Éric Duhaime dans la mire des fâchés

Éric Duhaimerépète sur tous les tons quele PCQ, qui aobtenu l’appui de 530 786 électeurs le 3 octobre dernier, est simplementvictime de la distorsion électorale causée par le mode de scrutin uninominal à un tour actuel, mais rien n’y fait.
Jacques Boissinot La Presse canadienne Éric Duhaimerépète sur tous les tons quele PCQ, qui aobtenu l’appui de 530 786 électeurs le 3 octobre dernier, est simplementvictime de la distorsion électorale causée par le mode de scrutin uninominal à un tour actuel, mais rien n’y fait.

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, fait face (à son tour) à la grogne des « antivax » avec qui il a flirté durant la pandémie de COVID-19, mais pas seulement eux.

Sous sa direction, le PCQ a recueilli 12,91 % des votes aux dernières élections générales, comparativement à 1,46 % des votes quatre ans plus tôt, ce qui lui assure notamment une allocation annuelle de quelque 1,4 million de dollars de la part de l’État québécois. Mais, il a échoué à remporter l’un ou l’autre des 125 sièges à l’Assemblée nationale. Et les mécontents sont nombreux.

Quelques-uns d’entre eux se feront voir et entendre dans un hôtel de Drummondville samedi. L’état-major du PCQ compte y faire le bilan de la dernière campagne électorale, mais sans plonger les personnes présentes dans un psychodrame.

Grogne des « complotistes »

Éric Duhaime s’est imposé comme le champion des personnes fâchées de la sévérité des mesures sanitaires avant même d’être élu à la tête du PCQ au printemps 2021. Il a employé un discours basé sur le libre-choix — le libre choix à recevoir le vaccin et sa suite de « boosters » ou non par exemple — auquel plus d’un Québécois a vite souscrit.

L’ex-animateur de radio s’est toutefois gardé d’accréditer (ou de discréditer) formellement les idées complotistes qui obsèdent certains opposants à des mesures sanitaires… du moins pendant un certain temps.

Le chef conservateur a dissipé le flou début septembre, et ce, à la demande des journalistes qui ne le quittaient pas d’une semelle durant la campagne électorale.

Il « reconnaî [t] le résultat démocratique des élections américaines » de 2020 à la faveur desquelles Joe Biden a obtenu les clés de la Maison-Blanche. Il ne voit « absolument pas » de lien entre la 5G, « ni les puces ni Bill Gates », et la pandémie de COVID-19. Éric Duhaime a balayé une à une les principales thèses complotistes qui étaient en vogue ces dernières années.

Certains n’en sont toujours pas revenus, ne trouvant rien de mieux, près d’un mois après le scrutin, qu’à casser du sucre sur le dos des reporters et leurs questions « niaiseuses ».

L’équipe d’Éric Duhaime a de nouveau pris le contre-pied des conspirationnistes cette semaine en reconnaissant la défaite de chacun des candidats ayant brigué les suffrages sous la bannière du PCQ — y compris celle d’Olivier Dumais, qui a obtenu à peine 202 voix de moins que son adversaire caquiste, Luc Provençal, dans la circonscription de Beauce-Nord.

Là, la figure de proue de la comploshère québécoise Alexis Cossette-Trudel et ses abonnés ne lui ont pas pardonné. « Il doit demander une enquête sur l’élection. On fait rire de nous. Si ça se fait pas j’ai pas trop le goût de renouveler ma carte de membre. Y a une limite à faire rire de nous », a écrit Chantale Audet dans le Groupe Facebook « Appuyons Éric Duhaime, chef du Parti conservateur du Québec (PCQ) » après avoir visionné la vidéo Retour sur la Fraude, d’Alexis Cossette-Trudel. Diffusée sur une plateforme Web de seconde zone, la vidéo qui s’ouvre sur des images de l’ex-président des États-Unis Donald Trump brandissant le poing et des avions de chasse tirant des missiles a été visionnée plus de 50 000 fois.

Pendant la campagne électorale, il a dit qu’il accepterait le résultat de l’élection, quel qu’il soit. Il ne fait absolument pas de millage là-dessus.

 

Éric Duhaime répète sur tous les tons que le PCQ, qui a obtenu l’appui de 530 786 électeurs le 3 octobre dernier, est simplement victime de la distorsion électorale causée par le mode de scrutin uninominal à un tour actuel, mais rien n’y fait.

« Pendant la campagne électorale, il a dit qu’il accepterait le résultat de l’élection, quel qu’il soit. Il ne fait absolument pas de millage là-dessus », estime le professeur à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Sherbrooke David Morin. Cela dit, « la colère, le discours anti-mesures sanitaires, le complotisme avaient quand même été capables de mobiliser une base militante importante pour le PCQ — qui n’est pas seulement complotiste. C’est quand même important de le dire puisqu’elle est beaucoup plus large que cela. Ça explique aussi aujourd’hui pourquoi une partie des complotistes sont très insatisfaits des résultats [du scrutin du 3 octobre dernier] en raison du manque de représentativité du PCQ à l’Assemblée nationale du Québec — ça, c’est un autre débat — et par la posture du chef, etc. vis-à-vis des discours plus radicaux », ajoute le titulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents (UNESCO-PREV).

Près de la moitié (49 %) des sympathisants conservateurs adhéraient à des théories du complot contre 31 % des sympathisants libéraux et 28,7 % des sympathisants péquistes, selon une étude de la Chaire UNESCO-PREV publiée en juin dernier.

Grogne des réalistes

 

La blogueuse Joanne Marcotte, avec qui Éric Duhaime a fondé le Réseau Liberté-Québec (RLQ) en 2010, reproche au PCQ d’avoir flirté avec des « coucous » trop longtemps.

Elle presse le PCQ à reprendre le flambeau de « la liberté individuelle et économique » et du « gros bon sens » dans la gestion des affaires publiques, tout en défendant un nationalisme « rassembleur » qui sonne bien à l’oreille non seulement des francophones inquiets de l’avenir de leur langue, mais aussi des anglophones et des allophones. « L’entourage d’Éric actuellement […] est un peu trop axé à mon avis sur le “caribouisme” », a-t-elle aussi soutenu au micro de l’émission Maurais Live cette semaine, invitant du même souffle Éric Duhaime à remanier son équipe d’ici la fin de l’année.

Des militants consultés par Le Devoir trouvent quant à eux que le PCQ a déployé trop d’énergie à courtiser les anglophones en répétant dans les deux langues officielles du Canada vouloir abroger la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (loi 96) et pas assez dans les circonscriptions susceptibles de passer du bleu-CAQ au bleu-PCQ… où la loi 96 est populaire.

D’autres en veulent à Éric Duhaime pour avoir « mal géré » l’affaire des taxes municipales qu’il avait tardé à payer qui a éclaté en pleine campagne électorale.

À l’approche de la rencontre postélectorale de Drummondville, l’animateur de CHOI Radio X, Dominic Maurais — qui a développé une complicité avec Éric Duhaime — a rappelé à ses auditeurs militant au PCQ que « la complaisance, c’est un piège ».

Avec Isabelle Porter

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