Le cabinet de la continuité

Christian Dubé et François Legault après l’assermentation des ministres, jeudi. Legault avait déjà répété durant la campagne électorale que Dubé resterait ministre de la Santé.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Christian Dubé et François Legault après l’assermentation des ministres, jeudi. Legault avait déjà répété durant la campagne électorale que Dubé resterait ministre de la Santé.

François Legault a dévoilé jeudi un Conseil des ministres marqué par un savant dosage de continuité et de nouveauté, au terme d’une opération qui a ajouté Hydro-Québec à l’arsenal économique de Pierre Fitzgibbon.

Sur les 30 ministres assermentés au Salon rouge, 20 faisaient partie du dernier gouvernement. De ce nombre, pas moins de 13 ont été maintenus dans la principale fonction qu’ils exerçaient, à quelques ajustements près. Au total, 9 députés élus pour la première fois le 3 octobre ont obtenu un accès direct au saint des saints.

Le précédent Conseil des ministres caquiste comptait 26 ministres. M. Legault a respecté son engagement de maintenir la parité en nommant 16 hommes et 14 femmes, jeudi.

Dans un discours qui a suivi la cérémonie, le premier ministre Legault a mis en avant son équipe et rappelé que le slogan de sa campagne était « Continuons ».

« On a une équipe qui est vraiment capable de changer le Québec. Je vais mettre quelque chose au clair : c’était marqué “Continuons” pendant la campagne. C’est un peu comme être progressiste-conservateur. C’est : continuons de changer le Québec », a-t-il déclaré en provoquant les applaudissements de son auditoire composé de ses députés, d’employés et de proches des ministres.

À la tête d’un caucus qui est passé de 75 à 89 députés, M. Legault a montré qu’il est bien conscient que ses choix l’exposent à des insatisfactions dans ses rangs. Il a affirmé que ses 30 ministres devront travailler étroitement avec les autres élus caquistes.

« Je vois tous les députés qui sont là, a-t-il dit. C’est un exercice humain qui est déchirant, surtout quand on voit la qualité des 90 députés qu’on a. »

Avant la cérémonie, lors d’un exceptionnel échange avec les journalistes, le directeur de cabinet du premier ministre, Martin Koskinen, a rejeté l’hypothèse que le choix de maintenir plusieurs ministres en poste a été fait pour réduire le risque de créer des mécontents.

« L’objectif, c’est d’avoir une équipe expérimentée, a-t-il dit. En 2018, on n’avait pas ce privilège-là. »

Des ténors et des nouveaux

Des ténors, dont Sonia LeBel, au Conseil du trésor, Simon Jolin-Barrette, à la Justice, Benoit Charette, à l’Environnement, ont conservé leur poste. Sans surprise, Eric Girard demeure ministre des Finances. M. Legault avait déjà répété durant la campagne que Christian Dubé poursuivrait comme ministre de la Santé.

Les officiers parlementaires demeurent inchangés. M. Jolin-Barrette reste leader en Chambre. Éric Lefebvre continue à titre de whip en chef, et Mario Laframboise garde la fonction de président du caucus.

Parmi les nouveaux venus, l’ex-ministre péquiste Bernard Drainville hérite de l’Éducation. Sa collègue Martine Biron sera titulaire des Relations internationales et de la Francophonie. Élue sur la Côte-Nord, Kateri Champagne Jourdain sera ministre de l’Emploi et responsable de sa région.

Christine Fréchette, qui a été directrice adjointe de cabinet de Jean-François Lisée dans le dernier gouvernement péquiste, a été nommée ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.

Fitzgibbon et hydroélectricité

Homme fort de M. Legault sur le front économique lors du dernier mandat, Pierre Fitzgibbon a reçu jeudi le portefeuille de l’Énergie, incluant Hydro-Québec, ainsi que la responsabilité de Montréal et sa région, qui se sont ajoutés à son titre de ministre de l’Économie.

Cette perspective avait déjà fuité il y a quelques jours après que la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, a exprimé ses préoccupations pour le maintien de l’indépendance de la société d’État face aux projets d’utilisation d’hydroélectricité à bas prix pour stimuler le développement économique.

