La CAQ n’acceptera pas un non de la part d’Ottawa

La ministre responsable des Relations canadienne, Sonia LeBel, a vu jeudi une ouverture à la discussion dans une déclaration du premier ministre Justin Trudeau, qui a souhaité une hausse de l’immigration au Québec.
Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La ministre responsable des Relations canadienne, Sonia LeBel, a vu jeudi une ouverture à la discussion dans une déclaration du premier ministre Justin Trudeau, qui a souhaité une hausse de l’immigration au Québec.

Le premier ministre réélu François Legault ne voit pas de « fin de non-recevoir » dans l’accueil réservé à une demande de nouveaux pouvoirs en immigration à Ottawa, où les représentants du gouvernement fédéral ont affirmé que le Québec « a déjà tous les outils nécessaires ».

En sortant d’une première rencontre avec son nouveau caucus de 90 députés, dans un hôtel de la Rive-Sud dans la région de Montréal, M. Legault a déclaré que le gouvernement fédéral doit comprendre que cette question est une priorité pour le Québec.

« Si les Québécois veulent que le gouvernement du Québec ait plus de pouvoirs en immigration, il n’y a personne qui va pouvoir résister à ça », a-t-il affirmé dans une brève déclaration aux médias, en ajoutant que cette question sera aussi prioritaire lors de la prochaine campagne électorale fédérale.

Avant de participer à la réunion des députés, la ministre responsable des Relations canadiennes, Sonia LeBel, a vu une ouverture à la discussion dans une déclaration du premier ministre Justin Trudeau, qui a souhaité une hausse de l’immigration au Québec, mercredi, alors que M. Legault veut maintenir le nombre de nouveaux arrivants à 50 000 par année.

« Je la prends comme étant un engagement à poursuivre, a-t-elle dit dans une mêlée de presse. Nous, on va poursuivre les discussions, on ne prendra pas ça comme une fin de non-recevoir, on avance. »

Mme LeBel s’est montrée plus résolue en répondant en anglais à une question d’une journaliste portant sur la stratégie du gouvernement québécois pour ce dossier prioritaire. « Si on accepte un “non” comme réponse, on n’avance pas, a-t-elle dit. Nous n’acceptons pas un “non” comme réponse, nous voulons continuer les discussions. »

Durant la campagne électorale, M. Legault a déclaré qu’il serait « suicidaire » d’augmenter les seuils d’immigration pour la nation québécoise, étant donné la précarité du français au Québec.

Résultat d’élection

Jeudi, Mme LeBel a fait écho aux préoccupations de M. Trudeau, qui a souligné la nécessité d’augmenter l’immigration en raison de la pénurie de main-d’oeuvre.

« C’est une priorité d’aller chercher des pouvoirs accrus en immigration, a-t-elle dit. On est convaincus que ça nous en prend plus pour être capables d’assurer entre autres l’équilibre entre la pénurie de main-d’oeuvre et la pérennité du français. »

La vice-première ministre, Geneviève Guilbault, a insisté sur le résultat de l’élection de lundi, qui a fait passer le caucus de la Coalition avenir Québec (CAQ) de 76 à 90 députés.

« Je pense que le fédéral, il faut qu’il prenne acte du résultat de l’élection au Québec et qu’il s’aperçoive que c’est un signal qu’on envoie et que ces demandes qu’on fait doivent être prises en compte », a-t-elle dit.

Mardi, au lendemain de l’élection qui l’a reporté au pouvoir, M. Legault a affirmé qu’il avait discuté de la possibilité d’une rencontre à ce sujet avec M. Trudeau, lorsque celui-ci l’a appelé pour le féliciter de sa victoire.

Députée élue dans Chutes-de-la-Chaudière, l’ex-journaliste Martine Biron a affirmé que les deux homologues ont convenu qu’il reste à fixer une date pour cette rencontre.

« Ils ont eu une conversation qui a dépassé les “félicitations, bravo”, a-t-elle expliqué. Ils se sont entendus pour se rencontrer. »

Immigration et campagne

 

La ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau, a affirmé jeudi que les controverses suscitées durant la campagne par les déclarations sur l’immigration pourraient avoir nui à la CAQ sur l’île de Montréal, où le parti disait être en avance chez les francophones fin août.

Mme Rouleau a fait référence notamment à la déclaration du ministre de l’Immigration, Jean Boulet, qui a dû s’excuser après avoir dit dans un débat que 80 %, « ne travaillent pas, ne parlent pas français ».

« Il y a certaines occasions manquées, a-t-elle dit. Il y a eu des paroles qui ont dépassé la pensée. »

Sans se référer à une déclaration en particulier, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a affirmé qu’il sera important de parler positivement de l’immigration au cours du prochain mandat.

« Parfois, le choix des mots est délicat, parfois on est pressé de questions, il peut arriver des situations comme il en est arrivé », a-t-il justifié en parlant de la campagne électorale.

Durant la campagne, M. Legault a exprimé des regrets après avoir fait un lien entre l’immigration et la violence.

Conseil des ministres

 

M. Legault a prévenu ses députés qu’avec un imposant caucus de 90 députés, il ne pourra pas satisfaire toutes les ambitions lors de la formation du prochain conseil des ministres.

« Il y a tellement de monde fort que ça va être des choix déchirants », a-t-il dit.

Mme Guilbault a toutefois déjà indiqué qu’elle ne sera pas froissée s’il confie la région de la Capitale-Nationale, dont elle était responsable durant le dernier mandat, à un de ses collègues. Selon elle, il ne faut pas voir là un signal sur ses relations avec le maire de Québec, Bruno Marchand.

« Ça n’a rien à voir avec un problème de relations avec M. Marchand, on se parle beaucoup, au contraire », a-t-elle dit.

M. Legault, légèrement enrhumé, a été accueilli par les applaudissements de ses députés au début de la réunion.

« Je vous aime, je vous adore, leur a-t-il lancé. Quelle belle gang. »

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