La CAQ renonce à nommer Benoît Dubreuil comme commissaire au français

La nomination du commissaire à la langue française doit faire l’objet d’un vote aux deux tiers de l’Assemblée nationale. Or, le gouvernement caquiste de François Legault détient à lui seul plus des deux tiers des sièges.
Jacques Boissinot La Presse canadienne La nomination du commissaire à la langue française doit faire l’objet d’un vote aux deux tiers de l’Assemblée nationale. Or, le gouvernement caquiste de François Legault détient à lui seul plus des deux tiers des sièges.

Le gouvernement Legault renonce pour le moment à nommer Benoît Dubreuil au poste de commissaire à la langue française. Québec solidaire (QS) s’opposait à cette nomination.

En revanche, les partis ont appuyé à l’unanimité, vendredi, la nomination de Jean-François Blanchet au poste de Directeur général des élections du Québec (DGEQ). M. Blanchet succède à Pierre Reid.

Les caquistes voulaient que M. Dubreuil, philosophe et coauteur de l’essai Le remède imaginaire — Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, devienne le tout premier commissaire de la langue française.

Ce poste de chien de garde indépendant, créé avec l’adoption en juin dernier de la « loi 96 », consiste notamment à surveiller l’évolution de la situation linguistique au Québec.

Mais QS a rapidement fait savoir, dès le printemps dernier, qu’il n’approuvait pas la candidature de Benoît Dubreuil, du fait qu’elle n’était pas assez « consensuelle » et « rassembleuse ».

Dans son ouvrage, M. Dubreuil soutenait notamment que « toute augmentation de l’immigration a pour effet direct de faire diminuer la part de la population utilisant le français à la maison ».

« Sur les liens entre langue et immigration, cette candidature-là a, par le passé, exprimé des positions qui ne nous rejoignent pas », a déclaré vendredi le chef parlementaire de QS, Gabriel Nadeau-Dubois.

Vote aux deux tiers et majorité caquiste

 

Il en a profité pour inviter le gouvernement Legault à toujours aller chercher l’appui d’au moins un parti d’opposition pour ce genre de nomination.

La nomination du commissaire à la langue française doit faire l’objet d’un vote aux deux tiers de l’Assemblée nationale. Or, le gouvernement détient à lui seul plus des deux tiers des sièges.

« Une supermajorité parlementaire, ce n’est pas une supermajorité sociale », a martelé M. Nadeau-Dubois, qui rappelle que 60 % des Québécois n’ont pas voté pour la Coalition avenir Québec (CAQ) aux dernières élections.

Que le gouvernement puisse imposer des nominations controversées inquiète également le Parti libéral du Québec (PLQ), qui a évité vendredi de dire clairement s’il appuyait la candidature de M. Dubreuil.

« Qu’on vote oui ou non, ça ne changera pas la décision du gouvernement. Ils sont 90. La loi, c’est aux deux tiers ; le deux tiers est annulé », a déploré le leader parlementaire du PLQ, Monsef Derraji.

De son côté, le Parti québécois (PQ) a fait savoir qu’il appuyait M. Dubreuil. Cependant, comme les députés péquistes sont absents du Salon bleu pour le moment et jusqu’au 31 janvier, ils ne peuvent pas voter.

Nouveau DGEQ

 

Par ailleurs, le nouveau Directeur général des élections du Québec, Jean-François Blanchet, a été nommé vendredi par l’Assemblée nationale avec un mandat de sept ans.

Depuis 2015, il était l’adjoint du directeur général des élections et était principalement responsable des opérations électorales. Il travaille au bureau du DGEQ depuis 1989.

M. Blanchet succède à Pierre Reid, qui était en fonction depuis 2015 et qui avait affirmé, en entrevue à La Presse canadienne, au mois d’août, qu’il avait exprimé au gouvernement Legault son intention de se voir confier un second mandat. Son premier mandat était échu depuis le mois de juin.

Le souhait de M. Reid, âgé de 69 ans et qui se disait toujours passionné par son travail, n’aura donc pas été exaucé.

La nomination du DGEQ fait partie des cinq postes de dirigeants d’organismes gouvernementaux devant faire l’objet d’un consensus entre le gouvernement et l’opposition.

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