Pour qui ont voté vos voisins?

Quel parti politique a obtenu la faveur populaire dans votre coin de pays ?
Photo: Le Devoir Quel parti politique a obtenu la faveur populaire dans votre coin de pays ?

Le Devoir a cartographié les résultats détaillés des dernières élections générales, qui ont été mis en ligne par Élections Québec il y a quelques jours. Quel parti politique a obtenu la faveur populaire dans votre coin de pays ? La réponse se trouve dans notre carte interactive.
 

 
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On y voit les résultats non seulement dans les 125 circonscriptions, mais aussi dans les quelque 16 450 sections de vote à travers le Québec. Cette carte interactive vous permet de voir qui a voté pour qui dans chacune d’elles. Il suffit d’entrer une adresse ou un code postal dans la barre de recherche en haut de la carte ou encore de zoomer ici et là. À Montréal, une section de vote équivaut à un pâté de maisons.

La Coalition avenir Québec (CAQ) étend ses frontières. Malgré les percées du Parti conservateur du Québec (PCQ), le parti politique de François Legault a obtenu, le 3 octobre dernier, le plus grand nombre de voix dans 64 % des sections de vote, comparativement à 60 % en 2018. Le jour du scrutin, la CAQ a obtenu le plus de votes dans la totalité des sections de vote de 11 circonscriptions, comparativement à deux pour le Parti libéral du Québec (PLQ ; Jacques-Cartier et Robert-Baldwin), une pour Québec solidaire (QS ; Gouin) et une pour le Parti québécois (PQ ; Matane-Matapédia), constate Le Devoir après avoir décortiqué les données d’Élections Québec. Les couleurs du PLQ et du PQ — qui se sont échangé le pouvoir de 1970 à 2018 —, elles, s’effacent encore plus de la carte.

Ces résultats ne prennent pas en compte le vote par anticipation, puisque dans ce cas, les bulletins de vote de plusieurs sections sont mêlés les uns aux autres dans une même boîte. D’ailleurs, le taux de vote par anticipation varie largement d’une circonscription à l’autre, entre un minimum de 9 % dans Ungava et un maximum de 41 % dans Louis-Hébert. Les bulletins des citoyens qui ont voté dans les bureaux des directeurs du scrutin ou dans un établissement scolaire sont exclus pour les mêmes raisons.

La plus grande proportion de caquistes

Saint-Jules (Beauce-Nord) a perdu le titre de coin de pays le plus caquiste du Québec au profit du quartier Des oiseaux, à Saguenay (Chicoutimi). Plus de 80 % des électeurs des rues des Jaseurs, des Cigognes, des Condors et des Albatros ont appuyé leur candidate caquiste, Andrée Laforest, le 3 octobre dernier.

En 2018, près de 85 % de la population de la municipalité de Saint-Jules, en Beauce, avait voté pour la CAQ. C’était plus que partout ailleurs au Québec. Mais, au fil des quatre dernières années, plusieurs électeurs de Saint-Jules ont tourné le dos à la CAQ au profit du PCQ. La proportion de caquistes s’est grandement resserrée, passant de 85 % à 47 %. Le vote conservateur est passé de moins de 1 % en 2018 à 46 % en 2022. Les Saint-Julois ne sont pas différents des autres Beaucerons : ils étaient déchirés entre la CAQ et le PCQ le jour du scrutin. La section de vote la plus conservatrice est d’ailleurs en Beauce, à Saint-Honoré-de-Shenley, à 35 minutes de route de Saint-Jules. Plus des deux tiers des électeurs (68 %) se sont rangés derrière Éric Duhaime (153 électeurs sur 225) le 3 octobre.

Par ailleurs, le bout de pays le plus libéral ne se trouve pas à Montréal, mais dans l’archipel des îles de la Madeleine. En effet, 85 % des électeurs de Grosse-Île, qui abrite bon nombre de descendants d’Écossais, ont appuyé l’équipe de Dominique Anglade. Le coin de rue le plus solidaire se trouve pour sa part dans la circonscription de Gouin — quadrilatère formé des rues Saint-Denis (ouest), Saint-Vallier (est), Bélanger (sud) et Jean-Talon (nord) —, qui est représentée à l’Assemblée nationale par QS depuis l’automne érable, d’abord par Françoise David (2012-2017) puis par Gabriel Nadeau-Dubois (en poste depuis 2017). Les électeurs de Saint-Jean-de-Cherbourg, eux, appuient massivement le PQ et leur député Pascal Bérubé.

