Quel avenir pour le Parti conservateur?

Le chef conservateur Éric Duhaime a pris la parole après sa défaite lundi soir.
Francis Vachon Le Devoir Le chef conservateur Éric Duhaime a pris la parole après sa défaite lundi soir.

Privé de sièges à l’Assemblée nationale, le Parti conservateur du Québec (PCQ) cherche déjà à se tailler une place dans les corridors du Parlement par d’autres moyens, tout en maintenant sa forte présence sur les réseaux sociaux. Mais les quatre années s’annoncent ardues pour les troupes d’Éric Duhaime.

« Il s’apprête à faire très longue traversée du désert, il va faire très chaud et il n’aura pas beaucoup d’eau », illustre le vice-président de Tact Conseil, Yan Plante. Se faire élire constituait le défi numéro un d’Éric Duhaime, dit-il. Or lundi soir, il a été défait dans Chauveau à 47 % contre 32 %.

Privé de députés, son parti politique pourrait perdre l’élan qui lui a quand même permis de régler 13 % des intentions de vote.

D’autant plus que les autres partis d’opposition risquent d’avoir plus de mordant au cours des prochains mois et « vont redevenir de vraies oppositions », prévient M. Plante. Éric Duhaime ne pourra dès lors plus plaider qu’il est le seul à bousculer le gouvernement.

« C’est bien décevant », se désole la députée sortante Claire Samson qui s’attendait à ce que le PCQ fasse élire au moins « une couple » de députés. L’ancienne députée d’Iberville, qui avait quitté la CAQ pour se joindre aux conservateurs, pense toutefois qu’Éric Duhaime pourrait éventuellement débaucher un autre élu caquiste comme il l’a fait avec elle. « Il va y avoir beaucoup de déçus à la CAQ… », prévoit-elle.

Lundi soir, certains membres du chef conservateur étaient en pleurs à la vue des résultats. Or ce n’était pas le cas d’Adrien Pouliot, qui a dirigé le parti pendant près de dix ans avant de céder sa place.

« Moi je prends la vision stratégique à long terme. Hier, au rassemblement, c’était assez intéressant parce qu’il y avait les “vieux de la vieille” qui étaient là au PCQ en 2012, en 2018… Eux étaient tout souriants parce qu’on a quand même fait 13 % ! Alors que les plus jeunes, étaient un petit peu découragés. »

Legault rejette l’idée

Mais M. Pouliot a quand même été déçu de voir la Beauce leur échapper. Battu par 202 voix lundi dans Beauce-Nord, le candidat Olivier Dumais fait valoir qu’un nombre anormalement élevé de bulletins ont été rejetés. Le parti doit normalement déposer une demande formelle pour que le contenu des urnes soit réexaminé. Mais avec 200 votes d’écart, il est peu probable que les résultats soient renversés, selon Yan Plante.

Pendant ce temps, le chef Éric Duhaime presse l’Assemblée nationale d’assouplir ses règles pour lui faire de la place même s’il n’a fait élire aucun député. « Je pense que c’est légitime », faisait-il valoir mardi midi à l’émission Midi Info. « Est-ce qu’on pourra par exemple, faire nos conférences de presse comme tous les autres partis à la Tribune de la presse, à l’Assemblée nationale ? Est-ce qu’on va pouvoir avoir un bureau ? Est-ce qu’on va pouvoir avoir un budget de recherche et de communication ? ».

Une proposition sitôt rejetée par le premier ministre Legault mardi après-midi. Mais Éric Duhaime a déjà un argumentaire bien construit pour dissiper les objections à ses demandes. « Je pense que c’est important. On représente un Québécois sur sept. Si on veut que les Québécois maintiennent la confiance dans les institutions, ça serait la première fois dans l’histoire du Québec qu’un Québécois sur sept vote pour un parti et que ce parti se retrouve dehors. »

En attendant, il lui reste quand même les précieux canaux de communications qu’il a développés avec sa base avant la campagne électorale : son compte Twitter et sa page Facebook qui sont très suivis et surtout, son fameux « live » du mardi soir, une rencontre en ligne hebdomadaire qui attire chaque semaine, des milliers de militants.

Ouverture des anglophones

 

Éric Duhaime a promis que son aventure en politique durerait dix ans et comme il le dit lui-même, il est encore loin du compte. D’ailleurs dans les derniers jours de la campagne, il avait déjà commencé à parler de 2026.

Son parti est arrivé deuxième dans 28 des 125 circonscriptions, dont près de la moitié sont dans la grande région de Québec. Sinon, c’est en Mauricie et dans le Centre-du-Québec que le parti a le mieux fait. À l’exception de Trois-Rivières, ses candidats ont pris le deuxième rang partout derrière la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le PCQ a aussi fait des gains dans le Grand Montréal, surtout dans les circonscriptions où l’on retrouve une forte proportion d’électeurs allophones ou anglophones. Le parti a terminé en deuxième ou en troisième place dans 10 des 27 circonscriptions de la métropole, notamment dans l’ouest de l’île.

Près d’un électeur sur quatre (22,4 %) a appuyé le PCQ dans le bastion anglophone de D’Arcy-McGee, 15,9 % dans Robert-Baldwin et 15,1 % dans Nelligan, tous dans l’ouest de l’île de Montréal.

« M. Duhaime a été un des rares chefs qui a décidé de parler à notre communauté », souligne Eva Ludvig, présidente du Quebec Community Groups Network (QCGN). Le chef du PCQ a participé à une assemblée virtuelle avec le QCGN et a pris note de leur opposition au projet de loi 96, qui limite notamment la fréquentation des cégeps anglophones et ajoute des cours de français au niveau collégial.

L’organisme de défense des intérêts des anglophones reste non partisan, mais des membres de la communauté ont fortement critiqué le Parti libéral pour ses tergiversations au sujet du projet de loi 96.

« C’est quelque chose qui est très important pour la communauté anglophone de savoir que les partis essaient de comprendre nos préoccupations. C’est la moindre des choses. Nous sommes des Québécois et des Québécoises comme tout le monde », ajoute Eva Ludvig.

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