Un trio de choc pour l’avènement d’une deuxième métropole

Même si Geneviève Guilbault n’en a plus la responsabilité directe, la région de la Capitale-Nationale tiendra encore occupée la nouvelle titulaire des Transports.
Jacques Boissinot La Presse canadienne Même si Geneviève Guilbault n’en a plus la responsabilité directe, la région de la Capitale-Nationale tiendra encore occupée la nouvelle titulaire des Transports.

Le premier ministre François Legault l’a répété tout au long de la campagne : il nourrit de grandes ambitions pour Québec, qu’il rêve en deuxième métropole. Son nouveau Conseil des ministres accorde une place de choix à la capitale nationale, à ses dossiers de transport et à la Rive-Sud, qui fait deux entrées plutôt qu’une à l’exécutif.

Troisième lien, tramway, pont de Québec ou pont du Saguenay : la région de la Capitale-Nationale, même si elle n’en a plus la responsabilité directe, tiendra encore occupée la nouvelle titulaire des Transports, Geneviève Guilbault.

« Elle prend sérieusement du galon, indique Thierry Giasson, directeur du Département de science politique de l’Université Laval. Les transports, c’est un énorme ministère qui dispose de budgets astronomiques. »

La vice-première ministre pilote désormais des projets colossaux qui divisent particulièrement la population de Québec. Certains lui ont reproché son manque de ferveur à défendre le tramway. D’autres, son empressement à embrasser le troisième lien. En point de presse, dans les instants qui ont suivi sa nomination, Geneviève Guilbault a assuré « avoir toujours été derrière le tramway » et a insisté, quatre fois plutôt qu’une, pour dire que « des défis de communication » demeurent à résoudre à propos du tunnel Québec-Lévis.

« Ce sera à moi, a-t-elle indiqué, de relever ce défi […] avec mes collègues des deux régions. » Même si elle tient le volant des Transports, Geneviève Guilbault pourra compter en effet sur deux importants copilotes pour mener les chantiers caquistes à bon port.

Un allié en Jonatan Julien

 

Jonatan Julien la remplace à titre de ministre responsable de la Capitale-Nationale, et il devrait collaborer étroitement avec elle à titre de ministre des Infrastructures. « Nous aurons un duo de choc », prédit Thierry Chiasson.

Ancien vice-président du comité exécutif sous l’ère Labeaume, à Québec, Jonatan Julien « connaît la machine municipale et connaît le budget de la Ville, souligne le politologue. Ce sera lui, l’interlocuteur, et ce sera à lui de servir d’intermédiaire si les relations deviennent tendues entre le maire Bruno Marchand et Geneviève Guilbault ».

« J’ai hâte de voir comment la CAQ [Coalition avenir Québec] va utiliser ces deux joueurs-là, ajoute Philippe Dubois, professeur à l’ENAP. Est-ce que ce seront les deux côtés d’une même médaille, un genre de bon cop, badcop ? »

À l’hôtel de ville de Québec, le maire Bruno Marchand et le chef de l’opposition, Claude Villeneuve — qui a déjà qualifié Mme Guilbault de « pire ministre de la Capitale-Nationale » —, saluent la nomination de Jonatan Julien.

« C’est une bonne nouvelle qu’il soit passé par la Ville, indique le maire Marchand. Dans les conversations qu’on a eues ensemble cet été et durant la campagne, c’était un allié du tramway dont nous avions besoin comme ministre de la Capitale-Nationale, et c’est ce qu’il m’a dit qu’il serait. »

C’est désormais à Geneviève Guilbault de prouver son appui au tramway, selon le maire Marchand. « On s’attend à ça pour des questions d’économie, de changements climatiques et de vie citoyenne […] Si un ministre des Transports ne se range pas derrière le tramway, c’est qu’on a un ministre des Transports des années 1980. »

La Rive-Sud prend du galon

 

Un troisième joueur viendra compléter le duo Julien-Guilbault. Bernard Drainville, ministre de l’Éducation, mais aussi élu de Lévis et responsable de Chaudière-Appalaches, défend à chaque détour le troisième lien. La campagne commençait à peine qu’il lançait un « lâchez-moi avec les GES » destiné à entrer dans les annales de ces élections.

« Bernard Drainville a signalé qu’il avait visiblement quelque chose à dire sur le troisième lien, explique Philippe Dubois, de l’ENAP. Il a fait du maire de Lévis, Gilles Lehouillier, son plus grand allié, et il s’agit d’un des plus ardents défenseurs du troisième lien. C’est clair qu’il va mettre tout son poids politique derrière le projet. »

La Rive-Sud gagne en importance au cabinet. En plus de Bernard Drainville, Martine Biron, élue dans la circonscription de Chutes-de-la-Chaudière, fait aussi son entrée à l’exécutif, au grand bonheur du maire de Lévis.

« On a l’[occasion] idéale de créer une deuxième zone d’influence, cette deuxième métropole dont parle le premier ministre. C’est de bon augure ! » a-t-il lancé après la nomination du nouveau conseil.

« Ça va faire beaucoup de monde qui s’intéressera aux thèmes touchant la région de Québec à la table des ministres », souligne M. Dubois. Dans ce contexte, la pression peut sembler s’accentuer sur le maire de la ville. Toutefois, conclut le politologue Thierry Giasson, lui aussi dispose d’un mandat fort pour camper ses positions.

« Le conseil municipal est composé, dans une très forte majorité, d’élus qui appuient le tramway et s’opposent au troisième lien. À sa manière, Bruno Marchand aussi a la légitimité démocratique nécessaire pour défendre ses idées. Ça va être, assurément, des discussions animées. »

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