Regard express sur la nouvelle Assemblée nationale

Valérie-Anne Mahéo, professeure adjointe en science politique à l’Université Laval, constate par ailleurs qu’une Assemblée nationale plus représentative permet d’attirer davantage de Québécois vers la chose politique.
Photo: Renaud Philippe Archives Le Devoir Valérie-Anne Mahéo, professeure adjointe en science politique à l’Université Laval, constate par ailleurs qu’une Assemblée nationale plus représentative permet d’attirer davantage de Québécois vers la chose politique.

Agriculteurs, chef d’orchestre, spécialistes de l’environnement et du tourisme… Les professions de tous les horizons se multiplient au Salon bleu, mais les élus municipaux occupent plus que jamais une place de choix dans la 43e législature du Parlement de Québec. Le Devoir en dresse le portrait.

Lorsque les portes du Salon bleu s’ouvriront mardi, un nombre record de femmes foulera le tapis de la salle de l’Assemblée nationale. Cette année, 58 d’entre elles ont été élues, soit 46,4 % de la députation.

Leur représentation au Parlement québécois n’a presque pas cessé d’avancer dans les quarante dernières années. La présence de députées est huit fois plus importante qu’à l’élection du deuxième gouvernement de René Lévesque, en 1981.

Mais ce n’est pas tout. Sur le plan professionnel aussi, un changement considérable s’opère au sommet de la colline Parlementaire. Autrefois une arrière-pensée, le poste d’élu municipal (maire, préfet, conseiller…) mène, plus que tout autre emploi, aux portes de l’Assemblée nationale.

Si la CAQ veut aller chercher un troisième mandat, ça serait très sage [de continuer à travailler sur la représentativité de son caucus].

 

Selon les calculs du Devoir, pas moins de 17 des députés de la législature actuelle travaillaient en politique municipale au moment de faire le saut dans l’arène parlementaire québécoise. Cela représente 13,6 % des 125 députés en fonction.

Ce total a grimpé de plus de 100 % par rapport à la dernière législature. Il y a seulement dix ans, les élus municipaux étaient cinq à peupler les banquettes du Salon bleu. Il y a trente ans, deux.

« À partir du moment où on a interdit le cumul des fonctions, […] ç’a peut-être provoqué l’abstention de gens du municipal », constate l’historien Gaston Deschênes, spécialiste du Parlement de Québec. Il aura fallu du temps avant que ceux-ci se réintéressent à la politique provinciale.

D’après la professeure adjointe en science politique à l’Université Laval Valérie-Anne Mahéo, cette vague pourrait permettre à certains dossiers nouveaux de se faire une place à l’Assemblée nationale dans les quatre prochaines années. « Il y a certains enjeux de transport, de transport en commun, d’économie et d’environnement, aussi », énumère-t-elle.

Les affaires mènent

 

La Coalition avenir Québec porte bien son chapeau de parti d’entrepreneurs. Des 14 élus de la législature actuelle à avoir oeuvré dans le monde des affaires avant de se lancer en politique, 13 appartiennent à la famille caquiste. Le premier ministre François Legault en fait partie, son « superministre » de l’Économie et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, aussi.

Quant aux avocats, qui ont historiquement pris une place importante dans la composition des parlements, ils y occupent de moins en moins d’espace. Les professionnels du droit étaient vingt-deux en 2003. Malgré une légère résurgence par rapport au dernier mandat, ils sont désormais douze.

« Si on remonte avant la Révolution tranquille, il y en avait beaucoup. C’était probablement le corps professionnel le plus représenté », souligne Gaston Deschênes.

La 43e législature, composée le 3 octobre dernier, compte parmi ses rangs des élus de toutes origines professionnelles. Le nouveau député caquiste de la circonscription de la Côte-du-Sud, Mathieu Rivest, est chef d’orchestre. Sa collègue Audrey Bogemans vient du milieu de l’agriculture. La libérale Sona Lakhoyan Olivier travaillait auparavant au Casino de Montréal.

Les spécialistes en environnement sont aussi de plus en plus nombreux. Et des quatre députés qui oeuvraient dans le domaine avant de devenir politiciens, trois représentent Québec solidaire.

50,7
C’est l’âge moyen des élus de l’Assemblée nationale, soit presque huit ans de plus que le Québécois moyen (42,9 en 2021).

« Plus un groupe est homogène, plus il a de la misère à être créatif dans la prise de décision ou à traduire en action des [commentaires] venant de la société civile », constate le sociologue Frédérick Guillaume Dufour, selon qui la multiplication des parcours atypiques à l’Assemblée nationale permet une meilleure représentativité de la population québécoise.

« Si je pense à un chef d’orchestre, par exemple, il va avoir une facilité à mobiliser des gens dans le réseau de la culture. Un agriculteur, à aller chercher de l’information auprès d’autres agriculteurs. Un avocat ne serait peut-être pas capable d’aller chercher [cette information] ou n’aurait peut-être pas la même crédibilité », poursuit M. Dufour, professeur au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal.

Valérie-Anne Mahéo constate par ailleurs qu’une Assemblée nationale plus représentative permet d’attirer davantage de Québécois vers la chose politique.

« Voir des gens différents, avec des parcours différents, des vécus différents, des caractéristiques différentes, ça peut envoyer le message à la population que différents types de personnes ont leur place à l’Assemblée nationale, en politique. Ça peut rassurer certaines personnes parce que leur voix va être entendue », dit-elle.

Encore du chemin à parcourir

Le Parlement a longtemps été — et est toujours — une chasse gardée pour certains Québécois, constate Gaston Deschênes. « Des ouvriers, vous n’en avez pas beaucoup. On a eu Maurice Bellemare qui était serre-frein sur un train, puis Antonio Barrette, qui était un employé de chemin de fer, mais du monde de ce type-là, il y en a très peu », affirme-t-il.

Sur le plan de l’âge aussi : l’élu moyen de l’Assemblée nationale a presque huit ans de plus (50,7 ans) que le Québécois moyen (42,9 en 2021). Les minorités visibles représentent environ 10 % de la législature. Lors du recensement canadien en 2016, les Québécois racisés comptaient, en comparaison, pour 14 % de la population.

« Si la CAQ veut aller chercher un troisième mandat, ça serait très sage » de continuer à travailler sur la représentativité de son caucus, signale Frédérick Guillaume Dufour. La nomination d’une première personne autochtone à un Conseil des ministres — en la personne de Kateri Champagne Jourdain — est un premier pas en avant, constate-t-il.

Avec Laurianne Croteau

Une version précédente de ce texte qui indiquait que le nombre de députés de la nouvelle législature qui sont issus de la scène politique municipale a grimpé de plus de 50 % par rapport à la précédente a été modifiée.

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