Plaidoyer pour une Hydro-Québec de la fibre optique

Resté sur la touche après la formation du dernier Conseil des ministres, le député caquiste Gilles Bélanger croit que l’équivalent d’une Hydro-Québec de la fibre optique pourrait voir le jour en s’appuyant sur un fonds de trois milliards de dollars annoncé par son parti durant la campagne électorale.

M. Bélanger, qui a été responsable de développer Internet haute vitesse en région durant le dernier mandat, estime que l’État a un rôle à jouer pour améliorer la connectivité des réseaux numériques du Québec. « On a déjà nationalisé l’électricité, a-t-il souligné dans une entrevue au Devoir. Ça a été un levier économique incroyable pour les régions. Maintenant, pour la connectivité, quel est le rôle que l’État peut jouer ? »

L’objectif est de combler le retard dans la modernisation du réseau, en prévision notamment de l’arrivée de la 5G, indispensable au développement de la télémédecine et aux véhicules autonomes. La connexion de 20 % des 4,3 millions de foyers québécois est encore ralentie par des réseaux en cuivre, évalue M. Bélanger.

« Est-ce que l’État devrait jouer un rôle dans cette connectivité ? Moi, je crois que oui, a-t-il dit. Je crois que ça peut contribuer à la richesse du Québec, surtout avec notre situation géopolitique et notre énergie renouvelable. »

L’accès au réseau de fibre optique qui serait créé pourrait être offert aux entreprises de télécommunications et du numérique sur la base d’une tarification établie par une société d’État créée à cette fin. « La société d’État pourrait avoir de la fibre non activée dans laquelle des fournisseurs pourraient envoyer de l’information », explique M. Bélanger.

Rattaché aux Finances

Durant la campagne électorale, François Legault a annoncé la création du fonds Infrastructures et données, doté de trois milliards. La formation politique espère générer au total près de huit milliards d’investissements, grâce à 4,7 milliards qui proviendraient du secteur privé.

« L’électricité a été un grand moteur de développement du XXe siècle, déclarait à l’été M. Legault. Au XXIe siècle, c’est la transmission des données numériques qui va être de plus en plus le grand moteur de développement. »

M. Bélanger, qui était présent l’été dernier à cette annonce, veut continuer à s’impliquer dans le projet.

Selon deux sources, le fonds de trois milliards sera rattaché au portefeuille du ministre des Finances, Eric Girard, qui aurait vraisemblablement M. Bélanger comme nouvel adjoint parlementaire.

Après l’annonce de la composition du nouveau Conseil des ministres, M. Bélanger, député d’Orford, avait exprimé sa déception de ne pas en faire partie. Il s’était toutefois rallié à la décision de M. Legault, dont il a été l’adjoint parlementaire durant le dernier mandat.


Hydro-Québec et le MTQ

En complétant le réseau de fibre optique du Québec, M. Bélanger souhaite attirer des entreprises. La perspective de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) grâce à l’hydroélectricité serait un avantage supplémentaire, croit le député.

M. Legault a d’ailleurs mis sur pied un comité qui déterminera comment l’hydroélectricité sera utilisée pour faire diminuer les GES et développer l’économie. Le ministre Girard et son collègue à l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en font partie.

Hydro-Québec pourrait être sollicitée à double titre dans le développement de la connectivité. En plus de ses tarifs avantageux, elle pourrait installer de la fibre optique non activée à travers son réseau de distribution. Même chose pour le réseau du ministère des Transports du Québec (MTQ), estime M. Bélanger. « Quand tu fais une route, sur la base de la route, il devrait y avoir de la fibre noire, soit dans la chaussée primaire ou secondaire », explique M. Bélanger.

Selon le député, le Québec pourrait se positionner comme une porte d’entrée numérique en Amérique du Nord.

Les retombées économiques de l’implication de l’État se feraient sentir rapidement. M. Bélanger s’attend à une moyenne annuelle de quatre milliards de dollars d’ici 2030.

Mille fois plus de clients

Professeure en génie électrique à l’Université Laval, chercheuse au Centre d’optique, photonique et laser et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en systèmes de communications en appui à l’informatique en nuage, Leslie Rusch croit que le gouvernement doit jouer un rôle dans le développement de la fibre optique, notamment parce que le secteur privé est parfois moins motivé à le faire.

« Dans les régions plus éloignées où la population est moins dense, cela peut prendre des années avant qu’une compagnie récupère son investissement », dit-elle.

Remplacer le réseau de cuivre par de la fibre optique, qui peut servir pour 1000 fois plus de clients, coûte cher également à Montréal, où les fils sont enfouis.

« C’est jamais le coût de la fibre elle-même, qui est assez bon marché : c’est l’installation qui coûte très cher », explique Mme Rusch.

Hydro-Québec a indiqué au Devoir ne pas avoir étudié la possibilité d’utiliser ses emprises pour y mettre de la fibre noire afin de développer le réseau de fibre optique.

L’Association canadienne des télécommunications sans fil (ACTS), qui représente les entreprises du secteur, n’a pas voulu dire s’il est réaliste pour le gouvernement de s’attendre à une participation financière de 4,7 milliards de ses membres. « L’industrie des télécommunications a investi des milliards de dollars pour augmenter la couverture, tout en étant partenaire des gouvernements pour relier les régions les plus difficiles à desservir », s’est contenté d’indiquer le président de l’ACTS, Robert Ghiz.

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