Les oppositions préoccupées par la suspension de deux présumées lanceuses d’alerte

«Si on n’a pas ces yeux et ces oreilles sur le terrain, comment on va savoir, nous, comme population, les horreurs qui se passent?» a questionné mardi la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé.
Jacques Boissinot La Presse canadienne «Si on n’a pas ces yeux et ces oreilles sur le terrain, comment on va savoir, nous, comme population, les horreurs qui se passent?» a questionné mardi la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé.

Les trois partis d’opposition ont affirmé mardi être préoccupés par la suspension sans solde de deux présumées lanceuses d’alerte par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Côte-Nord en raison d’un « bris de confidentialité ».

Révélée mardi par Le Devoir, cette punition infligée à deux éducatrices d’un centre de réadaptation de la Direction de protection de la jeunesse (DPJ) de Baie-Comeau est « complètement inacceptable », a affirmé le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, en point de presse.

L’employeur affirme avoir identifié deux sources d’un reportage sur les lacunes dans l’aide aux jeunes en difficulté en épiant leurs courriels. « On a mis du temps en gestion pour punir les gens qui éclairent le public sur comment les fonds publics sont utilisés », s’est désolé M. St-Pierre Plamondon.

De tels gestes nuisent au travail journalistique en créant « un environnement de répression » pour ceux « qui sonnent l’alarme », a-t-il ajouté.

De son côté, le chef intérimaire libéral, Marc Tanguay, a jugé la situation « excessivement préoccupante ». « Il va falloir faire toute la lumière là-dessus », a-t-il dit.

Publiée en mars 2021 dans Le Devoir, l’enquête de la journaliste Stéphanie Vallet révélait des failles dans les services aux jeunes de la DJP de Baie-Comeau. Il était notamment question de la scolarisation à temps partiel d’enfants et d’adolescents causée par la surpopulation du Pavillon Richelieu.

Une « omerta » dans le réseau

La co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé a dénoncé « une omerta, un silence imposé dans les milieux de la santé et des services sociaux ». « Si on n’a pas ces yeux et ces oreilles sur le terrain, comment on va savoir, nous, comme population, les horreurs qui se passent ? » a-t-elle questionné.

La Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics ne protège pas les lanceurs d’alerte s’ils dénoncent directement dans les médias, sauf si la situation « présente un risque grave pour la santé ou la sécurité d’une personne ou pour l’environnement, et est urgente », peut-on lire sur le site du Protecteur du citoyen.

Paul St-Pierre Plamondon souhaite donc que le gouvernement légifère pour mieux protéger les divulgateurs.

 

La Présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, a affirmé que le rapport déposé en mai 2020 concernant la mise en oeuvre de la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics sera étudié en commission parlementaire.

« À la fin de ce processus, si des améliorations à la loi sont suggérées, nous avons l’intention » de les apporter, a-t-elle laissé savoir, dans une déclaration écrite transmise au Devoir.

Avec Marco Fortier

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