La CAQ déploie ses ailes à Chicoutimi

Le quartier Des Oiseaux est un microcosme de la circonscription de Chicoutimi, qui, n’eût été une section de vote au centre-ville ayant donné son aval à Québec solidaire, aurait été entièrement bleu CAQ le 3 octobre. Sur la photo, Jacqueline Daigle, une résidente du secteur.
Photo: Charles-Frédérick Ouellet Le Devoir Le quartier Des Oiseaux est un microcosme de la circonscription de Chicoutimi, qui, n’eût été une section de vote au centre-ville ayant donné son aval à Québec solidaire, aurait été entièrement bleu CAQ le 3 octobre. Sur la photo, Jacqueline Daigle, une résidente du secteur.

La Coalition avenir Québec a fait son nid dans le quartier Des Oiseaux, à Saguenay, en y obtenant ses meilleurs scores des élections du 3 octobre 2022. Le Devoir s’est payé un voyage au pays des caquistes.

Vendredi 18 novembre. Un silence assourdissant règne sur Chicoutimi. Entre les rues des Jaseurs, des Cigognes et des Albatros, de rares signes de vie : le passage d’une camionnette, le bruit d’une souffleuse en marche… Le quartier Des Oiseaux, bordé à l’est par la rivière du Moulin, est fraîchement recouvert de son premier manteau blanc de la saison froide.

Un mois et demi plus tôt, c’est une vague bleu clair qui a inondé le secteur. Dans une section de vote en particulier, pas moins de 80 % des électeurs ont accordé leur confiance à la candidate caquiste Andrée Laforest le jour du scrutin. C’est plus que partout ailleurs au Québec, et ce n’est pas une exception. La CAQ a reçu des appuis forts aux quatre coins du quartier : 62 %, 71 %, 76 %…

Croisés au parc de la Rivière-du-Moulin, Lise, André, Lisette et leurs compagnons de marche s’aventurent sous les pins nappés de neige pour une excursion de santé. Le Devoir est invité et interroge tour à tour les huit randonneurs. Pour qui avez-vous voté le mois dernier ? La réponse est unanime : la CAQ. C’est le choix naturel, soulignent-ils.

Photo: Charles-Frederick Ouellet Le Devoir Lise Gagnon, résidente du quartier Des Oiseaux

« J’ai déjà été libérale, mais le parti, cette année, était en déclin pas mal », lance Lise Gagnon, résidente du quartier Des Oiseaux. Elle ne sera pas la seule à tenir un discours de la sorte ce jour-là. « Le programme [de la CAQ] est intéressant. [François] Legault est très, très actif et sensé. Et aussi, l’âge des gens qui habitent ici… Il y a beaucoup de gens de 55 ans et plus dans le quartier », analyse Mme Gagnon lorsqu’on l’interroge sur les habitudes électorales de ses voisins.

Hégémonie

 

Le quartier Des Oiseaux est un microcosme de la circonscription de Chicoutimi, qui, n’eût été une section de vote au centre-ville ayant donné son aval à Québec solidaire, aurait été entièrement bleu CAQ le 3 octobre. Avec 62,3 % du vote, la ministre Andrée Laforest s’est arrogé la plus importante majorité des 90 députés de son parti. C’est plus que son chef, François Legault (58,6 %).

« [Mais] Mme Laforest, est-ce qu’elle a eu besoin de se forcer pour faire ce qu’elle a fait ? Je ne penserais pas. Elle était bien épaulée par les gens de la région », souligne le Chicoutimien Gontran Allard au micro du Devoir.

Bénévole chargée de la sortie de vote pour la CAQ, Dominique Girard constate que le quartier Des Oiseaux a fait l’objet d’un blitz de porte-à-porte tout au long de la campagne. « On avait des bénévoles vraiment sur la coche. Ils cognaient, ils parlaient au monde. Surtout dans le quartier », dit-elle. Parmi la quinzaine d’électeurs rencontrés le long des rangées de maisons quasi identiques du secteur, vendredi, seuls deux n’avaient pas appuyé la CAQ aux dernières élections. L’un d’eux avait accordé son vote au Parti conservateur du Québec (PCQ). Un autre, à Québec solidaire.

