Encore plus de diversité à l’Assemblée nationale

La chef libérale Dominique Anglade avec sa candidate Madwa-Nika Cadet, à gauche, vers la fin de la campagne.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La chef libérale Dominique Anglade avec sa candidate Madwa-Nika Cadet, à gauche, vers la fin de la campagne.

Avec environ 20 % d’élus issus de la diversité, l’Assemblée nationale arborera plus de couleurs qu’en 2018, confirment les experts. Alors que la Coalition avenir Québec semble avoir pris un virage stratégique pour faire élire plus de candidats autochtones et issus des minorités visibles, de nouveaux élus disent aspirer à un meilleur climat que celui provoqué par certaines déclarations sur les immigrants durant la campagne.

« Des propos de la sorte, qui divisent tellement le Québec, quand on a un parcours comme le mien d’intégration et de réussite, c’est extrêmement blessant », a déclaré au Devoir la nouvelle députée solidaire de Verdun, Alejandra Zaga Mendez.

Ayant immigré du Pérou avec sa mère il y a 20 ans, la jeune femme de 34 ans, titulaire d’un doctorat en développement durable et militante de longue date de Québec solidaire, dit se sentir parfaitement Québécoise. « Ça me donne encore plus envie d’aller à l’Assemblée nationale […] pour me battre pour plus de justice et d’inclusion », d’ajouter Mme Zaga Mendez, qui a fait l’histoire pour plein de raisons quelque part dans la nuit de lundi à mardi.

Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Gabriel Nadeau-Dubois et Alejandra Zaga Mendez, de QS, sont allés ensemble saluer les résidents de Verdun au début de la campagne.

Élue pour le Parti libéral dans Bourassa-Sauvé, Madwa-Nika Cadet est bien enracinée au Québec depuis que ses grands-parents sont venus de Haïti pour s’y installer, il y a 40 ans.

Pendant la campagne, les déclarations erronées de l’ex-ministre de l’Immigration, Jean Boulet, à l’effet que 80 % des immigrants ne travailleraient pas et ne parleraient pas le français ont été reçues « comme une gifle ». « Quand les gens ont entendu ça et les liens faits [entre l’immigration] et la violence, ils se sont dit : “Nous, on travaille, on est diplômés et on a fait un certain sacrifice en arrivant ici pour nos enfants et pour parler le français, et c’est le message qu’on reçoit.” C’est sûr que c’est blessant. »

Mais celle qui détient une maîtrise en politiques publiques de l’Université Georgetown se dit justement animée par la mobilité sociale et l’égalité des chances. « Quand les gens s’installent au Québec, ils ont des rêves pour leurs enfants et leurs petits-enfants, a-t-elle insisté. Peu importe d’où on vient, peu importe notre statut économique, on doit être capable de se créer des opportunités. »

20 % de diversité

Dans son discours de victoire, François Legault a néanmoins tendu la main aux communautés culturelles et s’est réjoui d’avoir dans son parti la première femme innue élue de l’histoire du Québec.

Si de législature en législature, le gouvernement s’améliore toujours en matière de représentativité, la CAQ se serait aussi nettement améliorée sur ce plan, a constaté Frédéric Castel, expert des questions ethniques et religieuses. « La CAQ a commencé à changer. Depuis l’élection de 2018, elle a compris […] qu’il fallait présenter des candidats issus de la diversité dans des circonscriptions prenables », observe-t-il. Et en région.

Selon lui, dès que des personnes comme Lionel Carmant et Nadine Girault — qui ont été ministres — ou encore des personnes d’origine diverses, comme Alice Abou-Khalil, nouvelle députée de la CAQ dans Fabre, ou Kateri Jourdain Champagne, une Innue de la Côte-Nord, se font élire hors de Montréal, une « réelle connexion » peut se faire avec le Québec dans son ensemble. « Elle a pu faire élire un nombre respectable [de personnes représentant la diversité]. Si la CAQ n’avait pas eu de candidatures de minorités en dehors de Montréal, ça aurait pu être zéro », soutient M. Castel, qui enseigne au Département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Photo: Facebook Kateri Champagne Jourdain, de la CAQ, est devenue la première Innue élue à l’Assemblée nationale en remportant Duplessis.