Jeudi, M. Legault a affirmé qu’Hydro-Québec jouera un « rôle crucial » pour accélérer la transition énergétique dans le but d’éliminer les gaz à effet de serre d’ici 2050 au Québec. Il a toutefois donné l’indication que M. Fitzgibbon ne sera pas laissé à lui-même dans les dossiers où le développement économique et la transition énergétique se croisent.

Un comité présidé par M. Legault réunira le ministre de l’Économie et ses collègues aux Finances, à l’Environnement et aux relations avec les Autochtones ainsi que Mme Brochu. Le chef du gouvernement a expliqué qu’il s’était d’ailleurs entretenu avec Mme Brochu avant d’annoncer sa création.

« On partage le même objectif, a-t-il dit. Nous assurer qu’Hydro-Québec évolue de façon ordonnée au bénéfice de tous les Québécois, y compris bien sûr les prochaines générations. »

Dans un point de presse qui a suivi, M. Fitzgibbon a réagi aux propos de Mme Brochu, qui avait mis en garde contre la tentation de transformer Hydro-Québec en « magasin à une piastre de l’électricité dans le monde ».

« Il faut faire attention, a dit le ministre. Moi, je trouve ça un peu particulier de penser que les entreprises penseraient juste à avoir l’électricité à un sou. Ce n’est pas ça. Les entreprises, ce qu’elles veulent ultimement, c’est des produits verts. »

M. Fitzgibbon a affirmé que le comité sera notamment chargé de déterminer comment s’établiront les priorités entre les projets de transition et de développement économique.

« Les deux sont ne sont pas en porte-à-faux, a-t-il dit. On peut verdir l’économie. »

Des rétrogradations

Après avoir suscité la controverse en toute fin de campagne électorale avec ses propos sur l’Immigration, Jean Boulet a réussi à garder un siège au conseil des ministres. Après avoir détenu les portefeuilles du Travail, de l’Emploi et de l’Immigration, il devra se contenter du Travail. Il sera également responsable de la région du Nord-du-Québec.

Ministre déléguée à l’Économie dans le dernier gouvernement, Lucie Lecours est redevenue simple députée tout comme son collègue Pierre Dufour, écarté du Conseil des ministres après avoir officié à la Forêt, à la Faune et aux Parcs.

La responsabilité de la Forêt a été ajoutée au titre de ministre des Ressources naturelles, accordé à une nouvelle venue, Maïté Blanchette Vézina. Benoit Charette a reçu la Faune et les Parcs, qui s’ajoutent à son portefeuille de l’Environnement.

Nathalie Roy, qui a été ministre de la Culture, a confirmé mercredi qu’elle veut devenir présidente de l’Assemblée nationale, une fonction incompatible avec un portefeuille ministériel.

Qui sont les nouveaux ministres à Québec?


Geneviève Guilbault
Vice-première ministre

Transports et Mobilité durable
 

Députée de Louis-Hébert, 39 ans

L’ancienne porte-parole du Bureau du coroner a été élue pour la première fois lors de la partielle dans Louis-Hébert en 2017. La numéro deux du gouvernement Legault conserve son titre de vice-première ministre. Elle passe toutefois de la Sécurité publique aux Transports.


Eric Girard
Finances, responsable des Relations avec les Québécois d’expression anglaise

Député de Groulx, 56 ans

M. Girard a dû affronter les turbulences provoquées par la COVID-19 et la guerre en Ukraine à titre de pilier économique du gouvernement Legault. Cet ancien vice-président de la Banque Nationale a déposé quatre budgets à titre de ministre des Finances.


Sonia LeBel
Responsable de l’Administration gouvernementale, présidente du Conseil du trésor

Députée de Champlain, 54 ans

La procureure vedette de la commission Charbonneau a été ministre de la Justice avant de prendre le relais de Christian Dubé au Conseil du trésor au cours de son premier mandat. Mme LeBel était aussi notamment ministre responsable des Relations canadiennes.


Christian Dubé
Santé

 

Député de La Prairie, 66 ans

Cet ancien administrateur de la Caisse de dépôt et placement du Québec a d’abord présidé le Conseil du trésor dans le premier gouvernement Legault. Il a été propulsé à la tête du ministère de la Santé au plus fort de la pandémie de COVID-19.


