Mixité ou pas dans le sport? La ministre Charest veut surtout motiver les filles

Selon la ministre Isabelle Charest, si certaines filles « décrochent » du sport, c’est peut-être « parce qu’elles ne sont pas bien dans ce milieu-là ».
Jacques Boissinot Archives La Presse Selon la ministre Isabelle Charest, si certaines filles « décrochent » du sport, c’est peut-être « parce qu’elles ne sont pas bien dans ce milieu-là ».

Des équipes de sport mixtes chez les enfants ou la formule « les garçons d’un bord et les filles de l’autre ? » Ces possibilités font partie des réflexions de la ministre québécoise du Sport, du Loisir et du Plein air, Isabelle Charest, qui a déjà commencé à chercher des façons de favoriser la progression des filles dans les activités sportives, a-t-elle déclaré après la publication jeudi par Le Devoir d’un article rapportant les efforts faits par une mère pour que ses fillettes puissent jouer au soccer avec leurs amis garçons.

« Le grand questionnement vient d’un constat : il y a moins de filles dans le sport », a dit la ministre en entrevue téléphonique jeudi. À l’adolescence, elles « décrochent » plus que les garçons de la pratique sportive. C’est ce que les statistiques démontrent, a-t-elle poursuivi. Et elle veut que ça change.

C’est pourquoi, dit-elle, son gouvernement a contribué à la création du Laboratoire pour la progression des femmes dans les sports au Québec — le Lab Profems —, qui a vu le jour en avril dernier. Son mandat consiste à documenter la situation sur le terrain et à cerner les meilleures façons de faire afin de bien répondre aux besoins des filles pour qu’elles soient plus actives et plus nombreuses à pratiquer un ou des sports, et pour qu’elles s’y épanouissent, a dit la ministre.

L’unité de recherche a carte blanche pour ses projets de recherche et ses travaux, mais un des exemples donnés est justement lié à la situation rapportée jeudi dans nos pages, a rapporté Mme Charest : pour le développement d’une jeune sportive, est-ce mieux qu’il y ait séparation des sexes, mixité ou libre choix ?

Chaque choix comporte différents défis, a fait savoir la ministre.

À la recherche de réponses

La structure du sport féminin est plus fragile en raison de la plus faible participation, a-t-elle expliqué. Ainsi, si un grand nombre de filles choisissent des ligues mixtes, la structure féminine risque de s’effriter, avec comme conséquence une offre moindre pour celles qui préfèrent cette formule.

« C’est quoi, la meilleure façon de faire ? Qu’il n’y ait pas de séparation jusqu’à un certain âge ? » C’est une question que bien des ligues, des administrateurs et des parents se posent, dit-elle.

Karine Bellemare, elle, a porté plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour discrimination, puisqu’une ligue de soccer a refusé de mettre dans la même équipe ses fillettes de 4 et 5 ans et deux de leurs amis garçons. La commission a porté la cause devant le tribunal, puis devant la Cour d’appel, qui a entendu les plaidoiries des parties mercredi. En entrevue, Mme Bellemare a expliqué que les parents tentent d’élever leurs enfants sans faire de distinction sur la base de leur sexe, mais que leurs efforts sont minés lorsque des équipes sportives séparent les garçons des filles en si bas âge.

Bien que la ministre indique justement que Québec « essaie d’être dans une perspective inclusive et de déconstruire les stéréotypes », faisant ainsi écho aux propos de Mme Bellemare, son gouvernement veut avant tout choisir l’option optimale pour les filles. Selon elle, il faut penser à la possibilité que si certaines « décrochent » du sport, c’est peut-être « parce qu’elles ne sont pas bien dans ce milieu-là ». « Donc on se demande : le décrochage se prévient-il par le sport juste entre filles ? »

Le Lab Profems, logé au sein de l’Université Laval, à Québec, poursuit ses travaux. Et l’un des projets déjà entamés concerne justement la mixité dans le sport. La démarche découle d’ailleurs de demandes du milieu sportif québécois. « Plusieurs fédérations se questionnent sur la place qu’occupe ou que pourrait occuper la mixité dans leur discipline respective », est-il précisé sur le site Web du laboratoire.

À voir en vidéo