Manifestation en vue pour une réforme du mode de scrutin au Québec

Le 4 octobre dernier, au lendemain des élections, le premier ministre François Legault a dit ne pas vouloir rouvrir le débat sur le mode de scrutin.
Getty Images iStockphoto Le 4 octobre dernier, au lendemain des élections, le premier ministre François Legault a dit ne pas vouloir rouvrir le débat sur le mode de scrutin.

S’estimant « trahis » par les résultats des élections du 3 octobre, des manifestants réclameront bientôt des changements au mode de scrutin devant l’Assemblée nationale.

« Au lieu d’être heureux d’avoir choisi des dirigeants qui nous ressemblent, on se retrouve avec une boule au ventre et un sentiment de désespoir », a déploré mardi en conférence de presse Maël Ferland-Paquette, porte-parole de la Mobilisation citoyenne pour une réforme du scrutin, qui organise cet acte de protestation.

La manifestation se tiendra à midi le 29 novembre prochain, jour d’ouverture de la nouvelle session parlementaire.

L’Association générale des étudiants prégradués en philosophie (AGEEPP) de l’Université Laval, qui compte environ 240 membres, a déjà voté une journée de grève pour l’occasion. Le mode de scrutin actuel « ne fait que renforcer une perte de diversité de points de vue à l’Assemblée nationale et une distorsion entre le vote populaire et le nombre de sièges », souligne Jeanne Magnan-Lapointe, responsable des affaires politiques de l’AGEEPP. D’autres regroupements étudiants pourraient emboîter le pas.

Au lendemain des dernières élections, le premier ministre François Legault a dit ne pas vouloir rouvrir le débat sur le mode de scrutin. Son parti, la Coalition avenir Québec (CAQ), avait pourtant promis une telle réforme lors des élections de 2018.

 

Le système démocratique actuel au Québec est « brisé », a fait valoir Jean-Benoît Ratté, représentant du Mouvement démocratie nouvelle. « Le problème, c’est que le seul parti qui est en mesure de mener à terme une réforme du mode de scrutin, c’est le même parti qui a outrageusement été avantagé par ce système brisé. »

Le 3 octobre dernier, la CAQ a raflé 90 des 125 circonscriptions du Québec avec seulement 41 % du vote populaire. L’opposition officielle, le Parti libéral du Québec (PLQ), a récolté 14,4 % du suffrage universel et 21 sièges (un nombre qui, avec l’exclusion de la députée Marie-Claude Nichols et le départ de l’ancienne cheffe Dominique Anglade, sera de 19 le 1er décembre prochain).

Avec 15,4 % du vote populaire, Québec solidaire a de son côté fait élire 11 députés, tandis que le Parti québécois (PQ) se retrouve avec 3 élus et 14,6 % du suffrage universel. Et le Parti conservateur du Québec (PCQ) ne sera pas représenté à l’Assemblée nationale même s’il est allé chercher 12,9 % des voix.

La goutte de trop

Le projet de loi 39, qui proposait la mise en place d’un mode de scrutin mixte compensatoire, avait été déposé en septembre 2019, mais le gouvernement a ensuite renoncé à l’adopter.

Pour Jean-Benoît Ratté, qui a travaillé au ministère du Conseil exécutif du Québec jusqu’en septembre 2021, il s’agit « de la goutte qui a fait déborder le vase ». Quand il a su au printemps 2021 que la proposition législative était délaissée, M. Ratté raconte avoir « broyé du noir quelque temps », puis « démissionné ». Selon lui, la perspective « très, très, très concrète » que la réforme du mode de scrutin se réalise a mené à son abandon.

Mais M. Ratté estime aujourd’hui qu’une « prise de conscience collective » est à l’oeuvre au Québec quant aux institutions démocratiques. La manifestation servira à « galvaniser ce sentiment d’injustice » présent dans la population, estime-t-il.

Les organisateurs de l’événement n’ont pas voulu s’avancer quant au nombre de manifestants attendus mardi prochain. « S’il y a 200 personnes qui sont là, je vais être vraiment content », fait valoir M. Ferland-Paquette. « Ça va être 200 personnes de plus que d’habitude au lendemain des élections. Mais je pense qu’on va être plus que ça. »

D’autres actions visant à réclamer une réforme du mode de scrutin auront lieu prochainement, assure-t-il. La manifestation du 29 novembre sera notamment organisée avec le soutien de Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et l’Union étudiante du Québec (UEQ).



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