Applaudir pendant quatre ans sans arrêt

La rencontre n’a pas pu se faire en personne, mais la conversation n’en a pas été moins riche, au point où le temps a manqué.
Photo: Capture d'écran La rencontre n’a pas pu se faire en personne, mais la conversation n’en a pas été moins riche, au point où le temps a manqué.

À la veille du début de la 43e législature, Le Devoir a invité des députés sortants à donner quelques conseils à des recrues afin de les aider à ne pas se perdre dans les dédales du monde politique. Second passage de témoin, entre Hélène David et Haroun Bouazzi.

La proposition du Devoir est tombée à pic pour Hélène David. « Vous me prenez à un moment où je veux mettre ça sur papier […]. Ça fait plusieurs semaines, voire plusieurs mois que je passe à me demander ce que je suis allée faire dans cette galère et, maintenant que j’en sors, qu’est-ce que j’en tire. »

Le nouveau député Haroun Bouazzi a une estime évidente pour l’ancienne députée de Marguerite-Bourgeoys. « J’ai un immense respect pour vous. On a eu la chance de se voir en commission parlementaire. Je vous trouvais très, très classe politiquement parlant. »

COVID oblige, la rencontre n’a pas pu se faire en personne, mais la conversation n’en a pas été moins riche, au point où le temps a manqué.

L’ancienne députée de Marguerite-Bourgeoys a d’abord raconté le grand inconfort que lui causait la vie partisane, le plus grand « choc » qu’elle a vécu à ses débuts. « Dès que le chef de parti entre, il faut se lever, il faut applaudir, il faut crier, il faut être content. Et pis là, il faut applaudir pendant quatre ans et demi sans arrêt. »

Contrairement à sa soeur Françoise, Hélène David venait du milieu universitaire et n’avait aucune expérience militante. « Quand t’es psychanalyste et t’es à l’université, la règle d’or de ces deux métiers-là, je dirais que c’est l’individualisme, le respect de l’autonomie, la libre-pensée. »

Le nouveau député de Maurice-Richard a dit que ce volet ne lui faisait pas trop peur. Le militantisme, il connaît. Engagé dans la contestation du régime de Ben Ali en Tunisie, puis dans les mouvements antiracistes au Québec, il a de surcroît grandi dans une famille d’intellectuels très politisée.

Il débarque aussi au Parlement sans trop craindre la presse parlementaire. Comme porte-parole de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité (AMAL), il a connu son lot d’entrevues serrées et délicates.

« Vous êtes membre du parti de votre soeur ! »

Hélène David, elle, marchait plutôt sur des oeufs au départ. Surtout quand les journalistes ont découvert que la nouvelle élue libérale était membre de… Québec solidaire (QS). « J’avais donné de l’argent pour aider à l’élection de ma soeur. […] Ça me mettait de facto membre de QS. Alors, première rencontre avec les journalistes : “Madame David, vous êtes membre du parti de votre soeur pis vous êtes au Parti libéral !”, raconte-t-elle. C’est le genre de petites choses, d’entourloupettes que tu vis avec les journalistes. Peut-être que j’aurais dû vérifier ça, mais c’est dur de vérifier des choses qu’on ne sait pas. »

Haroun Bouazzi a eu ses premiers contacts avec l’Assemblée nationale du Québec en tant que porte-parole de l’AMAL. « Ce qui m’avait beaucoup impressionné dans votre façon de faire de la politique, c’est votre compréhension des institutions. C’est une question qui me tient beaucoup à coeur. […] L’institution du député, l’institution du ministère, du premier ministre, de l’Assemblée nationale. »

Le nouveau député solidaire voulait dès lors entendre parler Mme David de ce qu’elle avait découvert de positif dans les institutions démocratiques. Elle a alors évoqué « l’immense satisfaction » qu’elle avait eue à soulever des questions en commission parlementaire sur le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État face à Simon Jolin-Barrette.

Opposée au projet de loi, Hélène David était de surcroît très sensible aux enjeux qu’il soulevait. C’est d’ailleurs en réaction à la Charte des valeurs du Parti québécois qu’elle avait décidé de faire le saut en politique.

Travailler avec les autres

 

Nos institutions sont assez « matures », dit-elle, pour que les partis puissent en débattre dans un cadre respectueux. L’appartenance à des formations politiques différentes, « ce n’est pas une raison pour ne pas écouter les autres, pour ne pas travailler avec les autres ».

Être politicien, c’est croire en un certain nombre de choses. Et des fois, c’est pas tout à faitlà que ton propre parti t’amène.

 

À l’instar de Lise Thériault (qui se confiait au Devoir mardi), Mme David semble avoir connu certains de ses plus beaux moments parlementaires dans la collaboration avec des élus d’autres partis. Comme lorsque Manon Massé lui a suggéré une habile façon d’amender l’un des articles du projet de loi 151 sur les violences sexuelles. « Être politicien, c’est croire en un certain nombre de choses. Et des fois, c’est pas tout à fait là que ton propre parti t’amène. »

Nommée ministre de la Culture dès son arrivée au Parlement, Mme David a par la suite été désignée ministre de l’Enseignement supérieur. M. Bouazzi, de son côté, va passer les quatre prochaines années dans l’opposition.

Or, cela ne rendra pas le travail moins utile ou « gratifiant » promet-elle. « Concernant la liberté universitaire, on a complètement modifié le projet de loi, de bout en bout, avec Danielle McCann. On a fait adopter tous nos amendements. […] ». On « n’a pas idée » de tout le travail qui se fait dans le cadre des commissions parlementaires, souligne-t-elle.



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