Christine Fréchette
Immigration, Francisation et Intégration

 

Députée de Sanguinet

La recrue caquiste a été directrice de cabinet adjointe du ministre péquiste Jean-François Lisée dans le gouvernement de Pauline Marois. Elle avait d’ailleurs démissionné à l’approche de la campagne électorale de 2014 en raison de son opposition à la Charte des valeurs québécoises.


Pierre Fitzgibbon
Économie, Innovation et Énergie, responsable du Développement économique régional

 

Député de Terrebonne, 67 ans

L’ancien chef de la direction financière de la Banque Nationale a occupé les fonctions de ministre de l’Économie et de l’Innovation au cours d’un premier mandat marqué par des manquements à l’éthique.


Pascale Déry
Enseignement supérieur

 

Députée de Repentigny, 46 ans

La nouvelle ministre a été cheffe d’antenne à LCN et journaliste pour le réseau TVA avant d’occuper les fonctions de directrice des relations avec les médias pour le Québec chez Air Canada. Elle avait tenté sa chance aux élections fédérales sous la bannière conservatrice en 2015.


Benoit Charette
Environnement, Lutte contre les changements climatiques, Faune et Parcs

 

Député de Deux-Montagnes, 46 ans

L’ancien député péquiste, qui s’est joint à la CAQ en 2011, conserve son poste à l’Environnement. Le ministre avait semé la consternation au cours de son premier mandat en affirmant que le troisième lien entre Québec et Lévis serait un frein à l’étalement urbain.


Andrée Laforest
Affaires municipales

 

Députée de Chicoutimi

L’ex-enseignante conserve son poste de ministre des Affaires municipales. La Saguenéenne perd toutefois le volet habitation, qui échoit à sa collègue France-Élaine Duranceau.


Simon Jolin-Barrette
Justice

 

Député de Borduas, 35 ans

L’avocat de formation a géré le dossier délicat de l’immigration avant d’hériter de la Langue française, de la Laïcité et de la Justice au cours de son premier mandat. L’homme-orchestre de la CAQ aura désormais un horaire allégé, ne conservant que la Justice en plus de ses fonctions de leader parlementaire.


Martine Biron
Relations internationales et Francophonie, responsable de la Condition féminine

 

Députée de Chutes-de-la-Chaudière, 60 ans

La recrue caquiste était analyste parlementaire pour Radio-Canada lorsqu’elle a fait le saut en politique, dans le courant de l’été. Elle détient une maîtrise en science politique.


Bernard Drainville
Éducation

 

Député de Lévis, 59 ans

Cet ancien correspondant parlementaire de Radio-Canada était animateur chez Cogeco au moment d’annoncer son retour en politique, au printemps dernier. Il a parrainé le projet de Charte des valeurs québécoises dans le gouvernement péquiste de Pauline Marois (2012-2014), durant son premier passage en politique.


Caroline Proulx
Tourisme

 

Députée de Berthier, 56 ans

La passionnée de voyage conserve le ministère du Tourisme. Elle est l’autrice de l’ouvrage 100 jours pour le bonheur (La Semaine, 2014).


Mathieu Lacombe
Culture et Communications, responsable de la Jeunesse

 

Député de Papineau

Nommé ministre de la Famille il y a quatre ans, cet ancien chef d’antenne de TVA Gatineau avait terminé son premier mandat en promettant la création de 37 000 nouvelles places en garderie d’ici 2025.


Isabelle Charest
Responsable du Sport, du Loisir et du Plein air

 

Députée de Brome-Missisquoi, 51 ans

La triple médaillée olympique en patinage de vitesse a fondé une boîte de relations publiques avant de faire le saut en politique. Elle était ministre déléguée à l’Éducation dans le premier gouvernement Legault.


Lionel Carmant
Responsable des Services sociaux

 

Député de Taillon

L’ex-neurologue pédiatrique du CHU Sainte-Justine conserve ses fonctions de ministre responsable des Services sociaux.


