Québec solidaire justifie son caucus non paritaire

Si l’avocat Guillaume Cliche-Rivard (au centre) remportait l’élection partielle dans Saint-Henri–Sainte-Anne, il pourrait devenir le huitième député de QS, contre quatre députées, ce qui creuserait davantage l’écart du caucus avec la parité.
Jacques Nadeau Le Devoir Si l’avocat Guillaume Cliche-Rivard (au centre) remportait l’élection partielle dans Saint-Henri–Sainte-Anne, il pourrait devenir le huitième député de QS, contre quatre députées, ce qui creuserait davantage l’écart du caucus avec la parité.

Le déséquilibre dans la représentation des femmes et des hommes au sein du caucus de Québec solidaire « soulève des questions », convient Manon Massé. Ce qui n’empêchera pas le parti de présenter un autre homme, Guillaume Cliche-Rivard, comme candidat à l’élection partielle de Saint-Henri–Sainte-Anne.

Parfaitement paritaire au cours du dernier mandat, le caucus des députés de QS se retrouve aujourd’hui composé à 64 % d’hommes — sept représentants masculins, contre quatre femmes. Et le résultat du scrutin complémentaire dans la circonscription montréalaise de Saint-Henri–Sainte-Anne pourrait davantage creuser l’écart, dans l’éventualité d’une victoire de l’avocat Guillaume Cliche-Rivard.

Au début du mois, l’auteur Simon-Pierre Beaudet signait une lettre particulièrement critique des choix du parti, qui, pour les élections générales d’octobre, a soutenu la candidature d’Étienne Grandmont pour remplacer la députée sortante de Taschereau, Catherine Dorion. Ce dernier a été élu.

« C’est gênant, écrivait M. Beaudet le 12 janvier. La situation était parfaitement évitable en amont, mais ni les instances ni les porte-parole n’ont su la prévenir. Pour un parti qui a inscrit la parité dans ses statuts, et dont le féminisme est l’une des pierres d’assise, cela témoigne autant d’une dérive que d’un flagrant manque de volontarisme politique. »

Le texte, publié dans les pages du Devoir, a d’ailleurs trouvé des échos chez Catherine Dorion elle-même. L’ex-députée, qui avait appuyé la candidature féminine de Madeleine Cloutier dans la course à l’investiture de Taschereau, l’a relayé sur Twitter en ajoutant que « ceci [l’attristait] beaucoup ».

Or, chez QS, « ce sont les membres qui décident », s’est justifiée la co-porte-parole du deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale, Manon Massé, en ouverture du caucus présessionnel des députés solidaires lundi. « Effectivement, ça soulève un certain nombre de questions. D’ailleurs, des questions qu’on va adresser à Québec solidaire dans la suite de notre bilan puis des réflexions pour l’avenir », a-t-elle dit.

Partielle imminente

L’élue montréalaise a indiqué ne pas ressentir d’inconfort avec le choix de Guillaume Cliche-Rivard comme candidat pour la partielle de Saint-Henri–Sainte-Anne. « Il y a eu une investiture. Il y avait deux personnes qui s’étaient présentées, et les membres ont choisi de redonner le mandat à Guillaume. Alors, nous, […] on va travailler avec la personne qu’il y a là », a-t-elle affirmé.

La date de l’élection partielle n’a toujours pas été déterminée, et c’est l’exécutif — donc le bureau du premier ministre François Legault — qui aura la prérogative de la déclencher. La loi lui donne jusqu’au mois de mai, mais La Presse rapporte que le scrutin se déroulera au mois de mars.

Dans le contexte, QS s’y est pris d’avance pour entamer sa campagne locale. Aucun autre parti n’a choisi de candidat pour le moment. « Un [député] de plus, c’est toujours le fun, a lancé le co-porte-parole solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, lundi. Mais c’est surtout que ce n’est pas n’importe qui. Guillaume Cliche-Rivard, c’est un jeune avocat que les Québécois et Québécoises ont commencé à connaître. C’est le genre de voix dont on a besoin à l’Assemblée nationale. »

En pratique, l’ajout d’un député chez QS ne changerait pas grand-chose dans les privilèges du parti au Parlement. L’entente signée par les groupes parlementaires l’automne dernier tient toujours.

La dérogation au coeur du débat

À l’orée du début d’une nouvelle période parlementaire, les co-porte-parole de la formation politique se sont engagés à talonner le gouvernement sur la hausse du coût de la vie. « Prêt » et « gonflé à bloc », M. Nadeau-Dubois a assuré qu’il serait aussi « sur le terrain » avec M. Cliche-Rivard afin de remporter Saint-Henri–Sainte-Anne.

Le député de Gouin s’est par ailleurs prononcé sur la sortie du premier ministre Legault quant à la disposition de dérogation cette fin de semaine. En entrevue la semaine dernière, le premier ministre Justin Trudeau se disait préoccupé par « une certaine banalisation » de la suspension des droits de la personne, précisant que son gouvernement songeait à s’adresser à la Cour suprême pour encadrer davantage la « clause nonobstant ». M. Legault avait vivement dénoncé cette « attaque frontale contre la capacité de notre nation de protéger nos droits collectifs ».

Selon M. Nadeau-Dubois, Justin Trudeau est très mal placé pour faire la leçon au Québec en matière de droits de la personne si l’on considère la manière dont son gouvernement traite les peuples autochtones. Il a répété qu’il s’oppose à la « loi 21 » sur le port de signes religieux, mais a aussi affirmé que le Québec a besoin de la disposition de dérogation pour faire avancer ses dossiers de lui-même.

Le co-porte-parole solidaire s’en est également pris au premier ministre François Legault, se moquant de ses gazouillis « colériques » en réponse à Justin Trudeau, alors que son rapport de force est, selon lui, « pratiquement inexistant », une réalité qui se manifeste notamment dans le dossier des transferts fédéraux en santé.

Avec La Presse canadienne



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