Près du tiers des partisans du PCQ doutent des derniers résultats électoraux

Environ 30% des partisans du PCQ n’auraient pas confiance en l’intégrité des élections, selon un projet de recherche mené par l’Université McGill.
Photo: Graham Hughes La Presse canadien Environ 30% des partisans du PCQ n’auraient pas confiance en l’intégrité des élections, selon un projet de recherche mené par l’Université McGill.

Les partisans du Parti conservateur du Québec (PCQ) sont trois fois plus nombreux que les autres à remettre en question les résultats des élections du 3 octobre dernier, selon une récente recherche. Un phénomène découlant de la désinformation grandissante sur les fraudes électorales qui circule sur les réseaux sociaux.

« C’est un des principaux narratifs de désinformation qu’on a observés pendant la campagne », remarque Mathieu Lavigne, directeur du Projet de recherche sur la désinformation électorale au Québec de l’Université McGill. « La désinformation a tourné autour de toutes les étapes du processus de vote. L’utilisation du crayon pour voter, le vote par anticipation, le vote par correspondance, la manière dont les votes sont comptés, l’utilisation de machines pour compter les votes, etc. »

Selon les études menées par son équipe lors de la campagne, environ 30 % des partisans du PCQ disaient ne pas avoir confiance en l’intégrité des élections, contre 10 % chez les autres partis. Les résultats complets de l’exercice doivent être publiés au début de l’année prochaine. De plus, 15 % d’entre eux ne croient pas que Biden était le gagnant légitime de l’élection de 2020.

Les chercheurs ont sondé en ligne 100 électeurs chaque jour pendant la campagne (3500 personnes au total). Après le scrutin, ils ont de nouveau questionné 1500 d’entre eux, mais leurs réponses n’avaient pas beaucoup changé.

Le PCQ ne souscrit pas à la thèse de la fraude électorale. « Nous reconnaissons le résultat de l’élection », a répondu au Devoir le porte-parole du parti, Cédric Lapointe. « Plusieurs sont déçus de la distorsion électorale historique qu’a subie le Parti conservateur », a-t-il ajouté, en notant que la formation politique a été particulièrement désavantagée par le mode de scrutin actuel.

Mais sur la page Facebook « Appuyons Éric Duhaime », qui compte 22 000 membres, de nombreux internautes ont dénoncé une « élection truquée » au lendemain du scrutin. Au point où l’administrateur de la page, Jean Alex Martin, est intervenu pour leur indiquer que ce n’était pas possible. Le débat y a été relancé le 21 octobre, quand un partisan a réclamé la tenue d’une enquête sur la fraude électorale. Joint par Le Devoir, M. Martin a affirmé qu’il y avait selon lui « une confusion » chez les gens « entre le mot “fraude” et le mot “irrégularité” ».

Critiqué par les complotistes

Dans une récente vidéo, l’influenceur complotiste Alexis Cossette-Trudel avance qu’Éric Duhaime a été victime d’une « fraude électorale » de « grande envergure » tout en reprochant au chef conservateur de ne pas la dénoncer. Elle a été visionnée près de 50 000 fois.

M. Cossette-Trudel soutient ainsi qu’à l’instar des partisans de Donald Trump, les électeurs d’Éric Duhaime auraient été victimes d’une erreur informatique planifiée. « Ils ont tellement poussé pour empêcher le PCQ de rentrer deuxième chez les francophones qu’on voit toutes sortes d’irrégularités », dit-il. La Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple, une organisation complotiste, a quant à elle fait circuler un sondage afin de recueillir des témoignages sur des anomalies électorales.

Selon le chercheur Lavigne, les partisans conservateurs sont plus susceptibles d’adhérer à ces théories pour une série de raisons, notamment parce qu’ils ont… perdu. « De manière générale, les gagnants ont plus confiance dans le processus et moins tendance à croire qu’il y a de la fraude. »

C’est d’ailleurs arrivé par le passé aux tenants d’autres options politiques de croire à l’existence d’une quelconque fraude, signale-t-il, comme les partisans du Oui en 1995 qui pensaient que le référendum avait été « volé d’une manière ou d’une autre ».

Mais dans le cas des militants conservateurs, cette plus forte adhésion pourrait également avoir été influencée par le discours du parti. « Éric Duhaime a répété à plusieurs reprises pendant la campagne que le PCQ était le parti qui avait le plus de membres et qu’il attirait plus de gens dans ses événements de campagne. Du point de vue des partisans, on s’attendait à un meilleur score. »

Les perceptions préalables des militants conservateurs pourraient aussi jouer un rôle dans ces croyances. M. Lavigne mentionne en outre qu’ils composent une frange de l’électorat qui est « très méfiante envers les institutions politiques, médiatiques et scientifiques » au départ, ce qui peut « augmenter la probabilité d’adhérer aux théories du complot ».

Pas de souci avec la liste électorale

L’équipe d’Élections Québec est formelle : il n’y a pas eu de problème informatique avec la liste électorale cet automne au Québec. Et ce, à toutes les étapes du processus (extraction de la liste, révision, envoi des informations aux électeurs, carte de rappel, etc.).

« Nous rencontrons chaque élection des cas d’électeurs qui se présentent pour voter sans avoir préalablement vérifié leur inscription sur la liste électorale », a indiqué son porte-parole par écrit lundi.

Aux États-Unis, les tentatives du clan de Donald Trump d’imputer sa défaite en 2020 à une vaste fraude électorale n’ont jamais passé l’épreuve des faits. Mais l’idée demeure très populaire dans les rangs républicains, où plus de 370 candidats aux élections législatives de mi-mandat se disent adeptes du « grand mensonge ».

Au Québec, l’impact de ce discours est resté dans l’ensemble « très minoritaire » et « campé dans la sphère complotiste », constate David Morin, cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents (UNESCO-PREV). Or, il faudra surveiller ce qui se passera aux prochaines élections, selon lui. « M. Duhaime a immédiatement indiqué qu’il reconnaîtrait les résultats, il ne fait absolument pas de millage là-dessus. Mais qu’est-ce qui se serait passé si… ? » se demande-t-il.

« Jusqu’où va aller ce discours qui est pour l’instant cantonné aux médias alternatifs et à la “complosphère” ? […] Que se passerait-il si un leader qui fait 12, 13, 15 % faisait la même chose ? C’est ça, la question. »
 



Une version précédente de ce texte, qui nommait Olivier Morin comme cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents, a été modifiée. Il s'agit bien de David Morin.

 

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