Québec veut recruter des éducatrices à l’étranger pour les garderies

La ministre de la Famille, Suzanne Roy, en entrevue au « Devoir », jeudi
Photo: Francis Vachon Le Devoir La ministre de la Famille, Suzanne Roy, en entrevue au « Devoir », jeudi

À l’instar de ce qui s’est fait en Santé, le gouvernement du Québec planifie des missions à l’étranger pour recruter du personnel pour les services de garde. Une démarche requise pour pourvoir les 18 000 postes d’éducatrices nécessaires au parachèvement du réseau.

« C’est en train de se mettre en place actuellement », a soutenu la ministre de la Famille, Suzanne Roy, en entrevue au Devoir, jeudi. Les premières missions à l’étranger doivent être lancées cette année vers « des pays francophones » où il y a des diplômes « équivalents à ceux du Québec », a-t-elle aussi mentionné.

Le gouvernement Legault s’est engagé à créer suffisamment de places en garderie pour que tous les petits Québécois y aient accès d’ici 2026, soit l’équivalent de 37 000 nouvelles places.

En plus du recrutement à l’étranger, le ministère de la Famille a lancé, depuis l’an dernier, un programme de bourses, un programme travail-études en petite enfance au collégial (AEC), une vaste campagne de publicité, en plus de créer la « Semaine des éducatrices ». Il faudra, dit Suzanne Roy, « valoriser » la profession. « On ne parle pas de gardiennes d’enfants. On parle d’éducatrices, qui comprennent et ont étudié le développement de l’enfant à plusieurs niveaux. »

Places en milieu de travail

Entre mars 2018 et mars 2022, le gouvernement du Québec a créé notamment 12 000 places dans les centres de la petite enfance (CPE), mais, comme le révélait le Devoir mercredi, ces efforts sont annulés par la disparition de milliers de services de garde en milieu familial (RSG).

Questionnée à ce sujet, la ministre promet que le modèle des RSG « ne va pas disparaître » et qu’il répond à « des besoins différents » des autres types d’établissements. Mme Roy avance en outre que le portrait est moins dramatique que celui dressé par Le Devoir. Elle affirme que ce ne sont pas 24 000, mais 12 000 places qui ont été perdues en quatre ans, même si les données que nous avons publiées mercredi proviennent de son ministère.

Or, même 12 000, c’est trop, selon la ministre, qui se dit convaincue d’arriver à relancer les RSG, notamment grâce au modèle des services de garde « en communauté » de 12 enfants, qui a généré 600 places de plus en moins d’un an, surtout en milieu rural.

On veut que ce soit une véritable liste d’attente. C’est-à-dire qu’il y a un rang. On sait où on se situe. [...] On ne veut pas que les femmes aillent s’inscrire quand elles tombent enceintes. Ça, ça [ne] donne rien.

 

Forte de ce succès, la ministre de la Famille souhaite désormais reprendre la formule en milieu de travail. Elle se prépare d’ailleurs à rencontrer des milieux d’affaires afin de les encourager à soumettre des projets. « Les gens d’affaires vivent aussi la pénurie de main-d’oeuvre. C’est une bonne façon de retenir de la main-d’oeuvre que d’offrir des services comme le service de garde. »

La formule, souligne-t-elle, est très simple. « Une ou deux entreprises se lient ensemble. On trouve un local qui est adéquat », le tout en partenariat avec un bureau coordonnateur de CPE. « Ça peut être assez rapide. »

Nouvelle liste d’attente

Au cours de son mandat, la nouvelle ministre aura surtout à livrer ce que son prédécesseur Mathieu Lacombe avait promis. Elle ne prévoit d’ailleurs pas avoir à déposer de projet de loi, puisque le projet de loi 1 adopté par ce dernier a mis en place tous les changements dont elle a besoin.

Cela inclut la fameuse liste d’attente qui remplacera le guichet Place O-5, source de tant d’irritants chez les parents ces dernières années. Rapatrié au ministère de la Famille, ce guichet d’accès doit être complètement refait. « On veut que ce soit une véritable liste d’attente. C’est-à-dire qu’il y a un rang. On sait où on se situe. […] On ne veut pas que les femmes aillent s’inscrire quand elles tombent enceintes. Ça, ça [ne] donne rien. »

En décembre, Mme Roy avait déclaré à Radio-Canada qu’elle se donnait deux ans pour la lancer. Or, elle dit maintenant viser une livraison d’ici 12 à 18 mois. La nouvelle liste doit fonctionner avec un système de « pondération » afin de contrer la sous-représentation, en CPE, des enfants issus de milieux défavorisés. Même chose pour les enfants à besoins particuliers.

L’annonce de ce nouveau système a récemment suscité des inquiétudes chez certains parents, qui craignent que d’autres critères soient désormais écartés, comme la proximité entre le lieu de garde et la résidence. Or, la ministre assure que le facteur géographique va continuer à être pris en compte. « Le parent va encore avoir la possibilité de choisir dans quel service de garde il veut s’inscrire. Ils ne perdent pas ce droit-là. »

Pas question, par contre, d’offrir des compensations aux parents qui subissent actuellement la pénurie de places, comme le demande l’organisme Ma place au travail. La « mise en place de 37 000 places » requiert déjà « des budgets gigantesques », répond-elle. « Quand on a trop de priorités, on n’en a plus. Ma priorité, c’est de faire des places. »

Avec Laurianne Croteau

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