Un prochain mandat marqué par le français et l’énergie

L’augmentation de l’immigration francophone au Québec précédera la demande de nouveaux pouvoirs à Ottawa, a déclaré le premier ministre François Legault, mercredi, en donnant les orientations de son prochain mandat au cours duquel il souhaite également un débat sur l’avenir des approvisionnements d’Hydro-Québec.

Après avoir répété depuis des mois qu’Ottawa doit lui céder de nouveaux pouvoirs sur la sélection d’immigrants, M. Legault a signalé un changement de priorités, dans un discours marquant le début de la nouvelle législature, prononcé au Salon bleu.

« Avant même d’aller demander plus de pouvoirs à Ottawa, il faut que nous, on en fasse plus en matière d’immigration », a-t-il dit.

M. Legault a répété son engagement, énoncé pour la première fois mardi, à recruter 100 % de francophones d’ici 2026 parmi les immigrants économiques, dont la sélection est faite par le gouvernement du Québec.

« On se donne comme objectif d’atteindre près de 100 % de personnes qui parlent français, a-t-il dit. C’est une question de survie pour notre langue au Québec. »

Le premier ministre a critiqué ses prédécesseurs qui se sont, selon lui, contentés de sélectionner entre 50 et 60 % d’immigrants économiques qui parlent français.

« Ce n’est pas acceptable que les gouvernements qui se sont succédé dans les 10, 20 dernières années aient toléré que seulement 50 à 60 % des immigrants économiques, qui sont pourtant sélectionnés complètement par le gouvernement, parlent français », a-t-il dit.

Déplorant un recul du français, surtout sur l’île de Montréal, M. Legault a affirmé qu’il a l’intention de suivre la situation de plus près, avec la publication d’études annuelles sur l’évolution linguistique.

« En matière d’identité, l’objectif, c’est carrément d’arrêter le déclin du français au Québec, puis en particulier à Montréal, d’inverser la tendance, parce que la langue française, c’est la base de notre identité, comme nation, et ça doit être un devoir impératif », a dit le chef du gouvernement.

Énergie et environnement

 

Dans son énoncé de politique générale, qui trace la ligne de conduite de son gouvernement pour les prochaines années, M. Legault a exposé que la conciliation entre la prospérité économique et l’environnement sera un défi important.

« On a donc un exercice important à faire pour choisir en fonction de nos deux grands objectifs, créer de la richesse puis éliminer les gaz à effet de serre, a-t-il dit. Ça va être un débat important des prochaines années pour réussir la transition énergétique. »

M. Legault a insisté sur la marge de manoeuvre dont dispose le Québec pour atteindre la carboneutralité, comme il s’y est engagé, d’ici 2050. Il a souligné la faiblesse de ses émissions de gaz à effet (GES) par rapport aux moyennes par habitant du Canada et des États-Unis.

« Il faut être ambitieux, mais sans être dogmatique, a-t-il prévenu. Il faut quand même que tout le monde comprenne que nos entreprises, on leur impose des règles qui sont plus dures que les entreprises compétitrices dans le reste de l’Amérique du Nord. »

Augmenter la capacité de production d’électricité d’Hydro-Québec sera déterminant pour assurer la transition vers l’élimination des GES dans 28 ans, a rappelé le premier ministre, en soulignant qu’il faut ajouter 100 TWh aux 200 TWh générés actuellement par la société d’État.

Durant la campagne électorale, M. Legault a affirmé qu’Hydro-Québec doit examiner la possibilité de construire de nouveaux barrages hydroélectriques. Mercredi, il a déclaré qu’il faudra déterminer également quelle place les énergies éolienne et solaire occuperont dans les nouvelles ressources.

Tout cela survient dans le contexte où le Québec devra renégocier d’ici 2041 son entente avec Terre-Neuve-et-Labrador sur les approvisionnements à bas prix de la centrale de Churchill Falls. Et dès 2027, Hydro-Québec aura besoin de nouveaux approvisionnements pour répondre à la demande.

« On a besoin dans le prochain mandat d’avoir un vrai débat de société sur comment on va chercher ce 100 TWh, a déclaré M. Legault. Et on doit réaliser plus que jamais que notre électricité au Québec est précieuse. Elle a maintenant une grande valeur. La demande est plus forte que l’offre. »

Santé et efficacité de l’État

M. Legault a rappelé son engagement à créer deux « mini-hôpitaux privés » pour créer « un nouveau modèle » dans le réseau de la santé avec lequel il espère améliorer l’accès aux soins.

« Il ne faut pas être dogmatique, a-t-il affirmé. D’abord, c’est important de le dire, on parle d’un privé où les Québécois paient avec leur carte d’assurance maladie, donc c’est gratuit pour les Québécois. » Pour faire face au manque de personnel, M. Legault veut notamment ajouter 660 étudiants en médecine.

Le gouvernement souhaite aussi améliorer l’offre de soins à domicile. Un rapport du commissaire à la santé et au bien-être doit être remis à ce sujet au gouvernement. « Il faut tout repenser », a dit M. Legault.

Accusé par le chef conservateur Éric Duhaime de ne pas avoir tenu ses engagements à réduire la taille de l’État, M. Legault a plutôt vanté le travail des fonctionnaires, notamment durant la pandémie.

« J’ai pu, depuis deux ans et demi, voir les fonctionnaires travailler sans relâche, sept jours sur sept, être en mode solution, a-t-il dit. C’est trop facile de casser du sucre sur le dos des fonctionnaires. »

À quelques jours de la mise en oeuvre de son « bouclier anti-inflation », qui prévoit l’envoi de chèques de 400 $ à 600 $ aux contribuables gagnant moins de 100 000 $, le chef du gouvernement a rappelé que le prochain budget prévoira des baisses d’impôts.

« On va continuer de remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois. »

Un projet de loi pour plafonner les tarifs des services publics doit également être déposé après la reprise en bonne et due forme des travaux parlementaires, prévue jeudi.

 

M. Legault a prononcé mercredi son troisième discours d’ouverture, son deuxième en 14 mois. En octobre 2021, le premier ministre avait voulu marquer la fin de la pandémie en présentant une mise à jour des orientations énoncées au début de son premier mandat, en 2018.

Doyon ne s’offusque pas

Le lieutenant-gouverneur du Québec, J. Michel Doyon, ne s’offusque pas devant le refus des élus péquistes de prêter serment d’allégeance. Il leur rappelle toutefois qu’« il y a des règlements ».

Le Devoir a pu s’entretenir quelques instants avec le représentant du roi Charles III au Québec, mercredi, moins d’une demi-journée avant que les trois députés du Parti québécois (PQ) tentent de pénétrer dans le Salon bleu sans avoir prêté serment à la Couronne. « C’est une question qui leur est propre. Il y a une Constitution canadienne. Il y a des règlements », s’est contenté de dire M. Doyon avant de s’engouffrer dans le Salon rouge, où se tenait un cocktail pour les députés assermentés.

Le vice-roi avait participé, une heure auparavant, à la cérémonie du discours inaugural de la législature. Comme le veut la coutume, il y avait prononcé une allocution. Au moment de son entrée en Chambre, les élus de la Coalition avenir Québec et du Parti libéral du Québec l’attendaient debout. En guise de protestation contre la monarchie, ceux de Québec solidaire sont restés assis. Ils ont également refusé d’applaudir le discours de M. Doyon.

« Êtes-vous offusqué ? » lui a demandé Le Devoir après coup. « Non », a-t-il répondu simplement.

François Carabin


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