Le premier budget Marchand se prépare au «tremblement climatique»

Le maire Bruno Marchand s’attend à une aide du gouvernement québécois pour épauler le monde municipal dans son effort d’adaptation aux changements climatiques.
Jacques Nadeau Le Devoir Le maire Bruno Marchand s’attend à une aide du gouvernement québécois pour épauler le monde municipal dans son effort d’adaptation aux changements climatiques.

Malgré les turbulences économiques, la Ville de Québec présente un budget 2023 équilibré et annonce la création d’une réserve destinée à faire face aux changements climatiques qui doit atteindre, à l’horizon 2028, 300 millions de dollars.

« La Ville doit s’adapter dès maintenant […] pour faire face au tremblement lié aux changements climatiques », a indiqué le maire Bruno Marchand. Pour ce faire, la Ville entend verser 15 millions de dollars dès l’an prochain dans une nouvelle réserve destinée à parer les impacts du climat sur les infrastructures municipales. Les paiements augmenteront de 15 millions par année pour atteindre 75 millions en 2027 et 2028.

« Nous avons deux choix par rapport à l’adaptation aux changements climatiques : ou nous attendons et ça va coûter plus cher, ou nous commençons maintenant et ça va coûter moins cher, nous allons mieux planifier et nous allons réduire les conséquences pour les citoyens. Il n’y a pas de troisième option où nous n’aurons pas à le faire », précise le maire Marchand.

Les montants investis par la Ville respectent sa « capacité de payer » et tiennent compte du péril financier que le climat représente pour ses infrastructures. L’idéal, précise la Ville, serait toutefois de ne jamais toucher à la réserve. « Ça n’arrivera pas », croit Bruno Marchand, qui s’attend à une aide du gouvernement québécois pour épauler le monde municipal dans son effort d’adaptation. « Nous aurons bien besoin de la contribution du gouvernement du Québec pour y arriver. Si la Ville de Québec met 300 millions, je pense que l’État devrait aussi en mettre 300 pour nous aider. »

L’itinérance dans la cour de Québec

Calendrier électoral oblige, le précédent budget portait la griffe de l’ancienne administration Labeaume. Cette année, le maire Bruno Marchand est aux commandes et donne suite à plusieurs promesses électorales, en investissant notamment 750 000 $ pour offrir une tarification sociale aux usagers du transport collectif moins bien nantis et en portant à 170 millions de dollars sur 10 ans les sommes consacrées à la mobilité active.

Le budget détaillé de 280 pages comporte seulement deux mentions du mot « itinérance » et consacre uniquement 50 000 $ en subvention aux organismes qui s’y consacrent. L’administration de Bruno Marchand, qui a promis l’itinérance zéro en campagne électorale, doit présenter au printemps un plan attendu pour soulager la misère des sans-abri.

« L’itinérance, c’est vraiment dans le champ des responsabilités du gouvernement du Québec, se défend M. Marchand. Nous acceptons de jouer un rôle de leader. Maintenant, si le gouvernement du Québec dit : “on n’embarque pas”, c’est impossible. » Le maire doit rencontrer le ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, dans les prochaines semaines à ce sujet.

Les oppositions s’attendaient à une plus grande contribution de la Ville en matière d’itinérance. « Je trouve que c’est une somme ridiculement faible par rapport à toute l’attention que cet enjeu-là a soulevée au cours de la dernière année », dénonce le chef de l’opposition, Claude Villeneuve. Jackie Smith, cheffe de Transition Québec, déplore que le budget 2023 consacre 10 fois plus d’argent à la distribution des sacs destinés à la collecte des déchets alimentaires, soit 4,9 millions de dollars, qu’à aider les organismes qui viennent en aide aux sans-abri.

En matière de logement social et abordable, Québec entend investir 150 000 $ dès l’année prochaine et près de 115 millions au cours des dix prochaines années. Le budget 2023 tient compte de l’augmentation estimée de la facture du tramway, qui s’élève désormais à 3,9 milliards de dollars. Les investissements consacrés en 2023 pour le chantier prévoient un investissement de 439 millions de dollars au projet. L’an dernier, le budget estimait que 289 millions suffisaient.

Budget équilibré malgré les turbulences

Malgré les turbulences économiques, Québec a décidé de limiter la hausse de taxes de l’ensemble de ses contribuables à 2,5 % — bien en deçà de la hausse de l’indice des prix à la consommation chiffrée à 5,6 % au 31 août 2022. Ce choix représente une économie substantielle sur le compte de taxes des propriétaires, qui verront leur facture augmenter, en moyenne, de 74 $ plutôt que les 167 $ qu’aurait imposés l’inflation observée cette année. Les dépenses totales de la Ville s’élèveront à 1,77 milliard de dollars en 2023, en augmentation de 116,4 millions de dollars par rapport à 2022.

Le contexte difficile dessiné par la guerre en Ukraine, l’inflation et la hausse des taux d’intérêt gruge 31 millions de dollars additionnels sur les finances de la capitale. La vitalité économique de la Ville, toutefois, réussit presque à elle seule à absorber ce choc financier.

Les constructions entreprises à Québec au cours des dernières années garniront les coffres de 25,1 millions de dollars en 2023. Un nouveau système de perception des droits de mutation apportera 8 millions de dollars supplémentaires au budget. Une gestion plus serrée de l’appareil municipal doit aussi permettre d’économiser 11 millions de dollars. La Ville, pour augmenter ses revenus, mise aussi sur une augmentation du prix des parcomètres et des vignettes de stationnement — au grand dam du parti Québec 21, qui compte deux élus des banlieues. « Les automobilistes n’ont qu’à bien se tenir », soupire le représentant de Beauport, Stevens Mélançon.

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