Sonia Bélanger
Déléguée à la Santé et aux Aînés

Députée de Prévost

 

Infirmière de formation, Mme Bélanger était auparavant présidente-directrice générale du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.


Jean-François Roberge
Langue française, responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, responsable des Institutions démocratiques, responsable de l’Accès à l’information et de la Protection des renseignements personnels, responsable de la Laïcité

Député de Chambly, 48 ans

L’enseignant de profession a dirigé la réforme des commissions scolaires et l’implantation des maternelles 4 ans au cours de son mandat à la tête du ministère de l’Éducation. Il a notamment été critiqué pour les problèmes de ventilation dans les écoles.


Chantal Rouleau
Responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire

Députée de Pointe-aux-Trembles, 63 ans

L’ancienne mairesse de l’arrondissement montréalais de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles a occupé les postes de ministre déléguée aux Transports et de ministre responsable de la Métropole lors de son premier mandat.


François Bonnardel
Sécurité publique

 

Député de Granby, 54 ans

L’ancien propriétaire-exploitant d’une entreprise de vente de véhicules d’occasion a dirigé le ministère des Transports pendant les quatre dernières années. Il est passé de l’Action démocratique du Québec à la CAQ en 2012.


Suzanne Roy
Famille

 

Députée de Verchères

Mme Roy a été mairesse de Sainte-Julie (2005-2021) et présidente de l’Union des municipalités du Québec (2014-2016) avant d’être élue à l’Assemblée nationale.


Éric Caire
Cybersécurité et Numérique

 

Député de La Peltrie, 57 ans

Le programmeur de formation a été élu pour la première fois en 2007 sous la bannière adéquiste. Il occupait les fonctions de ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale. Il conserve ses fonctions de ministre de la Cybersécurité et du Numérique, obtenues en janvier dernier.


Kateri Champagne Jourdain
Emploi

 

Députée de Duplessis

La première femme autochtone élue à l’Assemblée nationale du Québec est originaire de la communauté innue de Uashat Mak Mani-utenam. Elle était auparavant directrice des relations avec le milieu pour l’entreprise Boralex, qui est impliquée dans la construction du parc d’éoliennes Apuiat.


André Lamontagne
Agriculture, Pêcheries et Alimentation

 

Député de Johnson, 62 ans

M. Lamontagne était propriétaire et administrateur d’entreprises dans le commerce de détail avant sa première élection pour la CAQ, en 2014. L’Union des producteurs agricoles avait formulé le souhait de le voir maintenu à l’Agriculture dans un deuxième mandat.


France-Élaine Duranceau
Habitation

 

Députée de Bertrand

La recrue caquiste est spécialiste de l’immobilier, de la comptabilité et de la fiscalité. Elle devra relever le défi de la crise du logement.


Maïté Blanchette Vézina
Ressources naturelles et Forêts

 

Députée de Rimouski

L’ancienne mairesse de Sainte-Luce, dans le Bas-Saint-Laurent, accède directement au Conseil des ministres. L’avocate spécialisée en droit des affaires a contribué à la rédaction de l’ouvrage 11 brefs essais pour des villes résilientes et durables (Somme toute, 2021).


Christopher Skeete
Délégué à l’Économie, responsable de la Lutte contre le racisme

Député de Sainte-Rose, 43 ans

Le détenteur d’un MBA était adjoint parlementaire du premier ministre pour les relations avec les Québécois d’expression anglaise.


Jonatan Julien
Responsable des Infrastructures

 

Député de Charlesbourg, 50 ans

Le comptable de formation est l’ancien bras droit du maire de Québec Régis Labeaume. Il occupait les fonctions de ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles dans le premier gouvernement Legault.


Jean Boulet
Travail

 

Député de Trois-Rivières

Cet ex-président de la Chambre de commerce de Trois-Rivières a dirigé le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale au cours des quatre dernières années. En novembre 2021, il entrait aussi officiellement en poste en tant que ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration. Ses propos sur l’immigration ont mis son parti dans l’embarras au cours de la campagne électorale.


Ian Lafrenière
Responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuits

 

Député de Vachon

L’ancien militaire, qui s’est fait connaître à titre de porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal, conserve les responsabilités occupées au cours de son premier mandat.



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