Proche et loin de la fonderie Horne

Dans Rouyn-Noranda–Témiscamingue, les données mettent en lumière la division profonde des citoyens sur l’enjeu de la fonderie Horne, qui bénéficie d’une exemption pour émettre jusqu’à 33 fois plus d’arsenic par mètre cube que la norme de Québec, établie à 3 ng/m3. L’ancienne députée solidaire Émilise Lessard-Therrien en a fait son principal cheval de bataille depuis la publication, cet été, d’une lettre ouverte de médecins de la région qui dénonçait les conséquences du rejet de métaux lourds dans l’air sur la santé des habitants.

La jeune agricultrice a fait son entrée à l’Assemblée nationale en 2018 après avoir fait campagne sur la nécessité de lutter contre les changements climatiques. Elle avait alors remporté 58 sections de vote, un nombre qui a fondu cette année à seulement 28, qui se concentrent près de la fonderie par rapport au dernier scrutin. Une seule section a d’ailleurs franchi le cap des 50 % de votes pour QS dans la circonscription, et c’est l’une des trois sections résidentielles situées à proximité de la fonderie (no 110). Le tout jette un nouvel éclairage sur cette victoire de la CAQ, qui prend plutôt position pour un dialogue avec Glencore et la réduction des émissions de métaux lourds au cours des cinq prochaines années.

Le vote éclaté des Autochtones

Les tendances des communautés autochtones se dessinent par nation. Les communautés atikamekw, cries et innues ont voté massivement pour QS. À Mingan (innue), dans la circonscription de Duplessis, 45 des 46 électeurs qui se sont prononcés le 3 octobre l’ont fait en faveur de Québec solidaire. C’est aussi le cas de 94 % des 132 électeurs de Waswanipi (crie), la communauté dont est issue celle qui était candidate solidaire dans Ungava, Maïtée Labrecque-Saganash.

Kateri Champagne Jourdain, la première femme d’une Première Nation élue à l’Assemblée nationale, n’aura convaincu que partiellement les membres de sa communauté de la Côte-Nord, Uashat Mak Mani-utenam. Cinq des six sections de vote qui correspondent à leur territoire ont opté pour QS, contre une seule pour la CAQ.

Les 15 communautés inuites, toutes situées dans la circonscription d’Ungava, ont quant à elles unanimement voté pour le Parti libéral, représenté par l’ancien maire de Kuujjuaq Tunu Napartuk. Dominique Anglade a été la seule cheffe de parti à faire le voyage jusqu’au Nunavik durant la campagne, appelant les Cris et les Inuits à voter en grand nombre. C’est toutefois Denis Lamothe, de la CAQ, qui a remporté le siège.

Les conservateurs hors de Québec

Le PCQ a été déclaré gagnant dans 79 sections de vote dans Beauce-Nord, soit 2,1 fois plus que la CAQ (37), et 91 sections de vote dans Beauce-Sud, soit 2,2 fois plus que la CAQ (42). Les caquistes Luc Provençal (Beauce-Nord) et Samuel Poulin (Beauce-Sud) sont toutefois parvenus à se faire réélire : le premier avec 202 votes d’avance ; le second avec 428 votes d’avance. Le PCQ a obtenu la faveur populaire à quelques endroits hors de la grande région de Québec, à commencer par des municipalités anglophones de l’île de Montréal comme Hampstead et Côte-Saint-Luc. Cela dit, dans D’Arcy-McGee, les conservateurs ont obtenu la victoire dans 14 des 148 sections de vote de la circonscription.

Certains secteurs de Chomedey, à Laval, ont aussi vu un bond des appuis au PCQ. Une bonne majorité (55 %) des électeurs du secteur bordant la 100e Avenue entre le boulevard Notre-Dame et le boulevard Normandie ont appuyé l’équipe d’Éric Duhaime.

