Québec doit mettre fin aux cyberviolences, réclament les oppositions et des cinéastes

La cinéaste Léa Clermont-Dion, lors de son point de presse à l’Assemblée nationale lundi
Jacques Boissinot La Presse canadienne La cinéaste Léa Clermont-Dion, lors de son point de presse à l’Assemblée nationale lundi

Les trois partis d’opposition et les cinéastes Léa Clermont-Dion et Guylaine Maroist ont demandé lundi au gouvernement québécois d’agir pour lutter contre le fléau des cyberviolences, qui se manifestent notamment par des insultes et des menaces de viol et de mort.

« Monsieur le premier ministre Legault, est-ce qu’il faudra qu’un cyberagresseur passe de la parole à l’action et tue une femme pour que vous agissiez et que vous enrayiez réellement la misogynie en ligne ? » a demandé Léa Clermont-Dion, lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale.

Celle qui a coréalisé avec Mme Maroist le documentaire Je vous salue salope — portant sur le harcèlement en ligne envers les femmes — a présenté les demandes de la pétition Stop les cyberviolences avec l’appui de Québec solidaire, du Parti québécois et du Parti libéral du Québec. Elle exhorte notamment le gouvernement à rendre obligatoire pour les policiers une formation qui leur permettrait de mieux recevoir ce genre de plaintes.

L’une des quatre protagonistes du film, Laurence Gratton, a d’ailleurs pris la parole pour témoigner des menaces et des insultes en ligne subies pendant cinq ans. Après la sortie du documentaire le 9 septembre dernier, son « agresseur est revenu à la charge », a-t-elle raconté. « Je suis retournée voir la police et, encore une fois, on a refusé de prendre ma plainte. On m’a dit qu’elle ne constituait pas une réelle menace, et encore aujourd’hui, j’ai peur. »

Il faut agir, car « ni la police ni les géants du Web » ne considèrent le harcèlement en ligne comme une menace grave, a souligné Guylaine Maroist.

La pétition demande aussi à l’Assemblée nationale du Québec de faire pression auprès du gouvernement fédéral afin qu’il adopte une loi « forçant les géants du Web à supprimer les contenus haineux sous peine d’une amende substantielle ».

Selon Léa Clermont-Dion, le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, a « une ouverture » par rapport aux revendications concernant les cyberviolences. « Mais on pense quand même qu’il y a une pression populaire qui doit être envoyée. »

De son côté, le ministre de la Sécurité publique, François Bonnardel, a affirmé avoir eu le mandat de « travailler activement » à produire un plan pour contrer le harcèlement en ligne. « Nous allons prendre le temps d’étudier les demandes formulées aujourd’hui avec toute la rigueur nécessaire, a-t-il affirmé, au sujet de la pétition. C’est une priorité pour moi. »

Un « feu de paille »

En raison des menaces à l’endroit de la députée libérale Marwah Rizqy qui ont d’abord été formulées sur les réseaux sociaux, il a beaucoup été question des cyberviolences envers les élus durant la campagne électorale, a souligné Mme Clermont-Dion.

Mais rien n’a été fait par la suite, a-t-elle déploré. « On en a beaucoup parlé pendant quatre jours, puis ça a été un feu de paille finalement », a-t-elle déploré. Selon elle, des solutions concrètes sont nécessaires, car d’autres femmes vivront des situations semblables à celle vécue par Mme Rizqy.

Vendredi dernier, la députée caquiste de Mirabel, Sylvie D’Amours, a d’ailleurs mentionné dans son discours d’ouverture au Salon bleu avoir été « agressée deux fois physiquement » durant la campagne électorale.

En entrevue au Devoir, l’élue a d’abord raconté un premier épisode où un homme l’a bousculée lors d’un événement public, peu de temps après le déclenchement des élections. « On m’a traitée d’assassin » en raison de la gestion de la pandémie du gouvernement, a relaté Mme D’Amours.

Elle a ensuite vécu un second événement vers la moitié de la campagne électorale lorsqu’un citoyen l’a « un peu poussée sur l’épaule » après l’avoir « isolée » entre deux portes de voiture. L’homme reprochait aux caquistes d’avoir « brimé sa liberté » durant la crise sanitaire, a dit la députée qui a entamé son troisième mandat cet automne.

Les deux fois, elle était heureusement en présence d’un accompagnateur, a-t-elle précisé. Mais Sylvie D’Amours raconte avoir reçu des insultes chaque jour durant cette période, sans compter le harcèlement en ligne.

Ne pas laisser les harceleurs « gagner »

Depuis son élection, le 3 octobre dernier, Mme D’Amours dit avoir heureusement remarqué « une grande baisse de messages haineux ». Sa famille et elle ont toutefois été affectées par les commentaires sur les réseaux sociaux à son égard.

Malgré les moments « durs » vécus au cours de la campagne électorale, la députée affirme que sa réaction a été de ne pas vouloir abandonner. « Je ne veux pas qu’ils pensent qu’ils ont gagné. »

Plusieurs élus de différents ordres ont toutefois décidé de quitter la vie politique, car ils « n’en pouvaient plus de recevoir ces messages », a cependant souligné la députée solidaire de Mercier, Ruba Ghazal, lors du point de presse.

Une situation qui attriste Sylvie D’Amours, car cela « met en danger la démocratie » et l’équité entre les sexes. Elle invite les femmes à se lancer en politique afin d’être « au premier rang » dans la lutte contre les cyberviolences.

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