Un écart de 37 TWh entre Legault et les experts

Selon le document d’Hydro-Québec, «plus de 100 TWh additionnels d’électricité propre seront requis pour que le Québec atteigne la carboneutralité à l’horizon 2050».
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Selon le document d’Hydro-Québec, «plus de 100 TWh additionnels d’électricité propre seront requis pour que le Québec atteigne la carboneutralité à l’horizon 2050».

Le premier ministre François Legault ignorait l’existence d’une étude commandée par son gouvernement indiquant qu’il faudra 137 TWh, plutôt que 100 TWh comme il l’a dit dans son discours d’ouverture cette semaine, pour éliminer tous les gaz à effet de serre d’ici 2050.

Au cabinet de M. Legault, l’attaché de presse Ewan Sauves a indiqué que le premier ministre n’a pas pris connaissance du document. M. Sauves a été incapable de préciser si ce rapport lui a été transmis par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCCC), qui l’a pourtant rendu public en 2021.

Dans son discours prononcé mercredi à l’Assemblée nationale, M. Legault a affirmé qu’un débat sera nécessaire pour déterminer comment seront comblés les nouveaux besoins en approvisionnement d’Hydro-Québec, qu’il chiffre à 100 TWh. Les moyens disponibles sont les énergies éolienne et solaire ou la construction de nouvelles centrales hydroélectriques.

« On l’a dit, on a calculé, ça va prendre l’équivalent de 100 TWh d’électricité d’ici 2050 pour électrifier toute l’économie du Québec, 100 TWh de plus que le 200 TWh qu’on a déjà chez Hydro-Québec », a déclaré mercredi M. Legault.

M. Sauves a expliqué jeudi que ce chiffre est tiré du plan stratégique de la société d’État, qui le considère comme un minimum.

Selon le document d’Hydro-Québec, « plus de 100 TWh additionnels d’électricité propre seront requis pour que le Québec atteigne la carboneutralité à l’horizon 2050 ».

Des besoins immenses

 

Le rapport Dunsky, commandé par le MELCCC, précise toutefois que ces besoins pourraient aller jusqu’à 137 TWh. À titre de comparaison, la production annuelle actuelle de la filière éolienne au Québec est de l’ordre de 11 TWh et d’environ 8 TWh pour le dernier projet hydroélectrique La Romaine, indique le document.

M. Sauves a affirmé que ces scénarios et modélisations démontrent tous que le Québec aura d’immenses besoins en énergie dans les prochaines années.

« Nous nous fions à l’expertise de Sophie Brochu, ainsi que des équipes d’Hydro-Québec et du ministère de l’Énergie », a-t-il répondu au Devoir, en se référant notamment à la présidente-directrice générale de la société d’État.

Hydro-Québec affirme qu’il y aura une réévaluation des besoins énergétiques à mesure que le potentiel des technologies de décarbonation se concrétisera.

« Il faut garder en tête que la demande en électricité va être influencée par plusieurs facteurs sur lesquels Hydro-Québec n’a pas de contrôle », a dit le porte-parole Maxence Huard-Lefebvre.

Le cabinet de conseil en environnement Dunsky, qui a préparé l’étude, maintient l’estimation de 137 TWh. Selon lui, en fonction de données qui restent à préciser, les besoins se situeront entre 110 TWh et 150 TWh.

« La marche est incroyablement haute et le risque de ne pas y arriver est très grand, a dit son président-directeur général, Philippe Dunsky. Il faut mettre tout ce qu’on peut pour éliminer le gaspillage. »

Tout comme M. Legault l’a exposé, M. Dunsky croit que le gouvernement devra se poser de sérieuses questions sur la manière dont sera utilisée l’énergie produite par Hydro-Québec, qui aura besoin de nouveaux approvisionnements dès 2027.

« Je ne dis pas qu’exporter, ce n’est pas une bonne chose, mais on ne pourra pas tout faire, il faudra choisir », a-t-il dit.

Titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau croit qu’il est encore difficile de préciser quelles sont les quantités d’énergie à fournir. « Le gouvernement a repris le chiffre d’Hydro-Québec parce qu’ils n’ont pas réfléchi plus loin, que c’est un chiffre qui est gros qui veut dire des choses », a-t-il dit.

M. Pineau croit qu’il faudra faire des choix qui permettront de réduire la consommation d’énergie dans le transport notamment, mais également dans le secteur du bâtiment. « On sous-estime les besoins avec 100 TWh si on estime qu’il n’y aura pas d’effort d’efficacité énergétique et de sobriété, a-t-il affirmé. Et on parle d’efforts majeurs. »

Selon M. Pineau, il faudra plus que les 8 TWh de mesures d’efficacité énergétique avancés par M. Legault pour endiguer la demande d’énergie supplémentaire.


Ce texte a été modifié après publication pour ajouter des précisions.

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