En regardant la composition de toute l’Assemblée nationale, 27 élus sur 125 — soit 22 % — sont des personnes issues de la diversité au sens large, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas d’origine française ou britannique, selon ce que M. Castel a compilé. De ce nombre, neuf sont issus d’immigration européenne (comme le libéral Enrico Ciccone) ou juive (comme la députée caquiste de Repentigny, Pascale Déry).

Les 18 autres sont considérés comme des minorités visibles ou autochtones, dont la représentante la plus connue étant la cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade. M. Castel a hésité à inclure dans cette catégorie certaines nouvelles députées d’origine arménienne, comme la libérale Sona Lakhoyan Olivier et la caquiste Céline Haytayan, puisqu’il appartient à chacun de se considérer « minorité visible » ou pas.

« Une job à faire »

Le nouveau député solidaire Haroun Bouazzi, lui, n’a pas eu besoin de se réclamer d’une quelconque identité. Dès le réveil au lendemain de son élection, des internautes l’accusaient déjà sur Twitter d’avoir « défendu la charia » et de faire partie du « lobby islamiste » de Québec solidaire. Le cofondateur de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité (AMAL Québec) a dit ne pas vouloir se laisser déconcentrer. « J’ai une job de député à faire et les enjeux sont trop importants », a-t-il dit en entrevue.

« Je prends ce rôle qu’on m’a confié, et si des gens peuvent être inspirés par mon parcours, tant mieux », a-t-il ajouté.

Être un modèle pour les générations à suivre, c’est ce que certains élus de la diversité ont dit vouloir incarner pour que d’autres finissent par s’intéresser comme eux à la chose politique.

Alejandra Zaga Mendez n’avait jamais réfléchi à la question avant qu’une fillette de 13 ans d’origine latino-américaine l’aborde dans la rue. « Elle tenait mon flyer et m’a dit : “Quand je vais être grande, je vais être comme toi. Je veux être première ministre” », raconte la députée solidaire, encore émue. « Je lui ai répondu : “Je vais travailler pour toi.” »

Trudeau veut «plus d’immigration au Québec»

François Legault a beau vouloir faire de l’obtention de pouvoirs accrus pour le Québec en immigration une priorité de son second mandat, son homologue fédéral ne semble pas très ouvert à l’idée. Justin Trudeau parle au contraire d’augmenter le nombre de nouveaux arrivants au Québec, plutôt que de le figer au seuil actuel comme l’a promis le premier ministre Legault en campagne électorale.

M. Legault a fait de la protection du français l’un des thèmes centraux de sa réélection et a plaidé que, pour y parvenir, il fallait que le Québec rapatrie davantage de pouvoirs en immigration. À ce souhait, Justin Trudeau a rétorqué qu’il était disposé à discuter de mesures de protection de la langue avec son homologue québécois.

« Sur l’immigration, il y a énormément de choses que l’on peut faire , a par contre poursuivi le premier ministre fédéral.  On sait que l’immigration est une source de richesse et de croissance pour le Québec. On va continuer d’être là pour assurer qu’il y [en ait] plus. »

Or, François Legault martèle que, pour protéger la place du français au Québec, il lui faut maintenir à environ 50 000 le nombre de nouveaux arrivants accueillis chaque année par le Québec et exiger qu’un plus grand nombre d’entre eux maîtrisent le français. M. Trudeau a répliqué en évoquant la pénurie de main-d’oeuvre. « On sait que l’immigration est une source de solution pour cette pénurie-là. On sait aussi que l’immigration a toujours été un atout énorme pour le Québec », a-t-il renchéri en après-midi.

Ottawa fait valoir que Québec a déjà « tous les outils nécessaires » pour sélectionner davantage d’immigrants, à qui il pourrait exiger la maîtrise du français plutôt que de plafonner son accueil et imposer une exigence linguistique à un plus grand nombre d’entre eux.

Marie Vastel



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