Être député, «c’est 365 jours par année»

« Tu peux être appelé tout le temps sur un dossier », explique l’ancienne élue libérale Christine St-Pierre (à gauche) à la nouvelle députée solidaire Alejandra Zaga Mendez.
Capture d’écran « Tu peux être appelé tout le temps sur un dossier », explique l’ancienne élue libérale Christine St-Pierre (à gauche) à la nouvelle députée solidaire Alejandra Zaga Mendez.

À l’orée de la 43e législature, Le Devoir a invité des députés sortants à donner quelques conseils à des recrues afin de les aider à ne pas se perdre dans les dédales du monde politique. Quatrième passage de témoin, cette fois entre Christine St-Pierre et Alejandra Zaga Mendez.

« On est comme des travailleurs sociaux, dit l’ancienne élue libérale Christine St-Pierre à la nouvelle députée solidaire de Verdun, Alejandra Zaga Mendez. Il faut être psychologue, il faut être à l’écoute, ça prend des qualités un peu de missionnaires. » Un citoyen qui vient cogner à la porte d’un bureau de circonscription pour obtenir de l’aide le fait bien souvent en dernier recours, souligne l’ex-politicienne de 69 ans qui participe à l’échange virtuel depuis chez elle, à Montréal. « Il n’y a pas de petits dossiers. »

Quand Mme St-Pierre était ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, de 2007 à 2012, le premier ministre de l’époque, Jean Charest, demandait aux élus libéraux d’être présents à leur bureau de circonscription chaque semaine, relate-t-elle. Même lors des périodes de travaux parlementaires à l’Assemblée nationale à Québec. « Là, tu dis : “Comment je vais faire pour rentrer ça dans mon agenda ?” Si tu n’es pas capable de le faire dans la semaine, tu le feras la fin de semaine. »

Être député, « c’est 365 jours par année, poursuit l’ancienne élue d’Acadie. Tu peux être appelé tout le temps sur un dossier. Il n’y a pas beaucoup de périodes où tu peux t’évader et dire : “Je ne pense plus à rien.” ».

Un constat que partage Mme Zaga Mendez en hochant vivement la tête. D’autant qu’elle habite dans la circonscription qu’elle représente désormais à l’Assemblée nationale. « On va chercher du pain au dépanneur, mais on est en train de rencontrer du monde », relate la femme de 34 ans. Un aspect de sa nouvelle vie d’élue à laquelle elle s’habitue, même si la détentrice d’un doctorat en développement durable et conservation a toujours eu « un pied sur le terrain » en s’impliquant dans divers organismes communautaires.

Née au Pérou et arrivée au Québec à l’âge de 14 ans, elle raconte avoir « découvert » sa société d’accueil en militant pour les causes environnementales et la justice sociale. « La politique, ça a toujours été proche de moi », résume l’ancienne présidente de Québec solidaire.

Répondre aux journalistes

Christine St-Pierre se remémore la difficulté d’apprendre à répondre aux questions des journalistes lors de ses débuts en politique, en 2007. Une « grosse surprise » pour elle, d’autant qu’elle a travaillé pendant 31 ans à Radio-Canada, pour qui elle a été correspondante à Québec, à Ottawa et à Washington, avant de sauter la clôture.

« Quand tu as déjà été toi-même assez picosseuse et que tu as été toi-même assez, je dirais, cruelle, même avec les politiciens, là, tu sens que la monnaie de ta pièce revient », dit-elle, sourire en coin. Elle ajoute du même souffle que la presse « est très importante dans une démocratie ».

Comme élue, Mme St-Pierre a d’abord eu tendance à répondre longuement aux correspondants parlementaires. « Des réponses qui n’étaient pas la clip de cinq à six secondes que des politiciens qui ont beaucoup beaucoup de métier sont capables de faire. »

L’ancienne ministre tente d’ailleurs de résumer simplement le prochain conseil à l’attention d’Alejandra Zaga Mendez : un député doit prendre « très au sérieux » les commissions parlementaires, affirme-t-elle.

Poser plusieurs questions lors de l’étude d’un projet de loi permet de déceler les potentielles « failles » ou « zones grises ». « Il ne faut pas aller en commission parlementaire juste pour avoir la clip dans le téléjournal », avertit Christine St-Pierre.

Attentive aux propos de la vétérane, Mme Zaga Mendez souligne son enthousiasme d’amener en commission parlementaire « des sujets et des angles morts que le gouvernement n’est pas en train de considérer ». « C’est une des choses que j’ai le goût et hâte de faire », dit-elle.

Au-delà du « gros show »

Selon Mme St-Pierre, les politiciens jouiraient d’une meilleure réputation si la population voyait tout le travail qu’ils accomplissent. Bien souvent, la période de questions au Salon bleu, où s’échauffent parfois les esprits, est la partie la plus médiatisée, souligne-t-elle.

« Vas-tu donner le bon coup de poing à la bonne place ?, dit-elle, en frappant dans la paume de sa main. Vas-tu mettre le ministre dans l’embarras ? Ça, c’est le show, il y a un gros show. Mais, il y a tout l’aspect qui est derrière les rideaux, que les gens ne voient pas. »

Pour l’ancienne élue libérale, il est primordial de chasser « toute cette impression que les députés ne sont que des plantes vertes ». « Quand la Chambre commence à siéger, on est au bureau à 6 h 30-7 h le matin, puis parfois, les commissions parlementaires roulent jusqu’au soir. »

Si elle en a long à dire sur la politique, Christine St-Pierre observe cet univers de loin depuis le 3 octobre dernier. « Je suis en train de me sevrer », lance-t-elle en riant, avant d’admettre qu’il s’agit « d’un gros deuil ». « Je ne pensais pas que ça allait être difficile comme ça, mais c’est normal. »

En exerçant ce travail « passionnant » et « intense », l’important est aussi d’avoir du plaisir, rappelle Christine St-Pierre à Alejandra Zaga Mendez. « Ça, je le retiens », dit la députée solidaire, avant de filer vers une autre rencontre.

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