Christian Dubé: «Je reste imputable, mais je structure différemment»

La future agence Santé Québec permettra d’éviter des drames comme celui qu’a vécu la veuve de l’ex-premier ministre Robert Bourassa, privée de soins palliatifs pendant trois jours avant sa mort, soutient le ministre de la Santé Christian Dubé, qui s’est entretenu avec Le Devoir à quelques jours de son retour à l’Assemblée nationale.

Le ministre Dubé déposera dans les prochaines semaines le projet de loi créant Santé Québec, une entité « séparée » du ministère de la Santé et responsable de coordonner les activités du réseau sur le terrain.

« Comment ça se fait que Mme Bourassa a été traitée comme ça ? C’est inacceptable. Ce qui est arrivé à Mme Bourassa, ce qui est arrivé avec nos employés pour la question des fameuses toasts… On a un travail majeur à faire en termes de climat de travail et de culture », dit Dubé.

Le ministre estime que la gouvernance dans le système de santé doit être revue. Selon lui, la nouvelle agence rendra le « réseau plus performant et plus humain ». Santé Québec est l’une des pièces maîtresses de sa réforme, présentée en mars 2022. « Il y a des gens qui vont dire que c’est encore un brassage de structures, reconnaît-il. Non, il y a une évolution de la structure. »

Santé Québec sera constituée d’une « petite équipe », précise-t-il. Son président-directeur général (p.-d.g.) et les membres de son conseil d’administration seront nommés par le gouvernement. L’agence ne sera pas un véritable « Hydro-Québec de la santé ». « C’est le ministre qui va dire “voici votre budget” », dit Christian Dubé, qui se garde de révéler les détails du projet de loi, ce dernier n’ayant pas encore été déposé au Parlement.

Une fois l’agence en place, « le ministère [de la Santé] va rester un peu comme le ministère des Ressources naturelles, un ministère qui fait de la mesure des objectifs, des orientations », poursuit-il. Quelque 400 fonctionnaires, travaillant dans les équipes des technologies de l’information et des infrastructures du ministère, seront transférés au sein de l’agence. « C’est à peu près tout ce qu’on fait concernant la structure, dit Christian Dubé. Mais cela a un impact majeur. »

Les 35 p.-d.g. des CIUSSS et des CISSS ne se rapporteront plus, comme c’est le cas actuellement, à la sous-ministre Dominique Savoie, mais au p.-d.g. de Santé Québec. C’est ce dernier qui gérera au quotidien la crise dans les urgences, par exemple. « Mme Savoie, elle, a 15 sous-ministres adjoints qui se rapportent à elle, sur des sujets très complexes. C’est gros. »

« Je reste imputable »

Dans un rapport rendu public en juin, Dominique Savoie recommandait d’ailleurs au ministre de mettre en place une nouvelle entité comme Santé Québec afin de lui transférer certaines responsabilités.

Mais pourquoi créer une structure centralisée si l’on souhaite décentraliser le réseau et offrir une plus grande autonomie aux établissements ? Le ministre n’y voit pas de contradiction. Il répète que la campagne de vaccination au Québec a été un succès parce qu’une personne l’a coordonnée à l’échelle nationale — Daniel Paré — et que chaque région a pu adapter son offre en fonction de sa réalité.

Christian Dubé assure que la mise sur pied d’une agence ne vise pas à déresponsabiliser le ministre de la Santé vis-à-vis des problèmes du réseau. « Je reste imputable, mais je structure différemment. »

Serait-il allé à l’urgence de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont si l’agence avait existé ? « C’est une grève illégale qu’on a eue la semaine passée, dit-il. Dans un cas comme ça, oui, je serais allé. Je serais allé voir le p.-d.g. de Santé Québec et je lui aurais demandé : “Vous faites quoi avec Maisonneuve-Rosemont ?” » Selon lui, le projet de loi devra « bien camper quelles responsabilités garde le ministre, quels pouvoirs garde le ministre, quels pouvoirs d’enquête, etc. »

L’ensemble des 35 CIUSSS et CISSS, eux, demeureront intacts. Questionné sur la pertinence de réduire ce nombre d’établissements, le ministre répond ceci : « Le principe d’une région dotée d’une responsabilité populationnelle et attribuée à une équipe, c’est très bon. Je trouve juste, peut-être, qu’on a beaucoup d’équipes. »

Christian Dubé veut faire de Santé Québec un legs politique. « Le plus grand bénéfice que je veux laisser — un jour je prendrai ma retraite —, c’est d’avoir pérennisé ça. Que même si le prochain ministre de la Santé s’en va, même si le gouvernement change, qu’il y ait une stabilité dans la santé. Les organisations et les entreprises qui fonctionnent bien, ce sont celles qui ont de la stabilité. C’est ça que je veux. » Selon lui, l’agence pourrait être « opérationnelle à la mi-2024 ».

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