La candidature de Nathalie Roy est accueillie avec circonspection

Nathalie Roy, en conférence de presse à Montréal, le 1er juin 2020
Paul Chiasson La Presse canadienne Nathalie Roy, en conférence de presse à Montréal, le 1er juin 2020

La candidature pressentie de Nathalie Roy au poste de présidente de l’Assemblée nationale a été accueillie avec une relative circonspection par l’opposition, lundi, alors que deux de ses collègues caquistes, Chantal Soucy et Sylvie D’Amour, affirment qu’elles sont également intéressées par la fonction.

Mme Roy, qui est ministre de la Culture depuis 2018, a reçu l’appui du premier ministre François Legault, a indiqué au Devoir l’entourage du chef du gouvernement de façon officieuse. Selon ce qu’il a été possible de comprendre, Mme Roy sera la seule candidature soumise par le groupe parlementaire gouvernemental afin de succéder à François Paradis, qui a quitté la politique.

La candidature de Mme Roy, d’abord rapportée lundi par TVA, a été diffusée alors que M. Legault dévoilera jeudi la composition de son prochain conseil des ministres. Mme Roy ne pourra pas en faire partie si elle souhaite présider l’Assemblée nationale.

Des représentants de deux groupes de l’opposition, qui n’ont pas souhaité être identifiés plus précisément, ont accueilli cette candidature potentielle avec certaines réserves, compte tenu des exigences d’impartialité et de neutralité partisane qu’exige la fonction.

« Il n’y a personne qui a trouvé ça drôle dans les oppositions aujourd’hui, nous a-t-on indiqué d’une part. Nathalie Roy, ça va être épouvantable. »

La capacité de pouvoir s’élever au-dessus de la mêlée et d’incarner une présidence « rassembleuse » est d’autant plus importante que le gouvernement caquiste dispose d’une majorité écrasante de 90 sièges, insiste-t-on d’autre part.

« On s’entend que Nathalie Roy a souvent fait preuve de partisanerie », a affirmé une autre représentante de l’opposition.

L’ex-député libéral Gaétan Barrette croit qu’il faut donner à Mme Roy la chance de faire ses preuves. Mais il doute de sa capacité à demeurer impartiale si son autorité est remise en question dans le feu des débats.

« Ayant été dans l’opposition, j’ai quand même constaté que dans ses fonctions de ministre, elle vivait difficilement la critique », a-t-il dit au Devoir.

Deux autres caquistes intéressées

 

Il n’a pas été possible de parler avec Mme Roy mais Le Devoir a rejoint deux autres députées de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui se sont montrées intéressées par la même fonction.

Réélue au début de mois dans Mirabel, Sylvie D’Amours, affirme qu’elle avait manifesté son intérêt « verbalement et par écrit » à M. Legault, au cours des derniers mois.

« Naïvement, pendant un an, j’ai dit à tout le monde que j’aimerais avoir le poste de présidente, a-t-elle dit. Le choix s’est arrêté sur quelqu’un d’autre et je l’accepte. Je n’ai pas d’amertume envers ça. »

Mme D’Amours, qui a connu un passage difficile comme ministre responsable des Affaires autochtones durant le dernier mandat, a tout de même exprimé sa déception de se retrouver en « porte-à-faux » avec sa collègue.

« Ma déception c’est que Nathalie vive ça parce que c’est une femme que je respecte beaucoup et avec qui j’aime travailler et de nous mettre en porte-à-faux dans cette situation-là, je suis déçue », a-t-elle dit.

Se décrivant comme « une fille d’équipe », Mme D’Amours s’est montrée prête à se rallier derrière le choix de son chef.

« Si M. Legault a décidé que Nathalie est la personne pour occuper ce poste et qu’il pense que c’est la meilleure personne, j’adhère à son choix, a-t-elle dit. Mais sachez que oui, j’avais un intérêt. Maintenant ce n’est pas moi qui est choisie, je vais continuer à être députée. »

Deuxième vice-présidente de l’Assemblée nationale, Chantal Soucy a confirmé qu’elle avait aussi exprimé son intérêt pour une promotion.

« J’ai manifesté mon intérêt pour la fonction de présidente il y a de cela quand même un bon moment, a-t-elle dit. Je n’ai jamais sollicité de poste de ministre. »

Mme Soucy a également affirmé qu’elle est prête à se plier au choix du premier ministre, à moins qu’un scrutin secret permette d’autres candidatures.

« S’il pense qu’une autre candidate est mieux pour plusieurs raisons qui leur appartiennent, évidemment je vais me rallier à cette décision », a-t-elle dit.

Scrutin secret possible

 

La procédure parlementaire prévoit que les députés ont jusqu’à la veille de la séance prévue pour l’élection à la présidence pour soumettre leur candidature.

Les ministres et les chefs de groupes parlementaires sont inéligibles.

 

« Si un seul député est candidat à la charge de président, il est automatiquement proclamé élu », indique le chapitre 4 de la Procédure parlementaire du Québec.

Dans le cas contraire, un scrutin secret est possible.

 

L’entourage de M. Legault a souligné lundi l’expérience de parlementaire de Mme Roy, élue depuis 2012, avec les procédures de la Chambre, et le fait qu’elle est avocate, une fonction compatible avec la responsabilité de défense des droits et privilèges des parlementaires, qui relève de la présidence de l’Assemblée nationale.

Au cours des dernières années, la fonction a été assumée par des hommes et l’accession d’une femme à cette fonction est un argument supplémentaire, a-t-on expliqué du côté de la CAQ.

La députée péquiste Louise Harel a été la première femme à être élue à la présidence de l’Assemblée nationale, une fonction qu’elle a exercée du 12 mars 2002 au 4 juin 2003.

La présidente de l’Union des artistes (UDA), Sophie Prégent, ne cache pas que « ça aurait été une bonne chose que [Nathalie Roy] reste en poste » pour assurer une stabilité au sein du ministère. Ceci dit, elle se montre maintenant ouverte à l’idée de travailler avec un nouveau ou une nouvelle ministre. Mme Prégent indique n’entendre « que du bien » du ministre sortant de la Famille, Mathieu Lacombe, qui aurait montré de l’intérêt pour la Culture.

La présidente de l’UDA dit aussi avoir de bonnes relations avec l’ancienne animatrice Caroline Proulx, l’actuelle ministre du Tourisme, qui fait aussi partie des successeurs potentiels de Nathalie Roy en raison de son expérience dans le milieu des médias. « Je ne crois pas que tu aies besoin de venir du milieu culturel pour être un bon ministre de la Culture. Lise Bacon [ministre de la Culture] a fait adopter la Loi sur le statut de l’artiste et je ne pense pas que ce soit quelqu’un qui ait déjà poussé la chansonnette. Tout ce qu’il faut, c’est une sensibilité à la culture et un désir de poursuivre le travail », note Sophie Prégent.

Hèlène Messier, la présidente-directrice générale de l’Association québécoise des producteurs médiatiques (AQPM), évoque elle aussi une certaine déception en apprenant le départ de Nathalie Roy. « Je suis confiante que le premier ministre saura trouver dans son impressionnant bassin d’élus la personne idéale pour prendre la tête de ce ministère et bien comprendre nos besoins », a-t-elle ajouté.


Avec Étienne Paré
 

Ce texte a été modifié après publication pour y ajouter des informations.

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