Le caucus caquiste, le premier contre-pouvoir

Plusieurs élus fondent beaucoup d’espoirs sur une réforme parlementaire qui ferait croître le rôle des députés.
Photo: Marc Bruxelle Getty Images Plusieurs élus fondent beaucoup d’espoirs sur une réforme parlementaire qui ferait croître le rôle des députés.

Qui peut arrêter le gouvernement de François Legault (ou attirer l’attention dans une autre direction) depuis la victoire décisive de la Coalition avenir Québec (CAQ) le 3 octobre dernier, si ce n’est les membres de son propre groupe parlementaire ?

Malgré une campagne difficile, la CAQ a recueilli 40,98 % des votes des Québécois, comparativement à 37,42 % il y a quatre ans. Pas moins de 90 députés caquistes pénétreront à l’intérieur de l’hôtel du Parlement mardi prochain, soit 14 de plus qu’au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale en août dernier. « Vague caquiste », « vague caquiste », répétaient encore jeudi les solidaires, donnant l’impression qu’ils sortaient pour la première fois la tête de l’eau 10 jours après le scrutin.

Le caucus de la CAQ apparaît aujourd’hui comme le principal contre-pouvoir au premier ministre François Legault.

« Quand tu as une supermajorité comme celle-là, la dissension ne vient pas nécessairement de l’externe, elle vient de l’interne, de gens qui sont insatisfaits de la manière dont ça se passe », signale Mireille Lalancette, professeure titulaire en communication sociale à l’Université du Québec à Trois-Rivières, avant de tourner son regard vers l’Ouest canadien. Après avoir été porté au pouvoir par près de 55 % des électeurs et avoir obtenu 72 % des sièges de l’Assemblée législative, le Parti conservateur uni de l’Alberta mené par le premier ministre Jason Kenney a été miné par les dissensions, rappelle-t-elle.

Dans un groupe parlementaire, « pour que ça fonctionne, en théorie, il faut que chacun ait la possibilité de s’exprimer et se sente écouté », selon la professeure Lalancette. « Tout est dans l’écoute des besoins des gens », ajoute-t-elle, rappelant que « la CAQ est une coalition [formée] de gens de tous les horizons » qui ne partagent pas nécessairement un objectif transcendant tous les autres, comme l’indépendance du Québec pour les péquistes.

François Legault a toujours été plus sensible aux sentiments et ressentiments de l’opinion publique qu’à ceux des groupes de pression, y compris les associations patronales et syndicales ou encore les municipalités. Il surveille de près les sondages, mais aussi les commentaires au bas de ses publications sur les réseaux sociaux (moins qu’avant la pandémie de COVID-19, cela dit). Mais son « focus group » privilégié est son caucus, dit une personne l’accompagnant dans l’exercice du pouvoir depuis quatre ans. Il tient des rencontres hebdomadaires avec tous ses députés, des rencontres régulières avec un groupe de députés, puis un autre. Il échange aussi des courriels avec bon nombre d’entre eux. Ça ne changera pas, assure-t-elle.

« On va voir dans quelle mesure M. Legault et son équipe vont bien traiter leur caucus », note de son côté Mireille Lalancette à l’aube de la 43e législature du Québec.

Un député, un dossier

 

Au lendemain du scrutin, François Legault a invité chacun des députés élus ou réélus de la CAQ à signaler à son adjoint exécutif, Sébastien Lauzon, quel dossier il souhaiterait piloter, qu’il siège au Conseil des ministres ou non.

M. Legault avait confié la « mission d’accélérer le déploiement de services Internet haute vitesse sur l’ensemble du territoire du Québec » au député d’Orford, Gilles Bélanger, à la fin de l’année 2020. Pour y arriver, il l’avait élevé au titre d’adjoint parlementaire, comme il l’avait fait avec Donald Martel (projet Saint-Laurent) et Samuel Poulin (jeunesse) dès l’automne 2018.

D’ailleurs, le chef caquiste a profité de sa première réunion postélectorale avec ses 89 élus pour souligner que les ministres de son nouveau gouvernement travailleront véritablement avec leurs adjoints parlementaires. Le hic : le nombre de ces derniers ne doit pas excéder 20, prévoit la Loi sur l’Assemblée nationale.

La garde rapprochée de M. Legault cite en exemple (encore une fois) le ministre de la Santé, Christian Dubé, qui a su, selon elle, faire équipe non seulement avec son adjointe parlementaire, Marilyne Picard, mais aussi de « simples députés », comme Shirley Dorismond (Marie-Victorin) et Nancy Guillemette (Roberval). La première s’était vu confier la tâche de rapporter à M. Dubé les idées du terrain qui pourraient favoriser l’accès des Québécois à un professionnel de la santé. La seconde s’était vu chargée de conseiller M. Dubé sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir.

Réforme parlementaire

 

En outre, plusieurs élus fondent beaucoup d’espoirs sur une réforme parlementaire qui ferait croître le rôle des députés, quitte à restreindre celui des ministres, lors de l’étude des projets de loi, par exemple.

De son côté, le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, a suggéré la création d’« une nouvelle rubrique aux affaires du jour réservée à l’étude de projets de loi publics de députés », « tant pour les députés de l’opposition que pour ceux du gouvernement qui ne sont pas ministres ».

Quoi qu’il en soit, le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, traînera peut-être aux abords du restaurant Le Parlementaire, où les députés caquistes discutent franchement avec leur chef, François Legault, tous les mercredis soir de session parlementaire, espérant qu’un transfuge tombe dans ses bras. « Quatre ans, c’est long, il va y avoir des députés qui vont démissionner, qui vont être en joual vert », a-t-il d’ailleurs prédit sur les ondes de Radio X le 4 octobre dernier.

Avec Isabelle Porter

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