives, notamment en Abitibi-Témiscamingue, où ce taux atteint 43 %. À Montréal, il est près de 25 %. « Ce n’est pas du tout un échec, on partait de zéro. On a tellement rebâti en 2018 », a répondu la ministre Fréchette. Selon les documents du ministère, le décrochage est moins élevé chez élèves à temps partiel, soit environ 15 % pour l’ensemble du Québec.

Pressée d’expliquer pourquoi certains immigrants décrochent de la francisation, elle a noté que, dans un contexte de plein-emploi, beaucoup peuvent être tentés par le marché du travail. « Quand on prend des cours de francisation, on peut être rapidement sollicité pour intégrer des entreprises ou travailler davantage d’heures si on a déjà un emploi », a-t-elle affirmé.

Quant aux immigrants temporaires, la ministre a précisé que la majorité d’entre eux (60 %) parle français et, qu’au cours de la dernière année, il y a eu une augmentation de plus de 30 % des travailleurs étrangers temporaires qui ont suivi des cours de français. « C’est colossal », a-t-elle déclaré.

Or, bien que les allocations s’étendent désormais aux milliers de travailleurs temporaires agricoles, à peine 431 d’entre eux se sont inscrits à la francisation. La ministre Fréchette a dit vouloir augmenter ce score. « La francisation est un travail constant, il y aura toujours des efforts à faire pour que l’apprentissage du français soit facilité et accessible. » Elle entend miser sur de nouveaux outils, dont Francisation Québec, un guichet unique qui sera lancé dès le 1er juin et qui regroupera toute l’offre de services en francisation.

Pas fermée à la régularisation

Par ailleurs, questionnée à savoir si son ministère allait emboîter le pas au fédéral, qui planche sur un programme de régularisation des personnes sans statut, Christine Fréchette a dit ne pas fermer pas la porte. « Mais il faut voir davantage les intentions pour décider si on s’y engage ou pas », a-t-elle souligné.

La ministre a d’ailleurs affirmé qu’il était « encore trop tôt pour se prononcer » sur cette question. « C’est important pour nous de connaître la nature des orientations [du fédéral]. On souhaite être consultés sur cette politique publique. »



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