Photo: Charles-Frederick Ouellet Le Devoir Rue des Hirondelles dans l'arrondissement du quartier Des Oiseaux à Saguenay

Sébastien Guérard a « beaucoup hésité » avant de donner son appui au PCQ d’Éric Duhaime. « La CAQ, personnellement, je n’étais pas complètement satisfait de leur gestion de la COVID-19. Si ça n’avait pas été de ça, j’aurais probablement voté pour eux », explique-t-il, assis dans les marches de son domicile, un chandail de Rio Tinto sur le dos.

« Pour l’économie de la région, je ne crois pas que les partis sont bien différents. La seule chose qui me vient en tête, c’est GNL Québec. Là, tu aurais pu dire que les conservateurs auraient aidé de ce côté-là », ajoute le résident du quartier Des Oiseaux.

En juillet 2021, le gouvernement caquiste s’appuyait sur un rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement pour rejeter le projet Énergie Saguenay, de GNL Québec. Cette usine de liquéfaction de gaz naturel devait être construite en plein complexe portuaire Saguenay et permettre la création de 300 emplois dans la région.

Legault, on a confiance en lui. [...] On va donner la chance au coureur.

 

En campagne électorale, le candidat conservateur dans Chicoutimi, Éric Girard — à ne pas confondre avec le ministre du même nom —, a plaidé à répétition pour la résurrection du projet annulé par la CAQ. Il est arrivé quatrième dans la circonscription, avec 8,4 % des voix.

« En faveur » de GNL Québec, l’électeur André Bouchard a tout de même voté pour la CAQ cette année. « Le Parti conservateur, il est pour le projet, mais, par contre, il y a des affaires que j’aime moins d’eux autres. Ils n’ont pas un bon leader. Ils se sont trop opposés aux mesures sanitaires, aux vaccins. Le gouvernement, il n’a pas fait ça pour le plaisir », indique le retraité.

Le PQ disparaît de la carte

 

Avant l’arrivée sur la scène politique d’Andrée Laforest, les résidents de Chicoutimi avaient la fièvre péquiste. Le Parti québécois (PQ) a fait élire quatre députés d’affilée entre 1973 et 2018. Parmi ceux-ci, l’ex-ministre Marc-André Bédard et son fils, Stéphane.

Photo: Charles-Frederick Ouellet Le Devoir Rue des Tourterelles dans le quartier Des Oiseaux à Saguenay

Or, la place de la formation politique au Saguenay–Lac-Saint-Jean s’étiole. La candidate du PQ dans Chicoutimi cette année, Alice Villeneuve, a récolté 14,2 % des suffrages au dernier scrutin. Dans la circonscription d’à côté, Jonquière, considérée comme le dernier bastion péquiste de la région, le caquiste Yannick Gagnon a tout rasé le 3 octobre.

Avant 2018, Lisette St-Pierre a longtemps voté pour le PQ. « Je croyais beaucoup à ça. Mais là, ils en parlaient de moins en moins, de l’indépendance du Québec. On dirait que ce n’était plus dans leur mandat premier. […] Tranquillement, je me suis tassée, puis la CAQ est apparue », lance-t-elle.

Maurice Gagné et Rita Tremblay, eux, « étaient rouges » jusqu’en 2018. « On n’est pas “teindus”comme avant », dit Mme Tremblay, assise sur un canapé de son domicile situé en plein coeur du quartier Des Oiseaux.

« Legault, on a confiance en lui. […] On va donner la chance au coureur », ajoute M. Gagné, la voix en partie enterrée par le son de son téléviseur branché sur LCN.

En 2018, c’est le village de Saint-Jules, en Beauce, qui avait été couronné capitale du caquisme, avec 85 % des appuis au parti de François Legault. Quatre ans plus tard, le village a failli basculer entre les mains du PCQ : la formation a obtenu un point de pourcentage de moins que la CAQ (46 % contre 47 %).

Comme quoi un mandat peut tout changer.

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