Le PCQ a aussi fait bonne figure au nord de Shawinigan, où il a emporté la majorité des voix le jour du scrutin. En effet, 34 % des électeurs des rives du lac à la Perchaude, du lac Barbotte et du lac du Canard ont voté pour le PCQ, comparativement à 27 % pour la CAQ, 17 % pour le PQ, 16 % pour QS et 5 % pour le PLQ. Sinon, leurs voisins, y compris ceux vivant sur les berges du lac des Piles, ont d’abord voté pour la candidate caquiste Marie-Louise Tardif.

Le rouleau compresseur Pascal Bérubé

S’il y a une étendue de bleu péquiste sur la carte politique, c’est en grande partie grâce à Pascal Bérubé. En effet, les électeurs de Matane-Matapédia ont encore fait bloc derrière le péquiste, y compris ceux d’expression anglaise qui ont élu domicile à Métis Beach. Là, les électeurs ont préféré le PQ (63 %) à la CAQ (15 %), à QS (8 %), au PCQ (8 %)… et au PLQ (6 %). Mais ce sont les électeurs de Saint-Jean-de-Cherbourg qui sont les plus péquistes d’entre tous (84 %), où par ailleurs personne n’a voté pour le PLQ le 3 octobre, selon les données d’Élections Québec.

La Gaspésie a tourné en grande partie du « bleu PQ » au « bleu CAQ ». Les électeurs de New Carlisle (Bonaventure), où René Lévesque a grandi, ont pour leur part appuyé le 3 octobre dernier d’abord le PCQ (34 %), puis le PLQ (31 %) et le PQ (12 %).

Un bout de l’est de Montréal, de part et d’autre de l’autoroute 25, est aussi « bleu PQ », au grand bonheur du chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, qui, après le désistement de la candidate solidaire voleuse de dépliants, a réussi à battre le député caquiste — et candidat à sa propre succession — Richard Campeau. Les partisans d’une convergence entre le PQ et QS, qui pourrait notamment se traduire par des pactes de non-agression dans certaines circonscriptions clés, y verront peut-être la démonstration que l’absence d’un des deux partis « indépendantistes, progressistes et écologistes » d’une course complique drôlement les choses pour la CAQ.

Percées d’autres partis à Montréal

Bloc Montréal (BM) a réussi à se tailler une place sur cette carte en remportant le plus de votes d’une section de la circonscription Saint-Laurent, à Montréal — soit près de la moitié des 178 bulletins de vote soumis le 3 octobre. Le parti mené par Balarama Holness comptait faire valoir les intérêts des Montréalais en assurant une plus grande autonomie financière à la métropole, notamment en s’assurant que 20 % de la TVQ générée dans la région de Montréal restent dans la métropole et en taxant de 5 $ les véhicules qui entrent sur l’île. BM n’a toutefois pas fait d’autres percées en première position ; il est arrivé 5e dans quatre sections de vote de Marguerite-Bourgeoys et une section de Robert-Baldwin.

Le Parti canadien du Québec (PCQ-CPQ) a quant à lui perdu son pari. C’est cette année que Colin Standish a lancé la formation, qui inscrit le bilinguisme de la province dans ses six principes fondamentaux, en réponse au virage nationaliste du PLQ. Son message n’a pourtant pas trouvé écho auprès des communautés anglophones : le PCQ-CPQ se classe dans les cinq premiers rangs à quatre endroits seulement, dans des sections de vote de Robert-Baldwin, de D’Arcy-McGee et de Saint-Laurent, trois circonscriptions de l’ouest de Montréal.

Méthodologie

Le Devoir a analysé les résultats des élections générales de 2022 par sections de vote à partir des données ouvertes d’Élections Québec. Une section de vote regroupe les électeurs qui vivent dans un même périmètre. Le jour des élections, chaque section de vote correspond à un bureau de vote. Les résultats des sections où moins de 10 votes ont été déposés et de celles où un candidat a obtenu l’entièreté des voix ont été fusionnés à ceux d’une section à proximité. Certaines sections (code 999) correspondent à un territoire non organisé, où il n’y a pas d’électeur inscrit et donc pas de résultat. D’autres (portant les codes 500 à 599) correspondent à des résidences pour aînés ou à des centres d’hébergement et de soins de longue durée. Leurs résultats correspondent aux cases « sans données » sur la carte puisqu’ils ont aussi été fusionnés à ceux d’une autre section.



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